DJ Champion

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Depuis la sortie au Canada de son premier album Chill Em All en 2004, Maxime Morin n’a pas chômé. Sous le nom de Dj Champion et avec ses compères les G-Strings, il a sillonné les salles de concert, commandé des remixes électro de ses titres à Patrick Watson ou Ghislain Poirier et sorti un cd/dvd live. La relève de Chill Em All s’annonce désormais et le temps d’une liaison transatlantique, DJ Champion nous a fait partager le travail de composition de son futur album, ses vues sur l’avenir de la musique et une playlist estivale…

Champion, Montréal – Paris

Salut Champion ! Comment a démarré ta journée ?

champion2Elle a démarré tard, je me lève vers 10h30, petit café frais moulu toujours, puis je commence à faire ma musique. Ces jours-ci je suis en train de faire des aménagements dans mon loft et je me concentre davantage sur des aspects techniques de la composition. Je fais de la programmation avec un software qui s’appelle Reaktor, je pioche des trucs là-dedans pour triturer le son.

As-tu déjà beaucoup de titres ou en es-tu au commencement de la composition ?

J’ai établi le son, ce seront des guitares beaucoup plus acérées, beaucoup plus froides, davantage de distorsions aussi. Au niveau de la rythmique, c’est toujours à 120 BPM, que ce soit en live ou sur l’album. Pour les percussions, j’utilise davantage de vrais « drum kits » et de vraies cymbales au lieu de « drums » électroniques. J’aime les machines, mais je cherche un côté un peu plus « rock garage », même si ce n’est pas le cas puisque ça reste techno.
Comparativement à Chill Em All, ce que je suis en train de préparer ce sont des guitares qui vont davantage sonner comme des synthétiseurs et des « drums » qui vont davantage sonner comme des vrais « drums ». C’est un peu un revirement de situation ! Mais ça reste dans l’esprit de musique pour danser quand même.

Établir le son est selon moi une grosse étape parce que souvent on ne s’attarde pas assez à ça, pour refaire la même chose que dans le passé, ce dont je n’avais pas envie du tout. J’ai envie d’évoluer ! C’était bien important d’avoir une homogénéité dans le son et d’avoir quelque chose d’un peu différent de ce que j’ai fait. Maintenant que c’est établi, il faut faire les tounes . J’en déjà quelques-unes et je m’attaque bientôt aux paroles.

Il y a un an, à la sortie du remix album, tu nous disais en interview que les G Strings seraient invités à participer à sa création, comment travaillez vous ?

On a fait des sessions d’enregistrement, environ 15 heures d’improvisation. On a tout enregistré séparément, j’ai donc deux sources par guitare, une source avec distorsions et une source « clean ». On a isolé deux ou trois trucs qui pourraient se retrouver sur l’album. Mais encore là, je me réserve le choix éditorial de ce qui va entrer sur l’album, pour être sûr d’avoir une homogénéité et de ne pas mettre une pièce avec les G-Strings parce que je dois mettre une pièce avec les G-Strings . La qualité de l’album passe avant tout et les guitaristes sont tout à fait d’accord avec ce concept. J’ai l’impression que ce seront deux ou trois titres qui se retrouveront sur l’album et qui auront été composés par tout le monde.

On l’a vu sur le DVD live, la scène est très importante pour le projet Champion, comment allez vous transformer votre expérience dans ce nouvel album ? Quand vous composez, et est ce que vous anticipez le live ?

champion-2C’est déjà fait, on a compris que sur scène, les guitares sont beaucoup plus présentes, plus fortes. La majorité des gens, en France comme ailleurs, nous ont découverts par la scène. Je trouvais naturel de donner suite à ça pour le prochain album, pour que les gens puissent se reconnaître dans le projet. Ça me semble normal de mettre les guitares plus en avant, et une rythmique un peu plus hard . C’est vraiment à ce niveau-là que la scène va inspirer l’album.

Au niveau des compositions, je ne veux pas me casser la tête avec ça parce que je me dis que tant qu’il y a de la place à l’improvisation sur scène, ça va. C’est une des choses qui fait que le concert a autant d’énergie, c’est parce qu’on improvise. Il s’agit de garder ça en tête. Sinon, c’est se mettre des limites avant même de commencer à explorer, se censurer.

Le remix album nous a donné une idée de la scène montréalais que tu côtoyais, le futur album comptera-t-il des invités?

Peut-être Ghislain Poirier, qui avait fait le remix de No Heaven . Mais on est déjà un groupe, c’est pas tellement mon truc, les collaborations, même si c’est « common knowledge » d’en faire en techno. Parfois je trouve ça un peu racoleur de dire « collaboration avec tel artiste, qui est connu sur tel territoire ». Je crois aux réelles collaborations et dans ce cas-ci la réelle collaboration est avec les G Strings .

On s’interroge beaucoup en ce moment sur l’avenir du support CD, et de nouvelles initiatives naissent à l’image du label L-Abe au Québec qui vend seulement une pochette et un livret chez le disquaire et les MP3 sur Internet. Est ce que tu t’es posé la question de la forme sous laquelle distribuer l’album ou tu as voulu garder un format traditionnel ?

