Eiffel

par |
Après des années d’absence, de doutes et d’incertitudes, Eiffel revient avec un 4e album, A Tout Moment. Rencontre avec 3 des membres de ce groupe phare du rock français.

Après Tandoori et le concert à l’Olympia, on aurait pu croire à la fin d’Eiffel. Et pourtant, après avoir lutté contre vents et marées, vous voilà avec un nouvel album, A Tout Moment . Par quoi êtes-vous passé pour en arriver là ?

Romain : On a construit un studio, à Bordeaux. Construire un studio, c’était un rêve depuis 10 ans. On avait un studio itinérant, qui s’appelait « Le Studio des Romanos », dans lequel on a enregistré Le Quart d’Heure des Ahuris, Abricotine, une partie de Tandoori – des petites choses. C’était du matériel qu’on déplaçait ici et là. Et avec Estelle, on a terminé le studio à Paris.

Estelle : À Bordeaux !

eiffel3ptit Romain : À Bordeaux (Rires) . C’est toujours le «  Studio des Romanos », mais il n’est plus itinérant. En fait, c’était une manière de – sachant qu’on n’avait plus de maison de disques après l’Olympia – de se dire qu’on commençait un album. Et commencer l’album, c’était aussi avoir un peu d’énergie. On savait que ça allait bouger dans le groupe, Christophe étant du nord, et nous complètement à Bordeaux. Ça nous a donnés vachement d’énergie pour se dire « On fait un album, personne ne nous demande rien, mais on le fait quand même et puis on verra ce qu’il se passe ». Et ce qu’il se passe, c’est que sur la fin de l’enregistrement de l’album, Pias nous a signés. Donc ça nous a donné raison, mais ça a pris quand même 2 ans. Et pendant les 2 ans, il y a eu des moments de doutes, et d’emmerdes liées au fait que pendant que tu enregistres, et que personne ne te demande rien, t’es pas en train de travailler pour becter.

Et comment vous vous êtes retrouvés sans maison de disques ?

Romain : Notre maison de disque, qui était EMI, a changé de direction. La première direction voulait défendre à fond le disque ( Tandoori ), et la deuxième pas du tout. On était en plein cours de tournée, nous ! On avait prévu de faire l’Olympia avec cette direction, et là, la direction change, pouf ! plus personne ne veut rien faire. Et ça, à mon avis, c’est ce qu’il ne nous arrivera pas avec Pias. On peut très bien s’arrêter avec Pias dans deux ans, on ne sait pas, mais ce ne sera pas pour les mêmes raisons. Parce que Pias, ce sont des gens qui ont monté la boîte il y a 25 ans, et qui sont toujours là. C’est un label indépendant, ils n’appartiennent à rien d’autre qu’eux-mêmes. C’est la différence avec EMI . Si tu regardes bien, EMI, c’est comme tout quoi ; de près ou de loin ça doit sûrement appartenir à Lagardère, ou ça doit avoir des parts là-dedans.

Estelle : On ne sait même plus à qui ça appartient, et c’est vrai qu’au bout d’un moment, tant mieux si on s’est fait virer ! Parce que la maison de disque ne ressemblait plus du tout à ce que nous, on attend d’une maison de disque.

Nico, après des années dans d’autres formations (Bed, Mellano, Headphone,.), tu retrouves Eiffel. Comment s’est passé le retour ?

Nico : Ca s’est passé que.

Estelle : On l’a kidnappé !

(Rires généraux)

Nico : Voilà, tout est dit ! Là je peux sortir un petit peu, je prends l’air, je vais à l’hôtel tu vois (Rires) . Non, ça c’est passé d’un point de vue purement amical au départ. On s’est revu, c’était super chouette de se revoir.Et puis de fil en aiguille, on s’est rendu compte que l’envie de jouer ensemble était à nouveau là. Et très simplement, très naturellement, tout doucement (Rires généraux) .

Estelle : Sans faire de bruit.

Nico : Sans faire de bruit ? Si ! (Rires) Enfin ça s’est fait. C’est vrai qu’au début il n’était pas du tout question que je refasse partie d’ Eiffel, puisque Eiffel existait encore sous la forme précédente. Et lors d’un festival aux Terres Neuves, à Bordeaux, je suis venu en « guest » faire 2-3 morceaux, et on s’est dit « Putain ! C’est bon ! ». Puis tout ça a mûri, puis nouveaux morceaux. et l’alchimie, l’envie étaient là.

Romain, on sait que tu écris beaucoup. Pour A Tout Moment, ce sont des chansons écrites exclusivement pour cet album, ou tu as ressorti de vieux textes ?

