Dom Hutton

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Dom Hutton, ancien membre de Kensington, sort son premier album solo après quatre ans de bons et loyaux services au sein de son groupe d’origine. Une sage décision à l’écoute de ce disque à la fois riche et intimiste, qui s’inscrit dans la plus pure tradition des songwriters anglo-saxons. L’artiste répond à nos questions.

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans une carrière solo ?

dom2_bdIl arrive un moment où tu veux juste quelque chose à toi, un projet qui t’appartient. J’avais envie de démarrer un projet solo depuis un moment, pour plusieurs raisons. Je dirais que c’était comme une évidence, une progression naturelle, une sorte de besoin même. À la fin de Kensington, j’étais prêt à faire un truc seul. Peut-être une question de « maturité artistique ».

Qu’est-ce que votre expérience au sein de Kensington vous a apporté ?

C’était une belle aventure, on a fait deux albums. Au début, on composait à deux, ce qui était intéressant. Il y a quelqu’un en face pour donner son avis, de nouvelles idées, etc. La co-écriture est quelque chose que j’aimerais bien refaire. On a fait pas mal de concerts, j’ai appris énormément à cette époque. J’apprends évidemment toujours avec chaque concert maintenant, mais ces années m’ont donné de bonnes bases. Notre dernier concert était au Grand Rex devant une salle comble (en première partie de AHA ).

En quoi est-ce différent de travailler en solo plutôt qu’en groupe ?

D’abord c’est une question d’énergie car, quand on travaille à plusieurs, on se motive mutuellement. La motivation est primordiale, même s’il y a des tensions par moments, c’est souvent ces tensions qui sont propices à la création. Maintenant, la géométrie est différente et la pression est plus intense car évidemment je « porte » le projet seul. Je dois chercher la motivation au fond de moi et ça a été dur au début. Désormais, le projet est sur les rails donc c’est plus facile. Un projet solo ne veut pas dire forcément qu’on est seul, l’entourage est très important. Mais c’est vrai qu’on est seul à l’écriture et la composition des chansons: face à soi-même et une page blanche. En tant qu’artiste solo il y a comme une évolution naturelle vers une certaine transparence. On doit se livrer un peu plus. Alors que, dans un groupe, on peut se cacher un peu plus derrière le « nous » et rester vague. Quand on est seul on ne peut plus chanter « yeah yeah yeah ». Je donne beaucoup plus d’importance aux textes maintenant. Par ailleurs, je suis entouré par des très bons musiciens français qui sont devenus des bons amis. Ils peuvent tout jouer. C’est à moi de les brider en quelques sortes. C’est très fatigant d’être son propre « directeur musical », mais cette casquette vient à force de travail !!

Comment s’est passé l’enregistrement de cet album ?

Franchement c’était plutôt mal parti. J’avais fait une « pré- prod » car j’avais une idée assez précise des arrangements : lignes de basse, parties guitares, même la batterie. Mais pas question de faire l’ingé-son sur ce projet ! J’ai donc choisi un studio parisien pour les prises. Je voulais un son naturel, celui d’un groupe jouant ensemble. Un son assez « brut ». On a fait quelques jours de prises pour faire le noyau de l’album. L’ingénieur du son du studio (que je ne citerais pas) était nul. Je me suis fait avoir. Il a perdu les prises des chansons entières dans son ordinateur, et réussi à saturer la bande dans certaines prises. Bref, c’était vraiment un imposteur. Les prises de batterie étaient évidemment très médiocres. Donc de retour à la maison, j’ai décidé de retravailler les prises piste par piste, remplacer chaque élément de la batterie par des sons pris ailleurs, dans d’autres studios. Ce qui m’a conduit à trois semaines de travail laborieux, comme de la « chirurgie sonore », frustrant et une vraie perte de temps…

Une fois que le son a été « restauré » (j’étais devenu un pro de l’édition sonore de la batterie!), le jeu de Fred et Zizou sonnait super bien ensemble. Ils se connaissent très bien et ça s’entend. Après tout ça, j’ai décidé de finir les prises de guitares, voix et, pour le coup, le mixage de l’album, à la maison. L’avantage du « home-studio », c’est qu’on peut louer les bons micros et prendre son temps. Mes pauvres voisins!!! Je crois qu’il y a encore une chanson où l’on peut entendre dans le fond mes voisins hurler et taper contre le mur!!! Il était 4h du matin! Quand j’ai apporté les versions finies à Londres pour le mastering avec Jon Astley (ex producteur de The Who parmi tant d’autres), il pensait vraiment qu’on avait joué tous ensemble dans la même pièce, « à l’ancienne ». L’illusion était donc parfaite et le pari réussi. Cependant, j’ai appris une bonne leçon : pour le prochain album, je passerai plus de temps à choisir le studio.

Quelles ont été vos principales influences pour la composition de cet album ?

i01dax112xx-converti-domhuttonCes derniers temps, j’ai écouté beaucoup de groupes anglo-saxons. L’écriture des morceaux m’a pris plusieurs mois, donc je pense que les influences varient pas mal selon la chanson. Ça va de Radiohead, aux Strokes, à Coldplay, en passant par Stereophonics et bien sûr des influences qui m’ont marqué depuis ma jeunesse: Police, Prefab Sprout, et l’omniprésence « Beatlesesque » incontournable chez tout anglais.