J’aime le CD et le fait de me le procurer, d’avoir les photos. Depuis que la musique est enregistrée, elle se distribue avec un support et je me dis que, même si il y a énormément de téléchargement et une nouvelle façon de distribuer la musique, le fait de posséder l’objet est un plaisir en soi. Par contre ce serait une erreur et ce serait jouer à l’autruche que de dire « je fais abstraction du téléchargement, de ITunes, des téléphones, etc. ». Je crois qu’il faut attaquer sur tous les fronts. On fait des disques pour que les gens écoutent la musique, peu importe le support et le moyen de distribution. Je préfère bien sûr que les gens achètent la musique plutôt qu’ils la volent. Mais encore, c’est discutable. À propos du téléchargement illégal de musique, je mets beaucoup la faute sur les fournisseurs d’accès à Internet. Une radio paie les artistes qui jouent sur ses ondes, donc un fournisseur Internet devrait payer les artistes qui jouent sur ses bandes passantes !

Installer une licence globale serait une solution pour toi ?

Je ne suis pas d’accord parce que la taxe à payer revient encore au consommateur, et le consommateur c’est moi aussi, c’est tout le monde. Les fournisseurs Internet jouent le statu quo, ça ne leur coûte pratiquement rien et ils font des milliards de dollars. Ça entre en conflit avec le droit à la vie privée, mais il pourrait y avoir un système très facilement réalisable pour dire « tel artiste a été downloadé tant de fois, voici les sous. ».

Il y a aussi quelque chose à ne pas oublier, c’est l’éducation. La majorité des gens croient qu’on est millionnaires et qu’on fait plein d’argent, c’est faux. S’ils aiment la musique et qu’ils en veulent davantage, ils n’ont pas le choix de l’acheter parce que s’ils ne le font pas, on ne peut plus en faire.

Tu crois à une prise de conscience au travers par exemple de labels équitables et une meilleure responsabilisation du consommateur ?

Il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles. Éduquer les gens c’est aimer les gens, il n’y a pas de mal à ça. Quand tu reçois ton kit d’abonnement à Internet, nulle part ils ne te parlent du téléchargement. Il pourrait y voir davantage d’information, au fait que quand on télécharge de la musique illégalement, on ne participe pas à l’émancipation de cet artiste qu’on aime.
Je ne crois pas à la condamnation, à la voix répressive. De toute façon, il y aura toujours quelqu’un pour contourner la loi.

Avec Chill Em All, toi et les G-Strings avez gagné presque tous les prix au Québec, avez-vous l’ambition de tout de suite sortir le prochain album à l’étranger, en France notamment ?

champion3On n’a pas encore établi la stratégie de marketing ! Les albums doivent être finis trois mois avant la sortie, justement pour établir la stratégie. Ça dépend aussi du type de musique qu’on a au final, quel type de radio on va viser, quel type de pays. J’aimerais bien le sortir en France et au Canada en même temps car ce sont les territoires qu’on a travaillés. Ça me semblerait normal de faire deux lancements, à Montréal et à Paris.

Parfois les stratégies françaises différent beaucoup de celles du reste du monde, le marché est différent. Il faut se fier aux gens qui sont sur le territoire, dans les départements français, qui en comprennent le marché. Ce que nos partenaires français nous disaient, c’est que comme les fournisseurs Internet étaient plus cher que ça il n’y a pas si longtemps, ça a retardé le téléchargement illégal. En France, comme le marché du single était très fort, c’est le premier marché qui a été éliminé. De toute façon, tout le monde y passe.

On est allés en Chine il n’y a pas longtemps. C’était génial. Là bas les gens nous disaient que la vente de CD est pratiquement inexistante parce qu’il n’y a que du « bootleg » dans les magasins, au vu et au su de tous. La Chine ne légifère pas là-dessus. Le droit d’auteur n’y est pas totalement reconnu et pour une pièce qui joue à la radio, les redevances sont minimes. Le seul marché qui reste, c’est celui du téléchargement, c’est ce qu’on nous a dit en tout cas. La stratégie change complètement.

Et la Grande Muraille, c’est un « must » ! On a été là trois heures et juste de voir ça, ça valait le voyage.

Auras-tu le temps de profiter des festivals de Montréal cet été ?

Hmm.oui un petit peu. J’essaie de voir des concerts, mais je suis assez misanthrope. Au Québec, je suis davantage connu qu’en France et beaucoup de gens me reconnaissent. Parfois je préfère m’isoler en composition. J’aime les fans, mais les gens ont faim, ils veulent savoir ce qu’il s’en vient. Or il faut laisser la place aux choses ambiguës, chaotiques.

Tu n’as pas pensé à quitter Montréal pour composer ?

J’ai essayé, mais je n’ai pas encore assez de sous pour le faire.Ça viendra au prochain album.

Une playlist à nous faire partager pour l’été ?

M.I.A: 20 Dollar sur l’album Kala

AC/DC: Let Me Put My Love Into You sur l’album Back In Black

Ratatat: Loud Pipes sur l’album Classics

Metallica: Leper Messiah sur l’album Master Of Puppets

J.J. Cale: Naturally sur l’album Call the Doctor

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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