Romain : Non, il n’y avait pas de vieux textes. Enfin, il y a des vieilles phrases, des vieilles expressions, des choses comme ça que j’avais notées dans un coin. Mais je ne sais plus exactement. Ces chansons-là, maintenant, pour moi elles sont vieilles. Mais ça part – je préfère être honnête – ça part vraiment d’un truc très égoïste à la base. Pour que justement ce soit partageable, il faut que ce soit très vrai pour moi au départ.

eiffel2petitLe premier album d’ Eiffel, qui s’appelle Abricotine, c’était encore une période où j’en n’avais rien à foutre des textes. Ces textes, ce n’est pas que je ne les assume pas, mais ça m’intéresse moins ce qui est dit là-dedans, voilà. Pas la musique hein ! La musique, je défends tout. Mais après Abricotine, j’ai eu vraiment une envie de m’ancrer dans les textes, et que la musique soit presque secondaire. J’exagère, mais c’est presque ça. Il y a eu 2 albums comme ça ( Le Quart d’Heure des Ahuris, Tandoori ), voire 3 puisqu’il y a mon album solo ( L’Éternité de l’Instant ) aussi. Je ne sais pas si j’ai progressé, mais les textes ont plus d’épaisseur. Par contre, tu laisses des choses au niveau musical, et notamment l’aspect mélodique. Ce sont des morceaux qui sont plus axés sur une rythmique de langage, donc une rythmique assez simple aussi.

D’ailleurs, ces morceaux ont été composés en guitare/chant, non ?

Romain : Guitare/chant ou piano/chant. Mais les textes, avant. L’instrument n’est pas très important pour composer. enfin, c’est dans la tête avant tout, voilà. Ce qui est important, c’est le rythme en fait, je pense. L’idée du rythme intérieur, du mouvement fort, du mouvement faible, et que le texte puisse se balader entre les deux.

Par contre, le nouvel album, A Tout Moment, c’est vachement plus une volonté musicale à la base. De la mélodie, des textes sonores, des harmonies qui reviennent, qui sont – un peu comme Abricotine – plus « chiadées ». Des choses que j’aime beaucoup, que je n’ai jamais arrêté d’aimer, et qui avaient été mises de côté un moment donné. Et après, j’ai mis les textes dessus. C’est très difficile, parce que la dynamique verbale t’est imposée par la mélodie, et il ne faut pas trop la perdre en rajoutant des mots. Par contre, j’ai essayé d’écrire en gardant ce que j’ai gagné en faisant Tandoori, L’Eternité de l’Instant et Le Quart d’Heure . Ca donne ce que ça donne, et je suis très content. Mais c’est particulier, hein ! À Tout Moment, c’est particulier ! J’ai tout le temps du mal à me souvenir des morceaux qui le compose, ce disque. Alors que d’habitude, j’ai tout dans la tête, l’ordre et tout ça. C’est comme s’il y avait des milliards de petits morceaux à l’intérieur. C’est peut-être la manière dont il a été fait.

Il y a d’ailleurs beaucoup de personnes qui ont participé sur ce disque, comme Joseph Doherty qui avait déjà collaboré avec toi pour L’Éternité de l’Instant .

Romain : Et Tandoori, aussi. Il avait écrit un texte, Loony Tune For The Moon avec moi.

Et Gnomes On My Back aussi.

Romain : Ouais. Gnomes On my Back, j’avais écrit le texte avec mon anglais pourri. Et en fait, je suis allé un soir, un peu aviné (rires), je ne le cache pas, manger chez Jo . Je lui dis « J’ai ce texte-là, je te le joue, il y a plein de trucs qui ne vont pas ; est-ce que tu ne peux pas le retoucher ? ». Il a changé plein de choses, et donc on l’a fait à deux quoi.

eiffel4 d’ailleurs, il n’y a pas de texte en anglais sur ce nouvel album.

Romain : Si tu veux écrire en anglais, il faut que ce soit des choses légères ; d’ailleurs, ce titre-là ( Gnomes On My Back ) est assez léger. Et si tu veux vraiment écrire en anglais, il faut une maîtrise de la langue, mais aussi une maîtrise de la pensée. Il faut penser en anglais, il faut rêver en anglais. Et je ne rêve pas en anglais.

Mais j’adorerais qu’on bosse avec une personne pour un projet comme ça ! On reprend les bandes des 4 albums d’ Eiffel, et tous les chants sont faits en anglais ! Pas avec une traduction littérale, il faut une réinterprétation, donc quelqu’un qui coécrit les textes. On a une copine qui est traductrice hongroise, et qui nous a parlé un petit peu de ça. Traduire la poésie dans une autre langue, c’est une transcription d’imaginaire, c’est traduire de manière très précise quelque chose qui est totalement imprécis. Et moi ça m’intéresserait que ce soit un vrai projet.Alors du coup ce n’est pas un projet où on se met à enregistrer : on prend les bandes et on fait ça. J’adorerais en anglais. Et puis en espagnol, en italien, en hongrois. (Rires) .

Vos textes sont engagés, sur Tandoori, sur À Tout Moment ?

Romain : Je ne sais pas s’ils sont engagés. En même temps c’est comme ça que tu le perçois, et pas mal de gens le perçoive comme ça, donc.

Tout de même, Bigger Than The Biggest, A Tout Moment la Rue .

Romain : Ouais. (Réfléchis) Mais ça ne propose rien, c’est plutôt désespéré.

