Eclats de chantier

par |
Jusqu'au 10 mars, la photographe Corinne Dauger nous invite à découvrir ses œuvres, non pas dans son atelier, mais dans celui d'un chef cuisinier, Guy Martin.

Plus que d’une exposition, c’est d’une rencontre insolite entre deux univers dont il s’agit, d’un tissage singulier entre art plastique et art culinaire. Il ne va donc pas s’agir de la regarder, mais de la ressentir, au sens propre.

D’entrée interpellé, le spectateur se fait naturellement observateur de cette relation, entre ce qui est proposé visuellement — les photographies – et ce qui vient entourer l’œuvre, la contenir, et la repousser. Hors-d’œuvre. Il va alors parcourir cette exposition au fil d’un chainage sensitif, tout au long du parcours proposé.

Deux séries d’œuvres de Corinne Dauger se répondent : des photographies et des impressions sur plaques d’argent Christofle rehaussées à la peinture à l’huile. Elles ont pour sujet le « Chantier ». Sujet pour lequel l’artiste a parcouru le monde, de Paris au Qatar.

Éclats de chantier. Compositions structurées, graphiques, froides et brûlantes.
L’artiste fait ressortir toute beauté du brut… dans un éclat.

Image de De l'or et des barres (détail) 80x80cm Zones d’assemblages éclatées, donc, dont les morceaux polis sous le regard affûté de l’artiste — qui taille, qui cadre — deviennent précieux. Lieu de construction que l’artiste a découpé, et qui a pris en sa possession ce qui devient dès lors ses matériaux de construction.

De la matière paradoxalement sensuelle – car il s’agit bien de photographies composées de métaux pour la plupart – qui devient ingrédient, et permet une élaboration. Corinne Dauger prend pour reconstruire et re-contextualise … avec éclat, et vient à la rencontre de Guy Martin, et de sa cuisine à lui.

Atelier, cuisine, chantier… au-delà d’une mise en abîme, ces notions viennent ici se rejoindre dans un bouillonnement, un mouvement effervescent, qui prend pour racine, pour noyau, la création à l’état brut.
Ce thème, vague, ce mot-valise – la Création — va prendre ici tout son (ses) sens…
Nous sommes ici plongés dans un lieu de sublimation, puisqu’il y a bien transformation de la matière. Autant au travers des œuvres plastiques qu’au sein de l’atelier de cuisine.

Le spectateur — visiteur — amateur d’art — apprenti cuisinier — se trouve pris dans un mélange de saveurs, de goûts, de couleurs, et se trouve imbriqué dans cet environnement brouillé.

Laboratoire des sens

Éclats de chantier est une des rares expositions où l’environnement est égal à l’œuvre, et sans lequel peut-être l’œuvre perdrait un quelque chose … et en gagnerait un autre. Peut-être. À l’image d’un son qui vient influencer un regard, et transformer la perception d’un objet, une odeur un goût.
Peut-être. En tous cas c’est une exposition en forme de déambulation, qui ouvre à la confrontation des sens, de ce qui les oppose et ce qui les relie.

Il y a un rapport au métal et à la chair. Il y a quelque chose de total.

Être ici, c’est un peu être dans le ventre de l’artiste.

Partager !

En savoir +

Éclats de chantier

Atelier Guy Martin
35 rue de Miromesnil
75008 Paris

Site web : http://www.eclatsdechantier.fr/

A propos de l'auteur

Image de : Jeune professionnelle de l’art contemporain, Caroline Boudehen (aka Caromaligne) travaille depuis quelques années pour des structures culturelles et artistiques, tant dans la médiation culturelle que la diffusion et la promotion d'évènements artistiques. Après un an passé à Berlin, elle se spécialise dans le milieu des galeries d’art parisiennes (Fat Galerie, Galerie Nicolas Silin, Galerie Anton Weller – Isabelle Suret) puis dans la communication culturelle (En charge des relations presse à l’agence Communic’Art). Passionnée depuis toujours par la création contemporaine et sa critique, elle rédige également des articles pour différents webzines et tient le blog Caromaligne

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article