Alabama song – Gilles Leroy

par Elsa|
Je n’ai pas parcouru les premières lignes d’Alabama song sans une certaine appréhension. Lire un Prix Goncourt ne va jamais de soi. On a tendance à vouloir aimer coûte que coûte parce qu’après tout, c’est un prix Goncourt… Et pour couronner le tout, un ami bien intentionné vous a le plus souvent dévoilé l’intrigue, ravi de pouvoir partager sa lecture.

alabamaMais avec les premières pages d’ Alabama song s’envole l’appréhension. Elles étonnent et allèchent. On se croirait dans Autant en emporte le vent, entouré de toutes ces belles du sud qui se pomponnent pour séduire de beaux officiers.

Excepté que là, c’est la Grande Guerre qui tire à sa fin.

Le décor est planté tout de suite : 1918, Zelda, une jeune fille de bonne famille qui choque par ses attitudes effrontées et par son impertinence, tombe amoureuse du lieutenant Fitzgerald qui deviendra par la suite un auteur célèbre grâce à Gatsby le magnifique notamment.  » Autant il me trouble, autant il m’irrite ! Divorce de ton rêve, tout de suite . » Pense t-elle aussitôt. Mais la jeune Zelda finit par épouser Scottie, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Le roman est à la première personne, et fait renaître le personnage de Zelda de ses cendres. Une femme que le public ne connaissait au final que très peu, se sentant écrasée par l’ombre imposante et le succès de son mari. Une bourgeoise dévergondée se consumant derrière sa vie de faste, en proie à de nombreux problèmes psychiatriques.

Car vous l’aurez deviné, ou pas d’ailleurs, Alabama song oscille entre fiction et réalité : Gilles Leroy attend pourtant les dernières pages, pour préciser dans sa note finale, que son récit n’est qu’une oeuvre de fiction . On sait toutefois qu’à l’imagination de l’auteur se mêlent de nombreux éléments biographiques.

Le lecteur s’interroge en permanence et c’est ce qui rend le livre si stimulant. Il partage avec Zelda ses doutes, ses peurs, ses colères et sa folie, qui imprègnent tout le livre et qui font partie intégrante du personnage. Il découvre également cet écrivain, Francis Scott Fitzgerald, sous un autre angle. La vie de l’homme, derrière celle de l’auteur au succès retentissant, est tout aussi étonnante.

Au-delà de l’histoire tumultueuse de ce couple pas comme les autres, c’est une véritable plongée dans l’atmosphère post-première guerre des années folles à laquelle nous assistons. Avec tout ce que cette période comportait d’amusement, de créativité et de cynisme.

Sous la plume de Gilles Leroy transparaît en effet le galvaudage du rêve américain. Originellement à base de découverte, d’individualisme et de poursuite du bonheur, c’est le plus souvent l’idéologie du get-rich-quick ainsi que certaines valeurs sociales douteuses qui réussissent à imposer leur marque.

En somme, si vous avez une petite fringale d’émotions, laissez-vous tenter par Alabama Song .

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2 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 17 février 2008
    patchy a écrit :

    je te suis à 100 pour cent dans cette analyse. Moi le personnage de Zelda m’a fascinée parce que complexe. Sais tu qu’elle est morte calcinée dans sa chambre d’hopital psy, que dans la dernière partie de sa vie elle s’est adonnée à la peinture avec grand talent et au passage elle écrivait aussi très bien.
    Ce couple a incarné la réussite flamboyante, talent, beauté, jeunesse. Très tôt riches et célèbres ils ont connu tous les affres de l’illusion de la réussite jusqu’à la descente aux enfers.
    Patchy

  2. 2
    Stedim
    le Dimanche 17 février 2008
    Stedim a écrit :

    Moi, j’aime cette chronique parce qu’elle me redonne l’agréable impression qu’un prix Goncourt est à ma portée alors merci !

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