Edouard Baer impose la French Touch avec « …A la française! » au Théâtre Marigny

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Après le succès de « Miam Miam », Édouard Baer revient au Théâtre Marigny avec son nouveau spectacle, « … à la française! », où il sera question de terroir, de banlieues, d’amour à la française et d’un chat qui joue la Marseillaise au piano. Le tout pimenté à la sauce dont M. Baer a le secret.

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Emergence des nouvelles puissances, crise économique, délocalisations… la France est en perte de vitesse. À l’occasion du G20 qui aura lieu à Paris, le ministère des Affaires Etrangères a chargé Édouard Baer de redorer le blason français. C’est lui qui a été choisi pour organiser la soirée d’ouverture, durant laquelle, en bon maître de cérémonie qu’il est – expérience des remises des césars oblige – il présentera un spectacle inoubliable, qui rendra à Marianne son prestige international… Malheureusement pour le ministère, Édouard, après 3 mois d’intense oisiveté, réalise la veille du grand jour qu’il n’a rien préparé. Qu’à cela ne tienne : il lui reste une nuit pour monter, avec sa troupe et ses amis, un spectacle digne d’être joué devant les grands de ce monde, afin de rendre à la France ses lettres de noblesse!

L’ouverture du spectacle joue, comme c’était le cas pour le précédent spectacle, sur le décalage. Voix de quelqu’un dans le public qui s’impatiente. « Bon alors ça y est ? Il n’est pas là Édouard Baer ? » On s’interroge, on se regarde, interloqués… Les membres de la troupe ont l’air perplexes, puis, 3 minutes plus tard, arrive Monsieur Baer, tout sourire, expliquant qu’il était en train de « travailler » au bar du théâtre. Le ton est donné. Édouard se fait rapidement ramener à l’ordre par son assistante et compagne : l’envoyé du ministère des Affaires Etrangères, chargé d’inspecter les progrès du spectacle pour le G20, vient d’arriver. Dès lors, tout se succèdera dans ce spectacle au rythme endiablé : idées loufoques et saugrenues pour présenter les monuments-phares de la France, petites chansons humoristiques sur les produits régionaux et le savoir-faire français, blagues qui fusent, engueulades à tout-va, et même quelques scènes poétiques, belles déclarations d’amour à la France.

Cette pièce fonctionne bien, et pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les personnages ont été choisis intelligemment. D’abord Édouard Baer, bien sûr, plus ou moins dans son propre rôle, celui d’un metteur en scène tantôt cassant tantôt aimant, toujours avec ses tirades venues d’ailleurs et son intonation reconnaissable entre mille (« Ce n’est pas parce que je t’ai dit de partir qu’il ne fallait pas rester ! Enfin, aie un peu de bon sens, voyons ! » ). Ensuite, l’assistante et compagne d’Édouard, qui essaye de le remettre sur les rails quand ce dernier se laisse trop emporter, part trop loin dans ses délires, ou encore l’envoyé du ministère que sa femme vient de quitter et qui découvre les joies du monde du spectacle. Enfin, la troupe de costumiers/décorateurs/acteurs, toujours là pour proposer des idées plus ou moins bonnes (souvent moins), la femme de ménage qui veut faire la Tour Eiffel, le petit stagiaire pistonné « fils de – de qui ? – de machin. » qui rêve d’un grand rôle, et une Marianne personnifiée, un « rêve éveillé », ici pour enchanter la soirée.

Les personnages sont bons, et, de surcroît, bien joués. On tire notamment notre chapeau à Patrick Boshart et son look de vieux pirate clochard baroudeur des mers, d’ailleurs déjà aux côtés d’Édouard Baer pour ses spectacles précédents (Miam miam, Looking for Mister Castang, La folle et véritable vie de Luigi Prizzoti, ou Le Grand Mezzé), dont chaque intervention est un régal.

De plus, le rythme de cette pièce, effréné, ne laisse aucun moment pour souffler, aucune place pour l’ennui. À peine une scène est-elle terminée que la suivante débute, sans laisser de répit, sauf parfois une chanson, bienvenue. Ce rythme endiablé est bien soutenu par une mise en scène efficace, avec une très bonne utilisation de l’espace et des décors – on a réellement l’impression d’être dans les coulisses du théâtre, en train de préparer la pièce avec la troupe (« Pour sortir, prenez la vraie porte, ce sera toujours mieux que la fausse »). Le jeu de lumière et la musique – un piano, seul – viennent eux appuyer les émotions et le ressenti, avec l’utilisation d’un bleu obscur pour simuler la nuit et laisser place au romantisme et à la poésie par exemple.

Enfin, l’originalité de l’idée, qu’on pourrait résumer par : « qu’est-ce que la France ? » permet à la troupe de se lâcher et de se faire plaisir au niveau des costumes et accessoires… On verra ainsi Édouard Baer affublé comme une grosse dame de la campagne ou Napoléon, et défiler certains personnages et monuments comme Louis XIV, Bécassine, les Auvergnats, le Père-Lachaise…

« … à la française! » est donc une pièce savoureuse et piquante, qui amuse et attendrit. En attendant de se mettre au service de Sa Majesté la reine d’Angleterre dans le prochain Astérix, Édouard Baer défend ici avec amour et humour sa douce France. Edouard Baer, la French Touch.

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A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 3 novembre 2012
    Sylvanoon a écrit :

    J’ai du mal à croire que ce soit réellement votre avis…
    J’ai vu ce spectacle hier soir. J’ai toujours eu beaucoup d’estime pour Edouard Baer. Cette fascination pour ceux qui flanchent entre l’échec et la superbe, l’esbroufe et le charme.
    Malheureusement, je crois qu’on a ici trop longtemps tiré sur la corde. Les idées (lorsqu’il y en a) sont toutes interrompues au bout de 30 secondes, comme pour faire croire à une profusion qu’on devine rapidement fausse. La mise en abîme a toujours été son fond de commerce : l’échec du personnage comme écrin au panache de l’auteur. Mais le panache n’est plus là, et il ne reste plus que l’échec. On aimerait que tout cela ne dure que 3 minutes, comme avant, sortir avant la fin, ne pas voir la triste conclusion. Finalement, tout est dit, il n’y a qu’à écouter le texte : rien n’est grave puisque tout est perdu d’avance, aucune raison de s’affoler, l’échec est doux et tiède, etc. La laideur des costumes, les comédiens à l’abandon, la tristesse dans leur regard, les idées empruntées, allons-y, puisque tout est perdu. Mais lorsque à la fin, on en arrive à se grimer en femme obèse, qu’une partie de la salle s’esclaffe en voyant les grosses fesses remuer, et qu’on comprend que ce rire gras a pour but de servir de terreau aux applaudissements finaux, on se dit qu’Edouard Baer n’est finalement pas bien loin d’un Jean-Marie Bigard ou un Patrick Sébastien.
    C’est peut-être son souhait.

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