Emigrate

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Il était une fois Richard Zven Kruspe. Né en Allemagne de l’Est dans la deuxième moitié des années soixante, et développant très tôt un sens aigu de la critique sociale, de la survie et de la coquetterie.

Image de Richard Kruspe En effet, Richard se rendit compte bien vite qu’il existait, en Allemagne de l’Ouest, des produits plus performants pour moduler ses cheveux à sa guise. Ainsi émigra-t-il et les graines de son projet solo furent-elles semées. Car si Richard Zven Kruspe est avant tout connu pour la co-fondation du groupe Rammstein, au sein duquel il est guitariste, il aime aussi s’exprimer tout seul, et en anglais.

Malgré ses airs, Richard n’est pas qu’un playboy.
C’est aussi un gros-dur-qui-fume, ainsi qu’en attestent, entre autres, les clips de Rosenrot et Haifisch. Mais là encore, il ne s’agit que d’une mince couche de ce que nous appellerons la personnalité en oignon de Richard : sous le playboy, le bad boy, et sous le bad boy, l’âme sensible. C’est d’ailleurs toute cette sensibilité refoulée qui fut à l’origine de quelques conflits d’intérêts qui l’opposèrent à ses comparses de Rammstein. Ceux-ci étant les mieux placés pour parler, laissons-les donc nous narrer, de leur propre voix, la période noire que connut le groupe allemand, entre les albums Sehnsucht et Mutter.

« Cet enculé de Richard n’était vraiment qu’un sale con » (Paul Landers)
« Richard ? Un sacré connard. » (Olli)
« Je me souviens d’une période mouvementée, où j’ai passé le plus clair de mon temps à smurfer en écoutant Kraftwerk. Mais Richard était très certainement un gros con. » (Flake)
« Ach cet enculé de Richard ! Il faisait envoyer deux cents Reiher par jour dans ma maison de Bavière dès que j’avais le dos tourné à m’occuper des pussy après les concerts ! Il a tout fait pour m’emmerder ! Pour me venger, je lui brûlais les pics de cheveux au lance-flamme sur la scène, c’est pour ça que maintenant, il les gomine pour qu’ils soient tout plats ! Ach, faut pas me faire chier ! » (Till)
« Richard, c’était un sale con. Hinhinhin. Je rigole parce qu’en vrai, c’est moi qui faisais envoyer les Reiher à Till et c’est aussi moi qui n’arrêtais pas de répéter à Richard “projet solo, projet solo !” en me faisant passer pour die Stimme auf den Kissen – un jour il a dit : “Je vais faire un projet solo”, moi j’ai ri. Mais chut, chut ! Hinhinhin. » (Totoph Schneider)

Image de Richard Kruspe Si Rammstein avait suffisamment de place pour six membres, il était difficile d’y caser en plus le gros ego de Richard et leur prolifération d’idées.
« Si vous aviez vu leurs têtes quand j’ai débarqué avec mon idée de sosie pour tourner le clip de Mein Teil… » (Richard Z Kruspe)
C’est ainsi que le rebelle décida qu’il lui fallait canaliser son énergie et sa hargne débordantes dans un side project, qu’il nomma Emigrate, en hommage à son expatriation aux États-Unis.

Les débuts d’Emigrate furent quelque peu difficiles, Richard peinant à se débarrasser de la marque Rammstein dont le son persistant et parfois même les paroles envahissaient ses créations. « Au début, ça ne s’appelait même pas Emigrate, mais Rammsty. Et j’étais très influencé par Till à cette époque. J’ai quelques démos qui en attestent, comme “I want”, “You have”, “Sunshine” ou bien “Fire at will”. Quand je les ai faites écouter aux membres du groupe, ils ont tout d’abord très mal réagi, et c’est là que j’ai compris que c’était important de me créer mon monde à moi – un peu comme Flake dans sa tête. C’est pour ça que le single phare du premier album d’Emigrate s’appelle « My World ». Parce que c’est mon monde. »

Un monde, il faut bien le dire, qu’on ne lui envie pas trop.
Emigrate n’est pas un mauvais groupe – il faudrait pour cela qu’il y ait une différence audible entre eux et les centaines de milliers de concurrents du même acabit, qui versent malheureusement tous dans une soupe à gros bouillons pop. Pas d’univers particulier, aucune originalité dans la voix, les mélodies ni les paroles. Richard a beau prendre des poses dark et très esthétiques…

… On en vient vite à se demander si Emigrate n’est pas tout simplement un effet secondaire de la crise de la quarantaine.

À grand renfort de promo, Richard parvient tout de même à faire connaître son groupe et à le promouvoir non seulement auprès de sa cible américaine, mais également par-delà l’Europe, ce qui a le don d’agacer ses confrères bougons de Rammstein.

