Duel avec Little Barrie (part 2)

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Dans l’épisode précédent, une chroniqueuse courageuse avait entamé une course effrénée dans l’espace-temps afin d’attraper le chanteur éponyme du groupe Little Barrie.

Elle était alors restée coincée dans les années 60 (pour son plus grand plaisir, mais chut) sans réponses à certaines questions cruciales, telles que quel est le pire job d’Angleterre ? Ou encore quel est le guide de survie le plus efficace même si d’après Woody Allen une lampe de poche et des tablettes purifiantes suffisent. C’est au détour d’un deuxième passage des garçons de Nottigham à paris début novembre et d’une adoption par les roadies du groupe qu’il a été possible de coincer dans une salle secrète, au beau milieu de la nuit, la fille de l’air qu’est notre ami Barrie.

Je n’ai pas mes questions avec moi du coup, j’ai l’air con…

Ben invente au fur et à mesure…

Hum OK.. [Il est là, alors il faut assurer un minimum la réputation de discordance]

Quand as-tu commencé à écrire ? Est-ce qu’au départ il s’agissait déjà de chansons ou bien est-ce que tu as flâné entre diverses formes d’expression poétique ?

Je joue de la guitare depuis bien plus longtemps que j’écris. J’ai commencé il y a à peu près 13 ans. En commençant la guitare, la seule chose qui m’intéressait c’était d’être un soliste dans un groupe ayant déjà un chanteur à la Jonnhy Marr ou John Squire sans chanter. J’adorais Mick Jones, Steve Jones, Ies mecs qui jouaient ce genre de rock. C’est là que je me voyais au départ. J’ai commencé à écrire des paroles parce qu’en gros personne ne voulait chanter pour moi ! Je me suis mis à apprécier Chuck Berry, Neil Young et Jimi Hendrix, Buddy Guy et les autres bluesmen que je me suis rendu compte qu’on pouvait jouer et chanter en restant cool. J’aimais l’idée de me suffire à moi-même. De pouvoir continuer à jouer. C’est comme ça que j’ai commencé même si je préfère composer et avoir quelqu’un d’autre pour les paroles. Je ne serai jamais un chanteur de génie comme Marvin Gaye ou Frank Sinatra, mais quand il faut, il faut.

Ne crois-tu pas que ta voix a participé à donner une identité au groupe ?

Je n’en sais rien, je crois que ça dépend de beaucoup de paramètres, on a changé de nombreuses fois de batteur et si on se pose c’est aussi depuis qu’on a Virgil.

Vous avez l’air à l’aise avec lui…

Ouais, personne ne savait combien de temps durerait ce groupe et maintenant c’est plus simple. On s’est améliorés sur tous les plans, on est un groupe plus stable et du coup on peut jouer plus et être plus créatifs.

À quoi est dû ce nouveau confort ? C’est la reconnaissance qui arrive (deux pubs télé en Angleterre en l’espace d’un mois) ou l’habitude ?

On a eu des hauts et des bas en matière de reconnaissance médiatique. On n’a jamais été hype. Je crois juste que maintenant on est tous là pour le fun. Chacun fait des choses à côté (moi avec Primal Scream, Virgil avec les Killer Meters et Lewis avec les Black Cat, on mixe et on produit aussi des trucs. Une autre chose nouvelle, on s’est mis à répéter, régulièrement, ça n’a l’air de rien, mais ça nous a fait un bien fou !

La dernière fois que j’ai interviewé Lewis et Virgil, on a parlé d’un certain cynisme des nouvelles générations et il semble que ce même sentiment nourrisse pas mal tes textes, c’est dans l’idée de refléter l’actualité ou bien il s’agit uniquement des ressentis personnels ?

Je n’ai aucune idée de ce qu’il peut bien se passer dans la tête des gamins en ce moment. Je me fiche pas mal de ce que font les gens quelque soit leur âge en fait. Donc oui on rentre dans l’intime je suppose, on dit toujours qu’il faut écrire sur ce qu’on sait. Les gens parlent de leur point de vue. Et puis des fois, ça te vient comme un seul fil de pensée et ça n’a vraiment de sens que sur le moment.

Quelles ont été tes premières inspirations ?

