Doute

par Duck|
Le Père Flynn, prêtre et professeur de sport très apprécié de ses élèves, est accusé par Soeur Aloysius de pédophilie. Elle n'a aucune preuve, mais ses certitudes vont la pousser à tout faire pour prouver ses dires. S'engage alors un duel entre les deux personnages.

Les méandres de l’adaptation théâtrale.

doute_logo_premiere_pageLa première qualité du film vient bien évidemment de ses acteurs, tous extraordinaires. Aidés par un texte mettant en avant l’étude de ses personnages, ils arrivent à donner un supplément d’humanité nécessaire. L’action paraît donc crédible, malgré les quelques facilités de scénario.

En dépit de ses qualités évidentes, ce sont surtout les défauts qui ressortent à la vision du film. C’est sans doute la peur qui a motivé le processus créatif de Shanley . Peur de faire trop « théâtre », peur de ne pas assez se différencier de la pièce originale… Tout dans ce film essaie de crier « cinéma ». La photographie de Roger Deakins, chef opérateur de génie, collaborateur régulier des Frères Coen et de Sam Mendes, essaie en permanence de chercher l’impossible. Cadres alambiqués, angles de prise de vue impossibles, et lumière délavée évoquant les films d’archive parsèment le film. Mais tout cela est vain, pour la première fois Deakins nous prodigue un simulacre de cinématographie. La volonté de « faire cinéma » empêche sans doute l’ensemble de paraître entièrement sincère. Le film semble alors artificiel.

Dès l’écriture, Doute, adapté de la pièce du même nom par son propre auteur, essaie de s’éloigner de son texte original. Shanley veut à tout prix aérer la pièce, comme on dit dans le jargon. Il divise le texte en une multitude de séquences pour essayer de masquer son origine théâtrale. Le résultat est un film éclaté, qui peine à trouver la force qu’une dramaturgie plus resserrée aurait pu lui donner et ramène paradoxalement à une situation de théâtre filmé.

Il semble en effet que « faire théâtre » dans le monde du cinéma soit la chose la plus épouvantable que l’on puisse faire. Mais si on observe en détails l’histoire de ce média, il semble que cet adage ne soit pas tout à fait vrai. Il suffit en effet de jeter un oeil sur les plus grandes adaptations de pièces de théâtre pour s’en rendre compte : que cela soit Un Tramway Nommé Désir de Elia Kazan, Qui a peur de Virginia Woolf ? de Mike Nichols, Le Limier de Joseph L. Mankiewicz, Le Dîner de Cons de Francis Veber, ou encore les dernières expériences d’ Alain Resnais, les meilleures adaptations collent de très près au texte d’origine. L’action est ramassée sur peu de séquences et peu de décors. Elle concentre ainsi la dramaturgie, et décuple l’impact de l’histoire. Ces films présentent des profondeurs inouïes. La présence de la caméra rajoute une dimension allant bien au-delà de la captation scénique. En plus du système de simple transposition se cache évidement d’autres procédés très cinématographiques, comme l’idée géniale d’ Elia Kazan d’opposer Marlon Brando – élève de l’Actors Studio et créateur du jeu cinématographique moderne – à Vivian Leigh, au jeu théâtral extraordinaire mais opposé à l’interprétation de son partenaire. Ces petites différences permettent à ces films de s’élever au rang de chefs d’oeuvre.

Les cinéastes qui parviennent le mieux à transposer les textes théâtraux semblent donc être ceux qui n’ont pas peur de les affronter de plein fouet. Les deux arts partagent en effet de nombreux procédés de constructions dramaturgiques similaires telles que la règle de l’unité d’action. La seule différence les séparant vient en effet des contraintes techniques inhérentes au théâtre. Celles-ci engendrent même quelques normes supplémentaires telles que l’unité de lieu, et dans une moindre mesure, l’unité de temps. La transposition d’une pièce à l’écran semble donc sans modifications majeures. Mais c’est sans doute cette trop grande proximité qui amène les réalisateurs à craindre la théâtralité.

Cette hypocrisie avait été relevée par Alfred Hitchcock dans ses entretiens avec Truffaut . Lorsqu’il évoque la réalisation de son film La Corde, adapté d’un texte théâtral, il avoue qu’il n’a pas changé une ligne du texte de base. Au contraire, afin accentuer le côté théâtral du film, il a tourné La Corde uniquement en longs plans séquences. Le résultat est saisissant, et sans doute une des expériences les plus cinématographiques d’ Hitchcock .

Il existe évidement des exceptions. Des adaptations moins fidèles, plus aérées, qui peuvent donner lieux à des films sympathiques ( De l’Influence des rayons gammas sur le comportement des marguerites de Paul Newman ), voire extraordinaires ( Amadeus de Milos Forman ). Mais force est de constater qu’il s’agit d’un ensemble minoritaire.

C’est là où Doute peine à atteindre une dimension cinématographique. Shanley cherche le cinéma là où il ne se trouve pas vraiment, et rate son adaptation. Il en reste tout de même un film sympathique, porté à bout de bras par la force de ses interprètes.

Partager !

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Mercredi 18 mars 2009
    Cigarro a écrit :

    C’est une critique sur le film, ou sur l’adaptation de pièces de théâtre au cinéma?
    Ceci mis à part, ce film traite sur le fil d’un sujet particulièrement houleux et y arrive de façon assez convaincante. Le sentiment du spectateur qui vacille entre le doute et la certitude, jusqu’au final qui est à tomber par terre… je trouve que c’est plutôt réussi d’un point de vue cinématographique, bien sûr…

Réagissez à cet article