« Ach il veut se faire connaître aux États-Unis alors qu’ils nous ont toujours cassé les Teil depuis qu’on a fait Bück dich… Je vais l’aider, moi, à se faire connaître des Américains ! J’ai écrit une chanson, elle s’appelle Amerika, ça n’est pas une chanson d’amour, ach nein ! Ach ça va lui apprendre das Leben ! Zale con ! »

Malgré l’animosité de ses confrères, Richard ne perd pas sa fougue de jeune premier : « J’ai écrit cette chanson qui s’appelle Let me break, qui ne vise personne, où je dis “For your sake I will break you down”, mais ça ne vise personne, c’est important que les gens qui achètent les albums de Rammstein sachent que ça ne vise personne, et surtout pas ces cinq fumiers. »

Après une petite réunion en 2007, après un an de pause salutaire, tous les membres de Rammstein, Richard compris, se réunissent en Allemagne pour décider de l’avenir du groupe.
En guise de conclusion, Richard mettra Emigrate sur pause et participera activement à l’enregistrement de l’album Liebe ist für alle da et à la tournée mondiale qui suivra.
Nul ne sait à l’heure actuelle si l’album éponyme d’Emigrate sera ou non suivi d’un second opus.

Pour l’heure, c’est à Richard que revient le mot de la fin, via sa belle chanson Temptation : « All I do is going nowhere and I wanna go back home ». Ach ja.

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Site officiel: http://www.emigrate.eu/
Site français  : http://www.emigrate.fr/

A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

7 commentaires

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  1. 1
    Domino
    le Dimanche 1 août 2010
    Domino a écrit :

    Je me demande un peu pourquoi ressortir un album si vieux pour en dire ça…

    J’ai un peu du mal avec les chroniques « non conformes » qui semblent plus flatter l’ego de l’auteur, du genre « regardez ma belle prose » qu’en apprendre sur l’album…

    Bon alors en gros, Emigrate c’est pas la panacée, j’ai bien compris?

  2. 2
    le Lundi 2 août 2010
    Alex a écrit :

    Voui Domino, tu as tout bien compris !
    J’ajouterai juste qu’à mon humble avis (issu de mon esprit produisant mes propres opinions personnelles), un album, un film, un concert, un livre ou autre bien de consommation culturelle n’ayant pas grand intérêt en soi est justement intéressant dans la mesure où il permet d’éviter la chronique standard qui, à mes yeux (implantés dans mes orbites), est quelque peu soporifique parce que y en a plein partout et c’est toutes les mêmes.
    Après on aime lire toujours la même chose ou non, c’est subjectif, moi je prétends pas à l’universalité, ni à m’autofellationner en chroniquant, d’ailleurs, sinon j’utiliserais des mots complexes ou même des figures de styles qui mettraient en évidence ma belle manière de taper sur le clavier.
    Le but, avec cette chronique par exemple, c’était de faire rire.
    J’suis désolée que ce soit raté, Domino, mais c’est tout de même bien aimable d’avoir pris le temps de commenter !

  3. 3
    Domino
    le Lundi 2 août 2010
    Domino a écrit :

    Enfin éviter la chronique standard, c’est possible avec tout et n’importe quoi au fond… C’est juste qu’il y a chronique standard et chronique standard… Comme il y a chronique non conforme et chronique non conforme…

    C’est pas que le but humoristique soit totalement raté, c’est que finalement à part résumer un peu l’histoire du groupe, leurs problèmes tout ça, on apprends vraiment pas grand chose sur Emigrate… Etrange choix donc que de ressortir ça pour finalement en dire peu de choses… Mais bon soit, dans le principe, ca me fait un peu penser a l’article sur Lady Gaga qu’il y avait eu ici. Une jolie plume qui parle bien de tout sauf du sujet…

    Enfin bon, chacun son truc hein, par contre chouette bouquin que ton dernier inspiré par Manson, j’ai vu qu’après que tu en étais l’auteur…

  4. 4
    le Lundi 2 août 2010
    Alex a écrit :

    Oh merci, c’est gentil !

    J’suis d’accord rapport au fait qu’on apprend trop rien sur Emigrate, mais c’était pas mon but (après l’écoute, la première chose que j’ai pensé au sujet du groupe c’est qu’il n’y avait justement rien à en penser, j’ai trouvé ça pas assez mauvais pour critiquer ou le prendre au 2nd degré, et pas assez bon pour apprécier). C’est pour ça que je me permets de donner un ton décalé à la chronique – en comprenant que les gens qui viennent chercher de vraies infos puissent être déçus, mais en sachant aussi qu’au final, ils en trouveront plein rien que sur le site officiel. Des fois j’arrive à placer de l’info utile sous mes conneries, mais là comme en soi y a trop rien d’utile, à part qu’Emigrate je trouve ça nase, j’suis d’accord, c’est surtout la connerie qui ressort (en fait ce que je préfère vraiment c’est faire des interviews de gens qui sont morts, là je m’amuse et je dis des choses futées – enfin je crois, hein, donc rien n’est moins sûr…)

