Douze hommes en colère au Théâtre de Paris

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Après avoir été juré dans une affaire macabre, Reginald Rose écrit « 12 hommes en colère » (Twelve angry men) en 1953. Adaptée au cinéma par Sidney Lumet pour son premier long métrage, cette pièce culte est en ce moment à l'affiche du Théâtre de Paris.

sp_30749_gIls sont douze. Douze à devoir trancher sur la culpabilité d’un jeune de 16 ans qui, soupçonné d’avoir assassiné son père, risque la peine de mort. Tout semble accuser le jeune homme, de la voisine d’en face qui a vu la scène, au voisin du dessous qui l’a entendu, jusqu’au commerçant qui a vendu le soir même le couteau retrouvé dans le corps de son père. La délibération devrait être expéditive, mais, lors du verdict final, un seul juré vote « Non Coupable ». L’unanimité étant requise, les douze hommes devront débattre jusqu’à tomber d’accord, soit pour envoyer le suspect à la chaise électrique, soit pour l’acquitter.

Cette pièce est donc une réflexion sur la justice, avec en toile de fond, l’erreur judiciaire et la peine de mort. Les 12 jurés, allant du boursier froid et implacable au chômeur issu de banlieues difficiles, en passant par le jeune cadre dynamique et le supporter de foot plus préoccupé par le match qu’il va rater plutôt que par le procès, forment un reflet de la société dans son ensemble.

Et bien que la justice se devrait d’être aveugle, il leur est impossible de faire une totale abstraction de leurs préjugés, leurs a priori, dans leur recherche de vérité. L’orgueil de chacun rejaillit et les rapports de force s’installent, pour faire entendre (sa) raison à autrui.

À travers tous ces personnages, c’est donc également une réflexion sur l’homme, les sentiments, les responsabilités et les relations humaines qui nous est présentée.

Côté décor, on a droit à une reproduction parfaite d’une salle de délibération : une grande table, douze chaises, une fontaine à eau et des toilettes. Tant mieux, ça renforce le côté réaliste ; on est plongé dans la pièce, avec l’impression d’assister à un véritable procès.

La mise en scène de Stephan Meldegg est dynamique, avec une bonne occupation de l’espace – important, vu la taille de la scène au Théâtre de Paris.

On pourrait craindre un certain immobilisme des personnages (12 jurés parlant autour d’une table), il n’en est rien. Si tout le monde gravite autour de la table, la fontaine à eau sert pour les conversations, les confidences, les prises à partie ; les toilettes pour les coups de gueule et les claquements de porte, car bien évidemment, la conversation s’envenime plus d’une fois.

Les acteurs jouent très bien. Michel Leeb est évidemment la tête d’affiche, le juré n°8 qui s’oppose à la majorité et que la promo met en avant, mais il n’éclipse pas pour autant ses compagnons de scène, qui ont bien su cerner et camper leurs personnages.

On se laissera donc porter par ce procès-thriller palpitant, avec le sentiment de participer au débat, étant tiraillé entre les avis divergeants, les évidences remises en question et le doute omniprésent. Et au sortir de la salle, cette réflexion inévitable sur la justice et la société, qui trottera dans la tête pour un moment.

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En savoir +

12 Hommes en Colère, Reginald Rose
Mise en scène par Stephan Meldegg

Théâtre de Paris
15 rue Blanche
75009 Paris

Renseignements et réservations : 01 48 74 25 37
http://www.theatredeparis.com/

Avec : Michel Leeb, Alain Doutey, Pierre Santini, Jean-Jacques Moreau, Louis-Marie Audubert, Jean-Luc Porraz, François Gamard, Jérôme Le Paulmier, César Méric, Elrik Thomas, André Thorent, Eric Viellard

A propos de l'auteur

Image de : Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

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