Eiffel présente ses nouveaux titres au Point Ephémère | 23.05.2012

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Romain Humeau, leader du groupe Eiffel, l'avait annoncé lundi au Truskel : « Mercredi soir au Point Ephémère, ça va être hype ».

A l’entrée de la salle, sur les quais du canal St Martin où Paris a enfin revêtu ses habits d’été, la liste des personnes accréditées est longue comme le bras. Une seconde, on a pu craindre un set promo guindé, une salle pleine de hipsters et des musiciens bloqués par un stress légitime malgré le t-shirt fétiche troué au niveau de la boucle de ceinture. Mais une seconde seulement. Car dans le public les ahuris* sont présents, l’ambiance est là d’entrée et le groupe semble aussi à l’aise que possible.

Le Même Train et Libre , deux inédits qui ont la tâche – normalement ingrate – de lancer le concert, sont terriblement efficaces pour des titres que l’on découvre en direct, ce qui n’est pas un banal exploit. Libre, surtout, frappe l’oreille au point qu’on passerait bien en mode rewind ; c’est dire à quel point le set est bien parti. D’autant que pendant ces quelques minutes, on a tout le temps d’apprécier la présence haute densité d’un Romain Humeau aiguisé comme un couteau. Entre la puissance des chansons et le charisme immédiat de celui qui les interprète, on a du mal à se dire que tout ça n’est encore qu’en rodage. Peut-être aussi parce que le line up est le même que pour la précédente tournée, une première entre deux albums.

Eiffel compte pourtant dans ses rangs un petit nouveau, parfaitement intégré : Fred, au synthé et guitare acoustique, et aux machines surtout. Pour les quatre autres, il est visible que l’alchimie opère toujours depuis la tournée partagée pour A tout moment la rue. Les réflexes sont là, ça sent la complicité à plein nez , le plaisir à jouer ensemble et en fait, l’assurance tranquille de ceux qui ont trouvé le parfait équilibre. Alors si Romain Humeau préfère prendre les devants en prévenant « C’est un peu le bordel, mais on va rigoler » et que les arrangements évoluent encore d’une ville à l’autre, le show est déjà remarquablement en place pour un disque même pas encore complètement mixé.

Place de mon cœur démarre alors que la sueur perle sur les visages « à en perdre ses bigorneaux ». A peine quelques passages radio et pourtant s’en dégage une certaine familiarité, un peu comme si le titre était déjà un classique du groupe. Ce premier extrait, surprenant par son côté pop plutôt inhabituel, s’avère finalement très « eiffelien » en live. Mieux vaut d’ailleurs éviter de faire ce genre de procès d’intention au groupe, tant cette manie de vouloir sans cesse coller des étiquettes agace le sieur Humeau. Et si l’image d’Eiffel est très marquée rock, ceux qui connaissent bien la discographie du groupe vous diront qu’au fil de ses quatre albums (plus un album solo), le rock a toujours côtoyé des titres plus pop, et des chansons.

Avec Milliardaire auquel succède Chanson trouée, le set s’accorde justement une belle pause dans ce dernier registre. Chanson trouée, qui s’étendra sur plus de 9 minutes et dont Léo Ferré n’aurait pas renié le texte, déchaîne déjà les passions. Morceau épique en forme de poème rimbaldien, elle commence calmement pour s’échapper dans son deuxième tiers, soulevée par les riffs jouissif de guitare d’un Nicolas Bonnière décidément habité et se terminer plus doucement en une sorte de litanie dont l’avenir se dessine déjà en live avec un slogan à reprendre en coeur : « Roi de rien, Prince de nulle part » – tellement Eiffel.

Tout est là, finalement, car lorsque le pixien Frères Ennemis prend la suite pour deux minutes de rock fulgurant, on se souvient pourquoi on n’a vraiment pris la mesure du groupe qu’en découvrant l’amplitude de son écriture et l’éclectisme de sa musique. Cette aptitude aux grands écarts est caractéristique du leader d’Eiffel. Certes, l’homme est tendu et direct, déterminé, parfois provocateur ou même brut de fonderie. Mais il est tout autant poète cultivé grand amateur de Boris Vian, fils de luthiers, ancien élève du conservatoire de Toulouse où il reçut une formation classique, arrangeur aussi délicat qu’inventif, et enfin, auteur attachant de lettres sincères à l’attention une fan base qui ne l’a jamais désavoué (au contraire de son ancienne maison de disque laquelle, rappelons-le, les plantait sans promo aucune juste avant un Olympia en 2007 ; dommage pour EMI, et tant mieux pour PIAS qui reprit le flambeau avec bonheur pour un précédent album qui eut le succès que l’on sait).

Les musiciens l’ont dit, cette dizaine de dates dans des salles de petite taille (200 places environ) est une sorte de cadeau mutuel, une pré tournée qui permet au groupe et à son public de se revoir dans une configuration humaine et d’échanger sur un disque toujours en gestation. L’occasion idéale de le jauger dans les conditions du réel, sur scène d’abord, puis dans sa version studio diffusée après le concert, avant de venir en discuter avec ceux qui le suivent et dont il entend rester proche.