Bon, mais dans la dynamique du groupe, avec des actions comme le KO Social, il y a de l’engagement ?

Ensemble : Oui.

C’est important pour vous, que les artistes agissent au niveau politique, social,. ?

Romain
: Non. Il y a plein d’artistes qu’on adore qui ne font absolument rien. D’ailleurs, on ne prétend pas faire beaucoup de choses. En ce moment on ne fait rien, on fait juste notre promo sur le disque.

Estelle : Quand on a l’occasion, quand on se retrouve dans des circonstances qui font qu’il y a besoin de faire quelque chose, et que personnellement, ça va dans le sens de ce qu’on pense, on le fera. Et si on le pense à 4, en groupe, on le fera en groupe. Mais il n’y a pas d’obligation dans Eiffel d’être engagé sur tel ou tel point.

eiffel1petit Romain : Et surtout on se méfie énormément du « créneau » rébellion, engagement, etc, qui devient un truc pour faire du fric aussi. Il y a des groupes qui l’ont fait. En France, il y a une vague alterno comme ça, qui a fait des choses superbes, et des choses plus ou moins « craignos » aussi. Je le vois plus à l’image d’une personne que j’adore, Lennon . Il a écrit plein de chansons dites « engagées » effectivement ; mais il n’a avant tout fait que ça. Et cette Revolution de Lennon me suffit.

Mais on ne sait pas ce qui va nous tomber sur le rab cette année. Peut-être qu’on ira jouer pour telle ou telle cause, peut-être qu’on va ouvrir notre gueule si on nous le demande, si on pense que ça sert. Mais déjà, il faut recentrer. Eiffel, ce n’est rien du tout. Ce n’est pas parce que nous on va dire un truc qu’il va se passer quelque chose. Donc, on se méfie, de faire les « Zorros ». Par contre, d’insérer dans des chansons des bouts de vie de tous les jours, des bouts d’actualité, ça me semble juste légitime. D’autant plus qu’on a des textes qui sont parfois surréalistes, donc des fois, de revenir à du concret, c’est bien, ça exalte le tout.

Bertrand Cantat est venu poser sa voix sur A Tout Moment, on sait, Romain, que tu avais travaillé avec Noir Désir pour Des Visages, Des Figures . Est-ce que vous avez d’autres projets en commun ?

Romain : Non, pour l’instant, aucun.

Vous allez reprendre les concerts. Impatients ?

Nico : Bien sûr. C’est dans 15 jours !

Estelle : C’est toujours comme ça à la fin des albums. On a envie d’être sur scène, parce que ça créé autre chose. C’est le moment où ont fait revivre les chansons, c’est à ce moment-là qu’on voit la réaction des gens, comment ils les ressentent.

Romain : Puis c’est notre passion, c’est notre métier. Un métier qui nous procure beaucoup de plaisir, et on essaye de bien le faire, de manière honnête. Qu’il y ait une sensation, sans que ce soit sensationnaliste. La grande classe, c’est que quelqu’un vienne au concert sans connaître le disque, et qu’il prenne une claque.

Le Bataclan complet, sans promo, ça fait plaisir ?

Nico : Bah carrément !

Romain : Du coup, il y a une Cigale en plus depuis 15 jours, et on est déjà à 600 places.

Nico : C’est vrai que cette histoire du Bataclan, on ne s’y attendait pas, vraiment pas.

Romain : On s’attendait à ce que ce soit complet, mais le jour même. 3 mois avant, non.

Pour finir, votre coup de coeur musical du moment ?

Nico : Moi j’écoute beaucoup Sparklehorse, Dark Knight of the Soul, un album qui n’est pas sorti, et ne sortira pas! Je ne sais pas trop pour quelles raisons, mais il se trouve que si Sparklehorse sort cet album, EMI lui fait un procès. À la base, c’est un projet avec un bouquin d’illustrations de David Lynch, et l’album de Sparklehorse, sur lequel il y a plein d’invités : Franck Black, Iggy Pop . Et ce truc-là ne peut pas sortir ! Donc ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont sorti le bouquin, avec dedans, un CD vierge. Tu fais ce que tu veux du CD vierge. mais après, l’album, tu le trouves sur internet. Gratuitement, et il est génial. En tout cas, c’est vraiment lamentable, cette histoire avec EMI .

Estelle : Moi je suis un peu resté bloquée sur des vieux trucs. Ah, mais hier, on a écouté un super groupe.

Romain : Las Ondas Marteles !

Estelle : C’est ça ! Et on a entendu aussi sur Radio Libertaire, Chris Garneau, El Radio, ça m’a vachement plu.

Partager !

En savoir +

Eiffel, Nouvel Album À Tout Moment le 5 Octobre

En concert à la Cigale le 17 Novembre 2009, au Bataclan le 18 novembre 2009, et dans toute la France.

http://www.myspace.com/eiffeltandoori » href= »http://www.myspace.com/eiffeltandoori »>Site web du groupe->http://www.eiffelnews.com/] / [Myspace

A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Lundi 26 octobre 2009
    Poune a écrit :

    Super interview!

Réagissez à cet article