Il y a eu deux gros trucs pour moi : un jour ma grande sœur est rentrée avec le premier album des Stone Roses. J’ai eu un choc, j’aimais toutes leurs chansons, ils avaient un son et un look d’enfer. À peu près au même moment, j’ai vu un vieux film à la télé sur Chuck Berry avec B.B. King dedans.
Leurs sons et leur façon de s’exprimer à travers leurs instruments ça m’a scotché ! J’ai vu la guitare rouge de Chuck et avant même d’avoir envie d’être dans un groupe, je savais qu’il me fallait cette guitare. Ma sœur m’a ensuite fait découvrir un autre CD cool, le premier album de Primal Scream avant Screamadelica. Un son plus lourd, un rock à la Jonnhy Thunder tu vois, avec tout le groupe portant du cuir. Après ça j’ai été pas mal influencé par Dinosaur Junior, Spacemen 3, My Bloody Valentine. Et de ces groupes-là j’ai commencé à ricocher vers des groupes plus anciens, pêle-mêle, les Byrds, Jimi Hendrix, CAN, les Stooges, Funkadelic, les MC5, le Velvet. J’adorais un groupe qui s’appelait the Hypnotics, qui faisaient pas mal de reprise et grâce à qui j’ai découvert le blues, la soul. J’ai aussi pas mal appris de mon père et mon oncle qui baignaient dans ces musiques-là.

Des films ou des livres qui t’ont influencé ?

Pour être honnête je lis peu, voire pas. Et quant aux films, je fais partie de ces types qui restent tellement sur leurs guitares qu’ils zappent tout un tas de films célèbre. Même si y’en a tout de même un qui me reste, que j’ai revu pas mal de fois depuis mon enfance. Duel un des premiers films de Spielberg. En gros, c’est l’histoire de ce type qui est en voyage d’affaires, qui fait un genre de road trip dans le désert américain et qui se retrouve derrière un de ces énormes semi-remorques articulés. Le camion frêne alors la voiture le double, mais d’un seul coup elle se fait doubler à nouveau par le camion et sort presque de la route. Je ne veux pas tout raconter, mais en gros il y a un jeu du chat et de la souris étrange qui s’installe entre les deux. Ya très peu de dialogue, mais le suspense est juste incroyable, même si tu connais le scénario, ça te prend aux tripes à chaque fois. J’ai complètement craqué sur ce film, son énergie, la façon avec laquelle c’est shooté. J’aimerais bien faire une musique qui fasse le même effet.

Et en dehors de la musique, tu fais quoi ?

J’aime bien les fringues. Je collectionne moins les vinyles que Virgil et Lewis.

Quel genre de fringues, on vous a vus toi et le groupe dans le Rolling Stones Japonais dans une séance photo tout en Paul Smith…

Paul Smith et moi on a grandi dans la même petite ville juste en dehors de Nottigham. Mon père allait à la même école, il avait huit ans de moins… D’où le lien. Sinon j’aime assez les trucs vintage, les blousons en cuir, en denim, les vestes militaires américaines ou les blousons aviateurs de la Seconde Guerre mondiale…

Tu as déjà le dressing de la rock star ?

Non, avec ma copine on a un tout petit appart donc on ne peut pas avoir beaucoup de fringues et ma elle travaille dans la mode donc elle en a plus que moi. Reste que j’ai quelques belles pièces : une veste de l’US Air, une de la campagne du Vietnam. Surtout parce qu’elles ont la classe. C’est plutôt compliqué pour moi de me trouver des frusques… (Little Barrie est comme son nom l’indique plutôt menu comme garçon) Le Japon est cool pour ça.

Compliqué de vous expliquer comment on en arrive à parler de l’obsession d’une certaine discordancienne pour les chaussures au point d’assurer leur survie en cas d’incendie, mais cela amène la confession suivante.

C’est rigolo comme réaction… La dernière fois qu’on était au Japon cet été. On logeait au 29e étage d’un hôtel et une nuit, il y a eu ce tremblement de terre assez fort. J’étais réveillé, sur l’ordi et déjà pas mal étourdi par le décalage horaire. Les bâtiments là-bas sont conçus pour résister à la destruction en cas de ce genre de phénomène, mais du coup ça secoue vachement. Et soudain je commence à voir les rideaux qui bougent tous seuls. Mon premier réflexe ça a été la guitare rouge que je me suis empressé de ranger dans son flyer et de trouver ma paire de chaussures. Mais une fois ça fait, comme il faisait super chaud dans la chambre, je me suis retrouvé comme un con, à moitié à poil : « bon je fais quoi maintenant… »

Rires… Il bâille

C’est l’heure de la dernière question ?