Quelles sont vos principales sources d’inspiration pour l’écriture des textes de vos chansons ?

Les thèmes abordés sont presque tous différents. Dans ce sens, cet album représente plus une collection de chansons qu’un album « concept ». La seule chose qui lie ces dix chansons c’est que c’est moi qui les ai écrites. La volonté de parler de ces choses qui me touchaient vraiment a été amplifiée par une rupture en plein milieu de l’écriture du disque. Ce qui a peut-être assombri quelques chansons…

Pourquoi avoir intitulé cet album Sleeping at the wheel ?

C’était comme une sorte de réveil. On se laisse porter par la vie par moments, puis à un moment donné, on prend les choses en main. Être  » endormi au volant  » est bien sûr plutôt figuratif. Parfois on accepte trop facilement notre destin. (C’est une ligne dans la première chanson Not My World .)

Vous évoluez dans un style musical très pop anglaise. Quelle est votre propre définition de la musique pop ?

Justement, la pop est très difficile à définir car elle a la capacité de se réinventer. La pop a le pouvoir magique de réapparaitre dans un autre style, dans une autre époque, comme une espèce de relooking !! La pop peut transgresser des styles et ne pas « se trahir ». Pour être plus terre-à-terre, pour moi il y a beaucoup d’ingrédients : une mélodie qu’on retient, une texture sonore ou une ambiance intéressante, un message ou un texte qui touche des gens, une identité ou un « univers » de l’artiste.

Vous avez donné un concert à Paris le 29 août dernier. Quelles ont été vos impressions ?

C’était très bien. On a fait un bon concert, je pense qu’on commence à vraiment avoir notre propre son. Parfois, c’est plus difficile de jouer dans une salle où les gens sont assis, surtout à Paris. Le public est très attentif et réservé. Je dirais même que parfois il m’arrive de ne pas savoir si une chanson plait beaucoup, ou pas du tout, jusqu’à ce qu’on joue la dernière note. C’était le cas lors du concert à l’OPA. Et puis, à la fin de la chanson, « whaaaooo » ! On s’est regardé sur scène, genre « OK ils ont aimé celle-là ! »

Quels sont vos projets ?

Ahhh ! Plein de trucs. Je pense que je vais donner pas mal de concert parce que c’est par la scène que tout se passe. Donc il y aura plusieurs concerts à Paris dans les mois qui viennent. J’ai un bon feeling en ce moment. Je suis entouré par des gens bien qui m’aident énormément! Par ailleurs, je viens de signer un accord avec la société RIM (BlackBerry®) pour mettre des mp3 et vidéos de quelques chansons de l’album dans leurs nouveaux produits. Je suis heureux de participer à ce lancement. On prépare actuellement un grand concert à Paris pour cet événement qui aura lieu le 18 septembre. Il y aura aussi plusieurs clips disponibles bientôt : Not My World, Live TV et This Time Next Year . Maintenant que l’album est disponible sur les plates-formes de téléchargement (et que les chansons sont en anglais), je me dois de viser une carrière au-delà de l’hexagone. Fred (mon batteur) me demande toujours si on ira jouer en Angleterre bientôt ! Et puis, entre les nouvelles chansons et les chansons déjà existantes qui ont tellement évolué sur scène, je pense qu’on va passer quelques jours en studio avant la fin d’année.

Bonus Track: L’OPA Bastille – Le 29 août 2008

dom5_bd Dom Hutton présentait son album solo dans la salle parisienne de l’OPA. Une première pour moi, tant pour cette salle de la capitale que pour cet artiste franco-anglais. Une soirée riche en découvertes donc, loin de me déplaire.

Le cadre est chaleureux et quelque peu original avec ces lustres fluorescents très seventies façon Austin Powers qui éclairent le bar. Des tables basses sont parsemées de-ci de-là en face de la petite scène (très petite même !) prête à accueillir les artistes.

Dom Hutton prend place, accompagné de ses quatre musiciens. Le chanteur nous livre un set intimiste et généreux. Même s’il a encore un peu de mal à placer sa voix (le micro un tantinet défaillant ne l’aidant en rien.) On reste sous le charme de ce chanteur dont le naturel fait sans doute l’une de ses plus grandes forces.

Le public est très attentif et calme. Le fait d’être assis y est sûrement pour quelque chose. Il n’empêche que l’audience semble conquise par les pop songs mélodieuses de Dom Hutton . Il faut dire qu’il est difficile de résister aux refrains catchy et entêtants de ses compositions ! Blind Man, Sleeping Dogs ou encore Little Piece of You en sont la preuve. L’auditoire parviendra tout de même à se lâcher sur la fin du concert. Il n’est jamais trop tard !

La taille minime de la scène offre peu de possibilités au chanteur et son groupe pour occuper l’espace autrement qu’en restant bien en place. Le moindre faux mouvement pourrait être fatal pour la suite des événements. Mais le bon côté de cette proximité reste l’impression d’assister à un concert « comme à la maison ». Et ça, c’est vraiment très sympa !

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 18 septembre 2008
    Stéphanie a écrit :

    Bravo pour cet entretien. Et bravo à Dom et ses musiciens, pour cet album que j’écoute régulièrement. Promis, je reviendrais vous voir en live.

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