Editors – Les vertus du Less is more…

par Caroline|
Embarqués jusqu'au mois de juin pour une folle et longue tournée mondiale qui aura en tout et pour tout duré plus de 6 mois, le quatuor de Birmingham a fait escale à Montpellier le 9 février dernier pour y présenter son premier album The back Room, sorti en juillet 2005. Un opus grave et intense, empreint d'une tension et d'une noirceur plus qu'étonnantes pour de si jeunes artistes (20 ans de moyenne d'age), le tout sublimé par un passage sur scène remarqué et riche d'enseignements. Flashback...

editors_4Une arrivée sur scène en coup de vent de longues minutes après le set enflammé des frangins néo-punk de Kill The Young . 1h10 de show non stop, puis un départ copié-collé sur leur entrée sur scène: sans bruit, sans fards ni artifices… partis comme ils sont venus, les 4 anglais longtemps comparés à Interpol désarment. Pas un mot n’aura été échangé entre le public et le combo, si ce n’est un timide merci chuchoté par Tom, lui, le chanteur d’ Editors dont l’incroyable voix fait irrémédiablement penser à celle du mythique Ian Curtis, leader charismatique de Joy Division ; Un père spirituel dont les chaussures pourraient de prime abord sembler un peu trop grandes pour ce jeune garçon à l’allure si fébrile et à l’évidence si peu à l’aise face à son public… et pourtant…

Pudeur des mots et des gestes, contre impudeur la plus totale au rayon émotions. Nous voici dans l’univers d’ Editors . Pas de temps mort, pas de discours pour chauffer la salle, mais peu importe, l’ambiance solennelle et intense qui se dégage des morceaux tout comme l’attitude du groupe font largement leur ouvrage. Un chanteur habité, limite inquiétant qui nous renvoie même un certain malaise tant on sent qu’il ne fait qu’un avec ses chansons. Une quête de perfection qui se devine, un certain stress accentué par des mimiques de personne timide et pudique mais devenant si imposante dès que la voix s’élève et emplit la salle, les coeurs et les corps…

Sombre, chaude, puissante et nerveuse, la voix de Tom possède en effet cette faculté indéniable de fasciner l’auditoire et de sublimer la noirceur des textes ; du Joy Division, auquel on aurait ajouté quelques gênes passionnés d’un Nick Cave en quelque sorte… Et oui cela étonne, mais c’est bien de cet être apparemment « insignifiant » et sans fioriture aucune, que provient cette déferlante d’émotions. De lui, Monsieur Tom Smith, cet enfant fragile mais doté d’une consistance intérieure tellement palpable. Les apparences sont si trompeuses parfois…

Ajoutez à cela des musiciens impassibles, droits, instruments à la main, fixant le fond de la salle, concentrés comme jamais, à l’unisson dans le ressentis de leur musique, tout droit sortie du fond de leur être….

Débutant le concert avec Lights, un morceau énergique à souhait et véritable single en puissance, Editors enchaîne ensuite les titres les uns après les autres, oscillant entre l’ambiance vaguement dansante de certains d’entre eux ( Munich, Blood ) et cet univers oppressant dont le groupe a fait sa marque de fabrique. Puis vient le tant attendu Camera, un bijou d’intensité pour lequel Tom délaisse sa guitare pour le clavier. Un moment rare et douloureux, entre chair de poule et fleur de peau…

Less is more…

editors_2Il suffit de voir le groupe sur scène pour que l’évidence s’impose d’elle-même. Editors a cette faculté improbable de toucher les coeurs avec ses morceaux, sans avoir besoin pour cela de grands gestes et de beaux discours. Alors que l’on reproche souvent aux artistes discrets de ne pas suffisamment communiquer avec leur public et que la « générosité poudre aux yeux » se mesure encore pour beaucoup à la manière de (sur)jouer avec la salle, la sobriété d’ Editors fait office d’exception… et de modèle. Sans mot dire, le groupe captive et en impose au travers de son mutisme lourd de messages. Editors ne cherche ni à prouver ni à convaincre. Il donne sa musique, ses textes. Il livre ses tripes et les met à nu. Rien n’est imposé, aucune signification n’est donnée aux mots, aucune didactique n’est suggérée par un quelconque comportement scénique. Au public de prendre et de se laisser envahir par ses propres émotions. Au public de lire entre les lignes et de trouver ses propres réponses aux questions distillées par le groupe tout au long des titres.

Sur galette comme sur scène, Editors nous livre une musique romantiquement dark, alliant voix d’exception et rythmiques saisissantes, notamment dues à ces lignes de basse massives et hypnotisantes.

Méfiance donc, le silence gronde au fin fond du Back Room . Et si pour Editors la musique est d’or et le silence est d’argent, le groupe n’a pour sa part pas fini de faire du bruit et de faire parler de lui. À n’en point douter…

En savoir +

Line up : Tom Smith (chant, guitare), Chris Urbanowicz (guitare), Russel Leetch (basse) et Ed Lay (batterie et répercussions)

Discographie : The Back Room, sorti sous le label indépendant Kitchenware, et dans les bacs depuis le 25 juillet 2005

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