Dillon : « J’ai écrit cet album entre 4h30 et 8h du matin »

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Rencontre avec l'artiste berlinoise à l'occasion de la sortie du tourmenté The Unknown.

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Pas de photos, pas de film : avant même de rencontrer Dillon, les consignes donnaient le ton. Se montrer, se cacher, c’est le paradoxe qui affleure la personnalité de l’artiste, basée à Berlin. Car sur son site, la section « diary » la montre très régulièrement dans différentes poses style selfie, mais sous son contrôle exclusif. Il ne semble pas y avoir beaucoup de place pour les interférences dans l’univers de Dillon, qui protège ainsi sa sensibilité exacerbée. Ses « poèmes », comme elle les appelle, sont déclamés d’une voix à l’apparence fragile, mais avec une détermination farouche.

Au Café de la danse en avril dernier, Dillon était la seule tête d’affiche de la soirée de festival Clap Your Hands. Alors que sur son second album The Unkown, elle « n’a pas voulu se cacher derrière la musique » (lire ci-dessous), sur scène il est difficile de distinguer son minois. Accompagnée aux machines, elle prend place derrière le piano et un épais voile de fumée, atmosphère opaque. Derrière elle, un faisceau de lumière souligne son ombre.
Peu avant le concert, nous avons rencontré l’artiste pour une session de questions/réponses.

Ton album The Unknown est sorti il y a peu : dans quel état d’esprit étais-tu en l’enregistrant ? On le sent plus intimiste ?

Je ne pense pas, c’était une phase différente de ma vie mais il est aussi personnel que le premier. En l’enregistrant, j’avais l’impression de n’avoir jamais rien enregistré avant, de n’avoir jamais fait de concert. Je n’avais rien sur quoi m’appuyer, ou qui me donnerait de la confiance. C’était comme le faire pour la première fois.

Et donc tu es partie d’une nouvelle idée ?

C’est un album sur les paysages qui m’habitent. J’ai essayé de créer une carte de moi-même. Chaque chanson est un paysage.

Il y a une tension entre les sons électroniques et le piano qui apporte la touche acoustique : comment as-tu trouvé le juste équilibre ?

Je ne suis pas vraiment intéressée par la musique acoustique. Je m’intéresse à la musique électronique, la poésie, le son de ma voix. Ce sont les trois éléments sur lesquels je me suis concentrée. Je trouvais important de pouvoir m’entendre, comprendre chaque mot que je disais, et d’entendre le moindre son de ma bouche. Je ne voulais pas me cacher derrière des éléments électronique ou derrière le piano. Je voulais de l’espace pour m’entendre chanter, pouvoir entendre mes mots.

Tout ce qui vient s’ajouter aux poèmes sont des couches électroniques, des couches de piano. Le piano est statique, c’est ce qui me tient au sol. Je ne voulais pas créer de distraction avec les sons électroniques, mais plutôt souligner ce que je disais. Je veux que la musique aille avec la voix, et que la voix aille avec la musique, et non me cacher derrière.

As-tu utilisé des micros particuliers pour enregistrer ?

Non, pas du tout.

Tu étais seule pour enregistrer ?

Pas du tout, j’ai travaillé avec les mêmes producteurs que pour This Silence Kills.

En mai 2013, nous avons enregistré à Hambourg. Je suis arrivée avec une mélodie et un poème en disant : “Je ne sais pas comment nous allons faire, mais nous devons essayer. Je veux le faire seulement avec vous.” La première chansons que j’avais écrite était The Unknown. Nous avons enregistré six chansons en trois semaines, puis nous sommes retournés à Berlin pour terminer le travail. Cela a pris six mois, en tout. Le seul moment où j’étais seule, c’était durant l’écriture des poèmes, qui se passe généralement entre 4h30 et 8h du matin ! (Rires)

C’est un moment qui t’inspire ?

Je suis juste fatiguée !

Je pense que c’est le bon moment pour moi car c’est très calme, mais pas comme au début de la nuit où tout le monde dort pour les huit prochaines heures. Là, la plupart des gens dorment, mais peut-être que dans 2/3h ils vont se lever. Mon corps était endormi, mais mon esprit voulait travailler, il y avait comme un combat en moi.

The Unknown est donc la première chanson écrite pour l’album, c’est aussi celle qui le débute : comment as-tu construit l’ordre des titres ?

C’était très intuitif. Le titre était aussi une intuition, d’ailleurs je pense qu’on devrait davantage écouter son intuition. Quand j’ai un doute, c’est ce que je fais. Je savais dès le début que The Unknown devait débuter l’album et Currents Change le terminer : il s’agit de moi, avançant dans la mer pour ne plus revenir. Et après ça, il n’y a rien. Pour le reste, j’ai écouté les titres, vu ce que je ressentais, j’ai trouvé le bon ordre, et voilà.

Tu as déjà joué quelques concerts avec les titres du nouvel album, es-tu contente des retours pour le moment ?

Pour être honnête, j’étais très anxieuse de les jouer sur scène. Les titres du précédent album, je les avais beaucoup joués avant qu’ils ne soient enregistrés. Là, jamais. J’étais dans la situation où l’album était fini, et je n’avais pas joué un seul titre en live.

J’étais curieuse de voir ce qu’il se passerait sur scène, car parfois les titres évoluent, mais aussi effrayée. Je ne me suis pas fiée à la réaction du public, mais plutôt à comment je me sentais. Là, c’est le sixième concert sur cette tournée, et avant ça j’ai du faire huit concerts avec ces titres. Je ne me sens à l’aise que depuis une semaine. Avant ça, j’étais proche de l’attaque de panique. Depuis le concert de Cologne, je fais confiance aux chansons, je me suis sentie bouleversée par les mots. Maintenant ils font partie de moi et c’est agréable de les jouer. C’est beaucoup plus facile. Avant, c’était assez dur à porter.

Utilises-tu des effets sur scène, de la lumière ?

Vous verrez ce soir… je pense que tous ceux qui sont venus à mes concerts le savent, depuis le dernier tour. Je suis très timide, je n’aime pas me tenir devant les gens en pleine lumière. Je fais donc le contraire, je joue sur les ombres et ça fonctionne bien pour moi.

Ton concert à Berlin a été un succès : as-tu l’impression d’appartenir à une scène là-bas ?

Non, vraiment pas. J’ai les même six amis depuis dix ans. Je n’aime pas le clubbing, par exemple. Je préfère faire des musées, boire un verre avec des amis. Je ne socialise pas vraiment, donc je ne peux pas faire partie d’une scène. Je ne suis pas une bonne “scene member” ! Tu vois ce que je veux dire ? Il faut sortir régulièrement, faire des apparitions, ce que je fais pas… Il faut rester en contact avec les gens, peut-être même rejoindre des groupes Facebook, je ne sais pas.

Te vois-tu faire des collaborations bientôt, par exemple avec d’autres artistes de ton label BPitch Control ?

Est-ce que j’en ressens le besoin ? Pas du tout. Ce n’est pas parce que nous sommes sur le même label que nous avons réellement un lien. Parfois des frères et sœurs ne s’entendent pas, même s’ils ont les mêmes parents. Parfois ça marche, je suis toujours ouverte aux collaborations, et j’ai d’ailleurs collaboré avec un artiste de BPitch, Telefon Tel Aviv. Mais il faut une vraie connexion, c’est comme chose qu’on doit découvrir, et pas forcer. Je n’ai pas encore rencontré beaucoup de ces gens pour le moment.

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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