Après six nouveaux titres balancés d’affilé, il semble d’ailleurs temps de revenir en terrain connu et de s’offrir quelques moments de pure communion sur d’anciens morceaux (réarrangés, néanmoins). Dans la salle, la chaleur est montée d’un cran et les musiciens se donnent davantage encore, notamment Nicolas Bonnière – toujours lui -, carrément explosif. Alors que la guitare électrique se fait presque métal et se lâche totalement, Romain vit chaque mot comme le ferait un acteur, tandis que le public chante avec lui ces paroles qui sont de vieilles connaissances. Petit retour sur l’album encore inédit avec la chanson titre Foule Monstre, puis la fin de concert s’emballe avec un enchaînement de titres qui permet à toutes les énergies de se libérer. A tout moment la rue (« peut aussi dire non ! ») est repris par la salle qui lève le poing en cadence, avant que Romain Humeau ne descende dans la fosse pour chanter doucement au milieu d’une foule qu’il fait s’asseoir autour de lui pour mieux la faire sauter ensuite sur l’excellent Sombre, que certains vivront simplement les yeux fermés, en agitant leurs cheveux.

C’est la fin, et puis non. Hype, en rappel, reste le morceau fou dont on ne sait jamais comment il va se dérouler ni se terminer. Impro, dialogue entre la scène et la salle, ce défouloir ultime ponctué de roulements d’yeux et de cris ou de rires sardoniques mais aussi de postures diverses et variées (allongé sur scène, assis à califourchon sur le guitariste) est devenu une sorte d’institution à caractère surréaliste. Et quel salut après ça, que celui des musiciens d’Eiffel ! Bras dessous dessus, le sourire jusqu’aux oreilles, leur bonheur irradie de partout. L’autre Nicolas (Courret, le batteur puissant et historique) est alors chargé d’annoncer l’écoute du disque. Et comme on est resté sagement pour entendre ça, on peut d’ores et déjà vous dire qu’outre des titres qui confirment l’excellente impression live, les recherches sonores y auront une belle place. Vous pourriez bien être surpris, çà et là, de trouver au futur album un côté Gorillaz capable de leur ouvrir des horizons nouveaux. Sans compter que beaucoup se réjouiront de retrouver La Chamade, devenue inoubliable depuis sa version acoustique jouée en plein milieu de la fosse du Zénith de Paris.

Avec le succès de ces nouveaux titres et une chaleur humaine partagée, on ne sait pas si ce concert aura été hype ou pas. On est sûr, en revanche, qu’Eiffel a réussi bien plus qu’une mission promo.

Et à vrai dire le temps va sembler long, d’ici au mois de septembre.

Crédits photos : Mauro Melis

Set list : Le même train (new) / Libre (nouveau) / Place de mon coeur (nouveau) / Milliardaire (new – « milliardaire r-e, les journalistes ! ») / Chanson trouée (nouveau) / Frères ennemis (nouveau) / Il pleut des cordes (« Et maintenant, on va faire une reprise de It’s raining again ») / Qu’ai je donc à donner / Sous ton aile (« Tant pis pour le Fouquets – Ça c’est fait !) / Foule monstre (nouveau) / À tout moment la rue / Sombre // Rappel : Hype

* Nom que les fans ont emprunté au second album d’Eiffel « le quart d’heure des ahuris », lequel fêtera ses 10 ans en septembre prochain

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A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

4 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 25 mai 2012
    Sand a écrit :

    Je te l’ai déjà dit mais je vais le répéter et même signer….
    Merci pour ce bel article :-)
    Très bon Live report ^^
    C’est hachtement plus meilleur que tout ce je pourrais écrire un jour…
    Et les photos de Mauro sont geniales !
    MERCI à vous deux !
    Des bisous

  2. 2
    le Dimanche 27 mai 2012
    David Bénard a écrit :

    Compte-rendu magnifiquement écrit. Pour ceux que ça intéresse, voici ma plus modeste contribution, illustrée de quelques photos inédites… http://davidbenard.free.fr/index.php/2012/05/26/concert-eiffel-paris-point-ephemere-humeau-rock-mai-2012/

  3. 3
    le Mercredi 30 mai 2012
    sylvain fesson a écrit :

    C’était en effet une très belle prestation, à l’aise, intense, soudé, généreuse ! Après, côté nouveaux morceaux, je ne partage pas ton enthousiasme Isa, « Place de mon coeur » à part. Je trouve que depuis Tandoori, Eiffel est à bout de souffle niveau textes et songwriting. Si la voix est là, Humeau se caricature dans des envolées verbales qui ne sont plus que l’ombre et le toc des images qu’il donnait. Ce côté bavard, barré, MC5, à la Ferré. Il est un peu en roue libre, plouf, devant un public conquis. Des convertis. Il mélenchonne si j’ose dire ;-) Après, comme sur l’album précédent, il va et vont encore réussir à nous pondre un ou deux morceaux tops. « Place de mon coeur » et « Libre » sont de ceux-là il me semble. Quand justement il s’aventure plus dans la pop, l’électro et le hip hop que le gros rock poussif et blablateux. Beau report + photos sinon ! Bien à toi.
    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  4. 4
    Isatagada
    le Lundi 4 juin 2012
    Isatagada a écrit :

    Ohhhh tu étais là et je ne t’ai pas vu ? :-(
    Pas d’accord avec toi quant au songwriting justement, il y a là matière à des titres plus mélodiques que jamais, et moins « engagés », justement. Sur les 6 nouvaux, tu aimes déjà « Libre » et « Place de mon coeur », déjà un bon début quand on les a si peu entendus, tu ne trouves pas ?
    J’ai la chance d’avoir reçu un enregistrement et de pouvoir les écouter encore et encore. Honnêtement j’aime beaucoup.
    Et en effet, Romain Humeau n’est jamais aussi bon que quand il se tourne vers des morceaux moins rugueux. Pas pour rien si mon album préféré à moi c’est son disque solo « L’éternité de l’instant ».
    On en reparle à la sortie de l’album !
    Et on se reparle tout court avant ça, j’espère :-)
    Merci de nous avoir lu en tout cas, ça me fait super plaisir.

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