E.T. On The Beach @ La Clef (78)

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Dans la vie comme en musique, certains projets semblent être touchés par la grâce. C’est le cas de E.T. On The Beach, né de la rencontre entre le chanteur Nicolas Ly (APPLAUSE) et le compositeur Guillaume Poyet.

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Il y a près d’un an, E.T. On the Beach se produisait pour la toute première fois et un concert unique au Vingtième théâtre à Paris, sans qu’une suite d’aucune sorte ne soit annoncée. La soirée, pourtant, avait unanimement séduit ; tant, que le featuring d’invités prestigieux (Phoebe Killdeer de Nouvelle Vague et Olivier Coursier d’Aaron) avait finalement semblé anecdotique.

Pas question, donc, de manquer le retour sur scène de nos extra-terrestres plagistes ce samedi à la Clef (Saint-Germain en Laye), l’occasion également de tester le tunnel duplex qui boucle enfin l’A86. Deux niveaux superposés de deux mètres de haut chacun, celui du haut dans le sens est-ouest, celui du bas dans l’autre sens. Deux mètres, c’est très bas. Pas question de camion bien évidemment, et le tube est absolument vide. Il faut dire qu’à 9 € les 5 minutes (aux heures de pointe), il faut avoir envie de s’offrir le tour de manège, même si le tarif varie en fonction de l’heure histoire de rester « attractif » — jusqu’à 1,5 € la nuit. La nuit justement, l’expérience vire quasiment à la science-fiction. La sensation d’écrasement, les parois qui défilent à la vitesse étrange de 70 km/h et cette sensation d’être seuls au monde donnent l’impression de se retrouver dans un jeu vidéo et d’avoir emprunté un chemin menant forcément à une dimension parallèle.

L’entrée en matière est idéale avant d’atterrir enfin sur le monde de E.T. On The Beach. D’autant que pour ouvrir le set en douceur, ceux qui auraient manqué le tunnel transitionnel ont droit à un premier morceau qui titille la curiosité avec des chanteurs planqués en côté de scène, histoire sans doute de goûter leurs voix sans se laisser distraire.

Il faut les écouter ces voix, des accents habités du lead chanteur qui nous perd avec lui dans des vocalises qu’on n’entend plus guère de nos jours, jusqu’au joli duo de choristes avec lequel il est en parfaite harmonie, en passant par la fraîchement débarquée Sodadeth San.

Comment peut-on, sur un si petit espace, concentrer autant de pureté et de grâce, voilà qui restera un mystère. Le couple Nicolas Ly / Sodadeth San pourrait bien débarquer d’une autre planète qu’on n’en serait pas autrement étonné, tant les voir, ensemble, est un éblouissement pour les sens. La beauté est partout en eux, comme si une bonne fée s’était penchée sur leur berceau, leur donnant tout, oubliant leurs filleuls suivants. Sans leur maquillage d’arlequins, on pourrait les croire tout droit évadés d’un conte des mille et une nuit : pas de beauté fade, mais chez ces deux-là, une lumière intérieure qui invite au voyage, transformant chaque petit défaut en un atout de plus, rayonnante, illuminant à son tour une salle qui n’en perd pas une miette.

La soirée est parfaite. Si les voix n’y suffisaient pas, la musique éclairée de Guillaume Poyet enchante l’auditoire. On n’arrive plus à dire si on est toujours devant des « musiques de film » (sa spécialité), un set jazzy (la Clef consacrait sa semaine aux grands orchestres de Jazz), ou de la Pop-Electro à la Air, mais qui s’en soucie ? L’évasion est là, bien réelle malgré ce grand départ pour l’infiniment grand, l’infiniment loin, l’ailleurs certain.

Chaque titre apporte son lot de créativité ; aussi, en français comme en anglais, pas question de s’ennuyer une seule seconde. Le Cor du clavier est onirique (Moon) et pour ne pas se disperser, le compositeur a confié le piano faiseur de rêves aux mains d’Alexandre Destrez (Anthony Fletcher, Overhead) pour se consacrer tout entier à la guitare. Ainsi libéré, Guillaume Poyet s’en donne à coeur joie pour nous offrir un véritable festival, depuis des gratouillis acoustiques incroyables (Viens) jusqu’à l’énergie d’une guitare électrique qui fait décoller le set vers des sphères plus aiguisées, plus rock (Before you change), sous l’impulsion d’un musicien qui se retrouve embarqué lui-même et donne tout, avec une grande générosité. D’un horizon à un autre, la ballade dans l’espace se fait tour à tour flottement d’une douceur extrême (Home), Western (Beautiful Sunrise) ou supplique furieuse d’un coeur qui bat (Beating for you), relayée par la danse fiévreuse et toujours très caractéristique de Nicolas Ly.

Du temps de la nouvelle République Romaine, les arlequins jouaient des fables pour ranimer les Romains découragés par la peste… Ce soir, les splendides arlequins d’E.T. On The Beach, qui auraient pu ranimer n’importe qui, ont été merveilleusement à la hauteur de la légende.

Pour tout oublier à nouveau, rendez-vous le 17 mai 2011 au VingtièmeThéatre (Paris).

Photos du concert: http://www.flickr.com/isatagada/
Vidéos du concert : http://www.youtube.com/view_play_list?p=05798D34C278F2D3

Crédits photo / video : Isatagada

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Site officiel : www.etonthebeach.com


A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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