Deux soirs à Villette Sonique

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Retour sur deux soirées du festival Villette Sonique, qui s'affirme année après année dans le paysage des évènements exigeants et précurseurs.

Lundi 30 mai

Drôle d’idée, a priori, qu’un concert à la Géode. Une minuscule estrade pour le groupe, enveloppé dans un dôme IMax, tout petit vu des rangs du haut. Forest Swords, DJ anglais, a décidé d’utiliser le cadre au mieux en projetant ses vidéos à 180 degrés. Du coup, on a un peu l’impression d’être à un ciné-concert, où on n’ose pas parler, et où, aussi, les images prennent un peu trop d’importance (vu comme elles envahissent complètement l’espace) par rapport à leur pertinence. Certes, c’est toujours intéressant de jouer sur les rapports synesthésiques entre son et lumière, mais les vidéos dont les laptop-musiciens s’accompagnent presque obligatoirement pour compenser le fait que sur scène, à part un geek qui bidouille son clavier en bougeant la tête, il n’y a pas grand chose à voir – ces vidéos, il faut le dire, sont rarement passionnantes. Bon, regardons donc des glaciers pendant une demi-heure, puisqu’il le faut… Mais puisque la musique est pas mal, pour le coup, on aurait préféré pouvoir se lever et bouger la tête en rythme comme le nerd là sur l’estrade. Tant pis.

Ensuite, on coupe l’image et on baisse le son, pour une bande de hipsters du New Jersey qui officient sous divers noms et s’échangent les rôles : d’abord Ducktails, combo classique, puis Julian Lynch accompagné des mêmes, pour le même genre d’indie-pop-rock – quelle folle époque. Derrière Ducktails il y a, outre le susnommé Lynch qui reste discret avant de virer fontman pour le set suivant, Matt Mondanile, aussi connu pour son autre formation Real Estate, plus psyché. Lynch, de son côté, est ethnomusicologue de formation, et avec ses amis branchés il aime bien bidouiller du son dans son garage de la côte Est. Ca donne quelque chose de tout à fait potable, qui ressemble un peu à du Animal Collective en moins bien, pop et pas désagréable, même si pas très neuf non plus. La bande est suffisamment discrète pour rester supportable, mais on subodore que, dès que les Inrocks et Télérama auront mis le grappin dessus, ils commenceront à suinter méchamment la hype facile.

Mardi 31 mai

Ca ne se presse pas plus que ça dans la Grande Halle de La Villette pour The Fall. Il faut dire que ce qu’on nous a collé en première partie, ça fait plutôt dormir. Cheveu, il paraît que c’est le summum de la branchitude cette saison. Pffff. Du bidouillage qui part vers tout et surtout n’importe quoi, prenant prétexte de l’étiquette néo-punk pour justifier d’un amateurisme poussif plus que jouissif. C’est signé chez Born Bad et ça aime la bière et le vulgaire. Bon, c’est un peu court, même pour danser.

OOiOO, c’est un peu plus rigolo: une bande de japonaises pêchues réunies autour de Yoshimi P-We, la batteuse des Boredoms. On retrouve d’ailleurs là le son rêche du groupe culte du soleil levant, grande référence des amoureux du post-rock tellement progressif qu’on ne sait plus trop si c’est de la musique mais c’est ça qu’est bien. Les Boredoms, faut aimer, mais ça se défend, quand même, et OOiOO, dans la même veine, ça bouge bien et c’est amusant. Guère plus, mais c’est déjà ça.

Tout ça c’était donc une mise en bouche pour The Fall, que Cheveu comme OOiOO pourraient bien citer comme référence, et qui profitent bien du retour en grâce des années quatre-vingt pour faire du post-punk avec les mêmes gueules qu’il y a trente ans, même si le line-up du groupe a été presque entièrement renouvelé. Mark Smith est toujours là, inamovible, mèche grasse lui tombant sur l’oeil, faisant le pantin en beuglant dans un micro mal réglé. Autour de lui, sa chère et tendre Elena Poulou, claviers et chant, essaie désespérément de le suivre tandis qu’il se prend les pieds dans les fils et enchaîne avec l’air de ne pas trop savoir ce qu’il fait là. Le reste du groupe s’efforce surtout de garder les guitares branchées, pour le reste, advienne que pourra. L’énergie déployée sonne un peu faux, un peu trop spectacle, surtout que le public clairsemé ne doit pas les motiver plus que ça. Mais tout de même, c’est un peu moins déprimant que Cheveu et c’est quand même eux qui sauvent la soirée !

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Image de : Live from Paris

1 commentaire

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  1. 1
    Clara Ortiz Marier
    le Vendredi 17 juin 2011
    Clara a écrit :

    Je trouve ce texte absolument navrant. Après avoir lu votre critique de Drive, le commentaire d’un certain Maxime m’a poussée à venir lire ce live report de Villette Sonique. J’avoue que les propos de Maxime étaient assez peu délicats, mais face à un tel texte, comment réagir autrement? Vous décrivez ces groupes et leurs prestations avec une telle condescendance, c’en est affligeant. C’est à se demander si c’est vraiment la bonne personne qui a eu l’accréditation pour cet événement… Autant ne pas le couvrir si c’est pour se faire chier à y assister et ensuite écrire un tel ramassis de bêtises.

    «La bande est suffisamment discrète pour rester supportable»,
    «ça bouge bien et c’est amusant. Guère plus, mais c’est déjà ça»,
    «mèche grasse lui tombant sur l’oeil, faisant le pantin en beuglant dans un micro mal réglé…essaie désespérément de le suivre tandis qu’il se prend les pieds dans les fils et enchaîne avec l’air de ne pas trop savoir ce qu’il fait là»,

    Et sans même mentionner les dernières phrases du texte, insultantes au possible ou le passage sur Cheveu qui ne rend absolument pas justice au groupe, et qui personnellement, m’a profondément irritée.

    Je doute fort que les fans des groupes mentionnés ci-haut aient eu une aussi mauvaise expérience que ce que ce texte s’acharne à décrire. Mais vous n’avez manifestement aucune considération pour eux (potentiels lecteurs de Discordance), seule votre opinion fortement biaisée compte. Je ne suis pas contre une critique négative dans la limite où elle peut être justifiée et/ou constructive, mais le « bashing » systématique, très peu pour moi. Il y a une manière de faire et de dire les choses. Vos propos méprisants et hautains sont une insulte aux goûts et à l’opinion de ceux qui apprécient vraiment ces groupes et ce genre de musique.

    Je ne sais pas si les organisateurs de Villette Sonique seront très chauds à l’idée de redonner une accréditation à Discordance l’année prochaine. Dommage. Quant à moi, pour un webzine de cette envergure, publier un texte du genre c’est se tirer dans le pied.

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