  5. 5
    Domino
    le Mardi 3 août 2010
    Domino a écrit :

    Oui mais chercher des infos sur le site officiel, c’est pas forcèment ce qu’on recherche quand on se renseigne sur un album…

    Parce que justement sur les sites officiels, ça s’autofellationne, donc le but des petits webzines comme nous (oui je tiens un webzine aussi), c’est quand meme de donner un minimum d’infos non? Alors après on mixe ça à notre sauce, avec notre patte et tout, mais bon, tu vois ou je veux en venir… Sinon ben autant prendre le parti de faire un site musicale humoristique ah ah

  6. 6
    le Mercredi 4 août 2010
    Alex a écrit :

    Moi je crois qu’il n’y a pas que les sites officiels qui s’auto-fellationnent, je pense que c’est peut être même moins pire que d’autres sites où chaque intervenant (aka journaliste, aka chroniqueur) y va de sa belle prose pour parler en long, en large, et en travers d’un album ou d’un artiste.
    J’en ai lu plein, dans divers supports, des chroniques qui chantaient les louanges de tel ou tel truc et bien souvent je m’en suis sortie complètement assommée, en ayant eu l’impression d’avoir lu un placement plus ou moins heureux d’adjectifs pompeux sans pour autant avoir une idée du simple genre musical d’appartenance de l’artiste dont il était question.
    C’est bien chiant.

    ‘ttention, je ne nivelle pas par le bas en disant que quitte à se faire entuber au niveau de l’info, autant se marrer, mais disons que là, en ce qui concerne Emigrate, je trouve qu’il n’y a guère besoin d’en savoir plus que ce que je raconte : c’est nase, mais ça fait du bien au grozego de Richard qui a articulé son album autour de son expatriation in Amerika, et le single phare s’appelle « My World ».
    Après, bien sûr, j’aurais pu parler de la puissance du riff et du beat qui va bien, mais déjà j’y connais que dalle donc j’aurais dit que des conneries et puis je ne sais pas si Emigrate est un groupe suffisamment connu pour que ça vaille bien la peine de détailler la tracklist de l’album ou ce genre de chose (ce que j’avais fait pour le dernier de Manson, par exemple). Personnellement (mais je suis un peu inculte, surtout musicalement), ça ne fait pas très longtemps que je sais qu’Emigrate existe, et je ne pense pas être la seule dans mon cas – les fans de Rammstein sont au courant, mais les autres, qui ne savent pas trop qui c’est Richard Z Krupse, je ne sais pas trop s’ils sont au taquet sur ses side projects.
    Donc le message principal (à savoir le-mec-mignon-de-Rammstein-a-aussi-un-side-project-les-filles) est passé, à mon avis.

    Qu’est-ce que j’en écris des tartines, je me fatigue toute seule.
    J’ai juste un autre petit point sur lequel je veux répondre, après j’arrête.

    Rapport au but des webzines, je ne pense pas non plus qu’il y ait de ligne directrice rigide, c’est justement ça que je trouve intéressant par rapport à la presse traditionnelle bien plus formatée. L’originalité du propos est possible, on a enfin la possibilité de lire des choses différentes, au moins au niveau de la forme, et ce serait dommage de faire l’impasse là dessus.
    Aussi, pour que les choses fonctionnent bien, je trouve que les gens qui participent à un webzine devraient surtout se faire plaisir, dans le sens où ça n’est pas une activité mercantile basée sur une quelconque volonté de rentabilité.
    S’il faut vraiment dégager des objectifs, moi j’en vois deux : l’information et le divertissement.
    Tu m’objecteras que je suis un peu trop divertissement et pas assez information, et j’accepte l’objection pour cette chronique, sachant qu’il y en a d’autres où c’est l’effet inverse qui se constate. Mais la balance n’est pas toujours obligée d’être équilibrée.

    –> café !

  7. 7
    Domino
    le Mercredi 4 août 2010
    Domino a écrit :

    Moui, je vois ou tu veux en venir, t’as pas tort bien sur…

    En effet, l’avantage du webzine est de se faire plaisir. Pas de rentabilité, de rendement, sauf pour ceux qui veulent absolument avoir un max de visites et j’en passe. Dans cette optique, effectivement, autant se laisser aller c’est sur…

    Mais bon, après c’est vrai qu’effectivement la balance a pas forcèment besoin d’etre super équilibrée… C’est une question de point de vue, et a mon niveau si j’aurais ressorti un vieux truc en me disant que c’est pas forcèment très connu, j’aurais essayé d’équilibré un minimum le truc, histoire d’informer et de me faire plaisir aussi…

    Mais je comprends ton point de vue, ça se défends :)

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