DJ Shadow – live from the Shadowsphere

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À rebours vers une étape dans la tournée nord-américaine d’un DJ emblématique. C’était le 13 novembre 2010 au Club Soda de Montréal.

Endtroduction…..

Dissipant une fumée parme projetée sur l’écran, le générique de fin défile sur la sphère, imposante au centre de la scène. Alors que la foule se dirige lentement vers la sortie, on peut lire les noms de ceux qui ont conçu et participé à l’élaboration de cette expérience, car tel était l’objectif de cette Shadowsphère : créer une expérience au-delà des conventions live habituelles, en dévoilant l’âme de l’artiste.

Citizen Shadow

Le temps d’une soirée, cette sphère était le centre du monde, cette sphère à l’intérieur de laquelle DJ Shadow se sera activé avec minutie sur son MPC. « Merci beaucoup » répètera-t-il en français lors d’un rappel surprenant, teinté d’une certaine nostalgie alors que la sphère se transforme en boule à neige roulant dans un manoir en noir et blanc. Le piano vient appuyer l’ambiance planante dans laquelle le spectateur est soudainement plongé. Ancrés dans l’inconscient collectif, Citizen Kane et son célèbre «Rosebud» refont surface dans nos esprits, malgré nous. Et tout prend soudainement du sens à quelques minutes de la fin. Comme si Shadow nous offrait un souvenir ou tout simplement tenait à représenter celui qui était en train de se créer. La musique exacerbe ce sentiment de mélancolie avant de clôturer le set par une supernova visuelle. Une fin pleine de paradoxes, car cette supernova se voudra davantage la naissance d’une nouvelle étoile plutôt que la disparition de l’une d’elles. La charge symbolique lourde de ce rappel pourrait sonner comme un chant du cygne mais montrant surtout que le DJ n’a rien perdu de sa superbe cherchant avant tout à s’exprimer de manière différente comme il l’avait fait en 1996. La volonté d’innovation habite Shadow et ça se sent tant dans son discours que dans les visuels qu’il superpose à ses mixes.

Transmission d’une âme

Avant ce rappel des plus symboliques, le DJ aura enflammé la foule avec une revisite audacieuse de son répertoire, véritable creuset de genre du dubstep au trip-hop en passant pas la trance et bien sûr le hip-hop allant même jusqu’à mixer ensemble deux morceaux de ses deux premiers albums. Entre atmosphères urbaines et ésotériques, souterraines et aériennes, Shadow remixe ses morceaux avec virtuosité et style au point de ne pas toujours savoir où se situent l’improvisation de la planification du show.

Reprenant parfois les visuels des clips, la sphère se sera transformée en crâne (en référence à la pochette de The Private Press), en ballon de basket, de foot, en balle de baseball et en boule de bowling et de billard, en soleil et même en Étoile Noire de Star Wars. Les deux tiers de la prestation, Shadow ne s’offrait pas aux yeux du public, calfeutré dans sa sphère laissant la toile de celle-ci refléter sa musique. L’écran géant derrière complétait la dimension ambitieuse d’un concept totalement maîtrisé.

Le visuel prédominant sur « l’humain » pouvait paraître comme une barrière, comme une rupture du concept même de concert en ce sens voir l’artiste à l’œuvre, exerçant son art. Sauf qu’ici l’art est multiplie, omniprésent, même si Shadow est le catalyseur, sa prestation tend à dépasser cela. Il est question art progressif. Il est question d’un art collectif pour offrir une expérience live au public. Il n’est ici question que d’expression de soi.

Dans la première partie de sa prestation, Shadow n’hésitera pas à imposer une rupture avec le paysage musical populaire tronçonnant de façon kitsch et symbolique des « artistes » tels que Justin Bieber, Shakira, Lady Gaga ou encore les emblèmes du télécrochet comme Susan Boyle et Simon Cowell. Le message est clair et sans fioriture.

Après une introduction efficace, Shadow s’adresse aux spectateurs témoignant sa reconnaissance à son égard : « Je ne suis pas le meilleur, mais je ne pense pas être le pire non plus, j’exprime ce que je suis du mieux que je peux. » Lance-t-il en remerciant le public de supporter les DJ progressifs comme lui, ceux voulant faire quelque chose de nouveau, de différent. Différence. Tel était son maître mot. Aller de l’avant. Même si paradoxalement il a surtout mixé son répertoire existant. Il finira ce premier échange avec le public en annonçant la sortie de son prochain album pour l’année prochaine. La nouveauté est en marche.

Introduction…..

La salle se remplit. Les lettres vertes viennent appuyer l’attente sur la surface de la sphère : “Shadowsphere Awaiting Host”. Avant de s’illuminer alors que le célèbre DJ apparait sur la scène saluant le public avant de disparaître derrière cette mystérieuse sphère que l’on apprendra à connaître par la suite. Celle-ci s’anime tel un automate au programme préétabli. Des images de Montréal défilent sous des applaudissements enthousiastes. Puis l’intro de Building Steam With A Grain Of Salt retentit alors et les cris du public viennent lui faire échos comme une chorale conquise d’avance, une chorale avec une mémoire vierge de ce qu’il va se passer, insouciant du souvenir qui va se graver en eux ce soir : un aperçu de l’âme de Shadow, un DJ conteur, illusionniste nourri par une volonté d’expression.

And I’d like to just continue to be able to express myself

As best as I can with this instrument…

… And it’s like, it’s not really me that’s coming

The music’s coming through me.

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Site officiel : http://www.djshadow.com/

A propos de l'auteur

Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

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