Déportivo – Ivres et Débutants

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Oser s'aventurer sur la chronique du dernier album des Déportivo s'apparenterait presque à prendre position sur la décision de Cantat de participer, ou non, au festival d'Avignon : un véritable casse tête à l'image de deux parties qui ne pourront jamais se concilier...

Image de deportivo-ivres-et-debutants Voici l’album que beaucoup d’amateurs de rock français attendaient depuis des mois, Déportivo ayant toujours pris son temps pour composer ses chansons et n’hésitant pas à espacer ses disques. Trois ans s’étaient écoulés entre Parmi Eux (2004) et Déportivo (2007), quatre jusqu’à ce Ivres et Débutants.

Alors, que vaut-il ?

Et comment répondre à cette question ? En tant que fan de toujours ? Ou avec la distance du critique ? Cet album est tellement paradoxal que deux points de vue ne seront pas de trop pour tenter d’aborder pleinement ce nouveau Déportivo…

Première écoute : le fan en déroute

Cette première écoute retourne les sens : impossible de ne pas secouer la tête, de ne pas se lever de sa chaise, limite paniqué, en train de se demander si l’on ne rêve pas. Mais que s’est-il passé ? Qu’avez-vous fait à Déportivo ?

À la recherche du bruit et de la sueur ? Ce n’est décidément plus au programme. Le rock énervé de Déportivo a tout bonnement disparu au profit d’un album très orienté pop. De quoi prendre littéralement tout le monde à contre-pied.

Une déception.

Les morceaux s’enchainent à une allure fulgurante : la première écoute est un véritable calvaire. À chaque seconde qui passe, on espère encore et toujours que le morceau suivant sera comme « avant ». À l’affut d’une guitare aiguisée ou d’une batterie déchainée, un morceau salvateur qui viendrait te happer « à l’ancienne ». On persiste à se dire « non, ça va venir » ou « au prochain, ce sera bon ». Rien n’y fait. Cela ne reviendra jamais. La raison en est pourtant évidente et elle porte un nom : Gaëtan Roussel. L’ex-chanteur de Louise Attaque, aux manettes de Ivres et Débutants, a définitivement posé sa patte sur cet album et on retrouve beaucoup de Ginger dans cet opus.

Même si la décision semble pleinement assumée par le groupe, difficile de ne pas tomber de haut, tellement Déportivo nous avait habitués à un rock brut de décoffrage, très rock’n'roll dans l’esprit, avec comme objectif principal de faire remuer les têtes. Entre des riffs saturés et un Jérôme Coudane survolté, le Déportivo tel qu’on le connaissait, symbolisait d’une certaine façon ce qui restait des cendres du rock français.

Écouter un album de Déportivo c’était faire le plein d’énergie, principalement grâce à cette faculté que le groupe avait à nous scotcher dès les premiers morceaux… Comme une drogue. Pourtant musicalement ce n’était pas parfait, loin de là, mais l’intensité dégagée était telle, que tout le reste paraissait secondaire. Oui, mais voilà, les années lycée sont loin. Depuis Parmi Eux, le temps a passé… Merde ! Et si la clé était là ? La pochette très « pop 60’s » aurait dû pourtant nous mettre sur la voie…

La redécouverte des écoutes suivantes

Pourquoi cependant ne pas pousser la chansonnette une seconde, voire une troisième fois ?

Ce qui est surprenant avec Ivres et Débutants, c’est qu’au fur et à mesure des écoutes, les choses apparaissent sous un autre angle. Ou du moins en partie. Fais moi comprendre ouvre le bal avec ses « il faudra bien que je te dise qu’on était tous obsédés par la brise ». Comme si Déportivo avait conscience de son changement de cap, mûrement réfléchi, et qu’il ne regrette rien. La fin d’un cycle en quelque sorte. Sous des sonorités pop avec l’apparition du synthé, cette ouverture a de quoi laisser perplexe.

Ivres et Débutants, titre éponyme, se laisse écouter et son refrain se laissera vite fredonner. Un univers qui semble tout droit tiré de Ginger. Si Intrépide commence en douceur avec la voix mélodieuse de Jérôme, le rythme monte enfin crescendo avec une batterie assaillante et une guitare à l’unisson. Au milieu, malgré la place grandissante des claviers, propose dans sa dernière minute des mélodies « à l’ancienne » au souvenir du bon vieux temps malgré ses « oooh oooh » qui arriveraient presque à gâcher le plaisir.

Au rayon des compos qui auront décidément du mal à passer : Nos baisers, insipide, calqué sur du Louise Attaque. Le bruit que la vie fait, dans un faux tempo, laisse tout aussi indifférent. Déportivo en a oublié son latin.

Par contre, mentions spéciales pour : Au saut du lit, avec ses paroles rappelant l’album précédent, qui est une réussite. On retrouve ce côté rock’n'roll d’antan agrémenté d’un violon qui ne laisse pas insensible. Embarquement immédiat dans l’enfance de Jérôme avec le superbe Pistolet à l’eau qui en propulserait plus d’un à l’âge d’or. Déportivo dépose l’électrique pour un aparté acoustique avec guitare sèche, batterie et escapade à cuivres… Un des morceaux les plus calmes de cet album, mais aussi l’un des plus marquants. Seul N’ai-je? pourrait d’ailleurs rivaliser avec l’utilisation privilégiée de l’acoustique et du violon. Presque de la chanson française, mais Jérôme promène avec malice son auditeur en « fuyant toutes les décisions à prendre ».

Ces écoutes successives permettent donc sans mal de dépasser le stade de la frustration, sans pour autant se départir de la déception de voir la personnalité du groupe se diluer dans celle de son producteur. Même si la formulation tient du cliché, ces nouvelles compositions prennent réellement toute leur ampleur sur scène, lorsqu’enfin le groupe se les approprie réellement, comme libérée de l’omniprésence Rousselienne.

Un nouveau départ donc. Déstabilisant pour beaucoup. Et avec beaucoup de défauts. Reste qu’ « à bien des égards la tâche du critique est aisée. Nous ne risquons pas grand-chose et pourtant nous jouissons d’une position de supériorité par rapport à ceux qui se soumettent avec leur travail à notre jugement. Nous nous épanouissons dans la critique négative, plaisante à écrire et à lire. Mais l’amère vérité qu’il nous faut bien regarder en face, c’est que dans le grand ordre des choses le « mets » le plus médiocre a sans doute plus de valeurs que notre critique qui le dénonce comme tel. Il y a pourtant des circonstances où le critique prend un vrai risque : c’est lorsqu’il découvre et défend l’innovation. Le monde est souvent malveillant à l’encontre des nouveaux talents et de la création » [1]

NOTES
[1] Ratatouille 2007.

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En savoir +

- Site Officiel : http://www.deportivo.fr/
- Myspace : http://www.myspace.com/deportivoofficial

A lire également sur Discordance :

Live Report de Déportivo au Festival la Meuh Folle d’Alès (25 mars 2011) :
= http://www.discordance.fr/premier-soir-du-festival-la-meuh-folle-le-calme-avant-30108

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

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