Nan c’est bon c’est juste qu’on est debout depuis 6 heures du mat hier..

Dans votre bio sur votre site vous parlez des dernières années comme d’une histoire de survie personnelle. C’est ça ton guide de la survie ? Une guitare rouge et des belles pompes ?

Ça dépend. En général, en matière de survie, si tu dois faire un truc, tu vas forcément faire des sacrifices. Par exemple avant de rencontrer Lewis, j’étais à Nottingham à enchainer les boulots de merde pour mettre de l’argent de côté pour venir jouer à Londres. Je faisais la plonge et les desserts d’un resto avec des horaires de malade. Un pote bossait dans des abattoirs, un autre avait le pire job au monde, il bossait dans une usine de cheddar. Et on économisait religieusement. On avait besoin de 5000 livres pour y aller et payer un premier mois de loyer. Alors on les a trouvés. Nos potes avaient de meilleurs apparts, de la thune, des voitures, des lecteurs DVD, mais on s’en foutait. Quand tu veux sincèrement quelque chose, tu ne dois pas t’arrêter avant de l’avoir. Et encore à l’heure actuelle c’est encore plus dur de démarrer vu qu’il ne reste plus d’argent dans les caisses des maisons de disque, mais bon, c’est faisable.

En tant que musicien, ne trouves-tu pas que c’est plus sain comme situation ?

Le danger c’est que les maisons de disques savent qu’ils ne feront pas autant d’argent qu’avant donc ils la jouent sans risque en ce qui concerne les nouveautés. Le problème n’est pas les jeunes musiciens, c’est vraiment l’attitude de l’industrie. Avant ils sortaient de la musique en avance sur son temps. Que ce soit les Stooges ou certains albums des Beatles par exemple qui avaient eu du mal à être compris au début quand ils sont sortis. Maintenant si tu ponds un ovni, ça va être très dur de te faire produire, publier et de t’élever au dessus de toute ces merdes qui sortent.

Si tu devais choisir entre continuer à faire de la musique de qualité ou avoir plus de moyens pour sortir un disque en devant faire commercial, tu ferais quoi ?

Image de Je préfèrerais reprendre un job à temps plein en dehors de la musique et continuer ce qu’on fait maintenant. Attention, je ne juge pas ceux qui choisissent cette voie, c’est leur choix. Et puis des fois ils ont des familles, ils font passer leurs gamins avant, ce que je peux comprendre. Mais moi je ne pourrais pas. Vraiment, vraiment pas. J’imagine que ça dépend d’où tu en est dans ta vie, de quelle personne tu veux être, de quelle vie tu rêves. Mais ça ne devrait pas toujours tourner forcément autour de l’argent. Moi j’ai du bol, ça fait 5 ans que je peux vivre de ma musique.

Justement, revenons à la musique, la tournée avec les Scream, c’est une opportunité d’adopter un autre point de vue ou c’est juste que jouer en live est trop addictif pour se contenter d’un seul groupe ?

J’aime juste faire les deux. Primal Scream me ramène à cette envie d’être juste guitariste et on a pas mal tourné justement. J’ai plus voyagé en un an que toute ma vie ! Mais j’aime être le frontman de mon groupe, composer et tout ça.

Il se fait tard, j’ai envie de poser des questions qui n’ont rien à voir, si tu étais un dessert, tu serais quoi ?

Plutôt un fruit, une pêche tiens, doux dehors, dur dedans ! (rires)

Une chanson triste ?

It’s all over now baby blue, la version de thirteen floor elevator.

Une arme?

Un de ces petits crapauds empoisonnés tous colorés dont on gratte la peau pour récupérer le poison.

Et une injure ?

Ahhhhh elle est dure celle là je sais pas si je dois le dire, mais bon d’après mon roadie (désaccordage inopiné d’une guitare en plein set) je suis un sale petit con.

Et c’est sur un dernier éclat de rire que le fugitif reprend la route et l’Europe laissant derrière lui de nombreuses références musicales à découvrir et l’envie d’écrire pour écrire ce qui me fait envie.

Crédits photo : Pilar Pujol

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Site officielhttp://littlebarrie.com/

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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