Earth + We Insist + Fiend @ Glaz’art

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À l'entrée du Glaz'Art, un détail qui frappe : la salle a complètement été refaite. Beaucoup plus grande, le fond a été dégagé et elle fait pour le coup bien plus salle de concert que bar. Le gros vide au milieu de cette nouvelle organisation fait un peu étrange au début, mais on s'y fait vite.

fiend4-2Ce soir, interdiction d’arriver à la bourre, c’est Fiend qui ouvre la soirée. La première fois, lors de la soirée Noise Mag, c’était magistral, le quatuor avait prouvé qu’on pouvait compter sur eux. La confirmation ne s’est pas fait attendre. Quatre coups de baguette, et le premier riff de St Helens direct dans l’estomac. Toujours aussi lourd et terrassant, le colosse Fiend se met en marche, lentement, imperturbable et ensorcelant, par l’intermédiaire de la voix d’ Heitham Al Sayied, lyrique, mais jamais de trop. Chaque riff est un poids de plus sur chaque épaule; dense, épais, massif, mais d’un psychédélisme envoûtant, d’une chaleur brûlante et enveloppante, comme sur le dernier titre joué par le groupe, une reprise de Mötorhead, Sacrifice .

Un regret, Simon Doucet, l’homme derrière les fûts de cette formation, à la frappe exceptionnelle, n’est pas présent. Heureusement, son remplaçant n’oublie pas de méchamment assurer, à tel point qu’il faudra plusieurs minutes pour se rendre compte que ce n’est pas le batteur habituel de Fiend qui tabasse ses fûts. Frappes lourdes et meurtrières, casquette vissée sur le crâne, il s’en tire plus qu’honorablement pour un type qui ne répète avec le groupe que depuis trois jours. Bien joué.

Au tour de We Insist! de se lancer sur scène. Deux guitares, une basse, batterie et saxophone, et une réputation à faire copuler moult genres entre eux, comme peut par exemple le faire Patton avec ses différents projets parfois à la limite du grand-guignolesque fourre-tout légèrement teinté de vomi, passant du coq à l’âne sans aucune ligne directrice. N’importe quoi.

Certes, la musique de We Insist! chatouille plusieurs styles, surprend, car imprévisible, mais joue bien sur un fil conducteur, qui t’est balancé droit dans la tête : la tension. Chaque morceau de la quintette est porteur d’une énergie intense, tendant parfois vers l’hystérie, et surtout, imprédictible. C’est le batteur qui s’occupe de la majorité des parties vocales, un exercice qui semble toujours totalement infaisable, mais le bougre ne se gêne pas pour nous prouver le contraire. Il s’en sort tranquillement, arrivant à placer contretemps et breaks salvateurs, si chères à la musique du groupe, tout en poussant la chansonnette. Le reste du groupe n’oublie pas de se faire remarquer, ça bouge bien, les gars jouent à fond , c’est communicatif. Un bémol pour le sax, un peu trop en retrait dans le mix, même si le type qui s’en occupe n’a pas l’air de faire semblant de souffler dedans. Le son est d’ailleurs au taquet, aiguisé et raclant, presque un peu trop fort. Un set bien classe, bravo à eux.

earth1-2 Dylan Carlson, guitariste de Earth, fait son entrée sur scène. Un embonpoint certain, dégaine de Texan, chemise à carreaux à l’appui, accompagné de son épouse, Adrienne Davie s, batteuse à l’embonpoint certain, mais sans chemise à carreaux. Line-up complété par Don McGreevy à la basse et Steeve Moore au moog, à la barbe hirsute, mais néanmoins soignée. Earth est un groupe qui a la particularité d’avoir toujours pris son temps, et ne va pas manquer à cette réputation. Earth évoque l’Amérique profonde, celle du country et du blues, celle qui envoûte par la chaleur de son soleil brûlant, qui aveugle par ses grains de sable portés par le vent; le désert, là où l’on a l’impression que le temps n’a plus aucune signification, qu’il s’est tout simplement suspendu.

Ces notes, lancées en l’air sur un tempo d’une lenteur sereine, paisible, résonnent, majestueuses, se redoublent, s’étirant jusqu’à l’infini. Teintées de fatalisme, les mélodies tissées par la six-corde de Carlson sont (malheureusement?) rehaussées par le moog de Moore, déliant l’atmosphère de sa suffocante torpeur, lorsque ce n’est pas le trombone de celui-ci qui vient adoucir l’univers Earth, sur un superbe morceau.

L’assise rythmique ne faillit pas, droite, posée, précise, comme chaque mouvement d’ Adrienne Davies, détachant chacune de ces amples impulsions pour parfaire la netteté de ces frappes. Aucun extrait de Hex; or Printing in The Infernal Method ne sera jouée ce soir, au grand désespoir de l’auteur de ces lignes, mais probablement une majorité d’extraits issus du petit dernier The Bees Made Honey In The Lion Skull tant ceux-ci sonnent moins accablants par rapport à ce qu’à pu créer le groupe. Dur de savoir combien de temps aura duré le set du quatuor, leurs morceaux se figeant dans l’espace.

Mais il faut bien en terminer, Carlson annonce la fin du set, de sa voix qui ne colle absolument pas à son physique rondouillard, c’est-à-dire complètement nasillarde (A-t-il pris une dose d’hélium avant de monter sur scène ?). Beuglements. Le quatuor revient sur scène, presque étonné,  » You want one more ? « , pour jouer un ultime morceau, magistral, beau, comme tout ce qu’aura pu nous donner Earth ce soir.

Crédits photo : Melchior Ferradou (http://www.flickr.com/photos/melchiorferradou/)

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