Deportivo

par Kyra|
Tu sais bien, tu sais bien, que c’est au printemps que je sombre. Et même si t’en as rien à foutre, je ne dirai plus rien. Je me délecterai du ciel superbe, en sirotant une bière, à l’ombre de mes pensées. Rien ne se perd, tu sais. Et je siffloterai un petit air, comme ça, l’air de rien, avant de refermer la porte. Allez fous le camp !

deportivo-2 Déportivo fait partie de ces groupes qu’on a envie de rejoindre dans la brise, juste pour niquer la routine, redevenir jeune et con l’espace d’un concert, et allumer des milliers d’étoiles dans nos yeux avant de rentrer. Décortiquer leur nouvel album en employant des tournures scrofuleuses, pseudo-journalistiques -histoire de montrer la finesse et la profondeur de notre argumentation- ne servirait à rien, vu la quantité d’articles qui ont été pondus depuis quelques mois, et qui commencent à prendre la poussière, d’ailleurs.

Non, je ne ferai pas dans le resucé, le crasseux, l’indécent pour donner du grain à moudre aux critiques et autres animaux de basse-cour pinailleurs de nature, tous consumés jusqu’aux chaussettes de toute façon. Parce que Déportivo est un groupe à voir, à découvrir, à écouter et à ressentir en live. Une montée d’adrénaline en puissance, une électrisation des sens, un déferlement d’émotions, une énorme claque à se prendre en pleine gueule, là, au milieu de la foule, et non pas planqué dans son placard à balais, un vulgaire casque sur les oreilles.

Deux albums déjà, une vingtaine de titres à leur répertoire, agrémenté de reprises dont ils nous font la surprise le long de la route. Et ce n’est pas parce qu’on ne parle pas assez d’eux au Printemps de Bourges (putain de buzz médiatique qui détourne l’attention et passe à côté de l’essentiel, entre parenthèses), qu’il faut squeezer le reste de leur tournée. D’autant plus que le son qu’ils nous balancent est d’une qualité XXL. Spéciale dédicace aux ingés son dont on ne parle jamais assez, d’ailleurs.

Un renard, une clef, une poule… D’aucuns auront cramé quelques neurones à force d’essayer de décrypter la pochette de leur nouvel album, très La Fontaine dans le style et peut-être l’allégorie, le groupe prenant les traits d’un renard, qui nous -nous, les critiques, le public, caquetant dans le vide au lieu d’écouter simplement les choses et prendre notre pied, sans tenir compte des dires des uns et des autres, qui ne sont là que pour parasiter nos émotions et alimenter une hypocrisie ambiante dont personne ne veut reconnaitre l’influence malsaine- tendrait la clef de leur monde, malicieux et espiègles jusqu’au fond des yeux. Pourquoi pas ? L’essentiel est ailleurs de toute façon.

Les Déportivo ne se livrent pas facilement. Une distanciation naturelle qui s’opère à la vie comme à la scène, en coulisses ou sous les feux des projecteurs. Un cordon de sécurité qui se romprait le temps d’une chanson, peut-être. Parce qu’il ne s’agit pas de fantasmes à deux balles pour faire rêver les foules, ni de longs discours engagés à la noirdez , non.

Tout ce que les Déportivo nous racontent, une fois qu’on a ouvert la porte pour regarder ce qu’il y a derrière, en osant à peine avancer le bout de son nez, ce sont finalement des tranches de vie, parfois encore saignantes, frémissantes, ou mortes et enterrées dans le tiroir des souvenirs que l’on essaie tant bien que mal, d’oublier. Mention toute particulière pour La brise, Exorde baratté, I might be late, Ne le dis à personne (et personne ne le saura ) et En ouvrant la porte que je trouve tout simplement sublimes. Des bouts de soi, des mots simples, forts, sincères, qui nous parlent et nous touchent directement, sans détours, sans métaphores ni autres tournures alambiquées pour étaler leur science ou leur vocabulaire. L’intelligence du coeur, l’émotion fragile, le murmure subtil, la rage explosive, la déconne en bandoulière, la beauté de l’âme, la blessure indélébile, l’enfance au creux des veines, le temps qui passe sur les mains et voile les paupières, la boite à secrets et les étoiles sous les pas.

Voilà. C’est tout. Et rien à la fois. Juste une sensation de bien-être, de fierté et de liberté complètement assumée que le groupe nous balance en pleine gueule, et c’est tout ce qui compte finalement. Parce que Déportivo, c’est un souffle, un cri de liberté, un gros MERDE à la face du monde entier, juste parce qu’ils avaient envie de le dire, là, maintenant, les pieds dans la boue, mais la tête dans les étoiles, et ce, sans avoir à se justifier, jamais, parce que la vie file, vite, toujours plus vite, et que les cons s’accrochent à nos plumes, toujours, pour nous empêcher de décoller, et qu’on s’en fout, on s’en fout, on sait où est l’essentiel, l’amour n’attend pas, on sait où on va, aucun regret, non, jamais, on a défoncé les portes qu’il fallait, on a gardé les clefs. Et on reviendra peut-être. Mais ça, personne ne le saura.

Back to reality.

L’album est sorti le 22 octobre 2007. Putain, ça fait 6 mois, déjà. Et il n’a jamais été aussi brûlant, tant les 10 titres défilent en boucle sur ma platine. Un album studio qui sonne comme du live. Et c’est terriblement bon. D’une efficacité redoutable.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire, maintenant : foncez vous procurer cet album, le DVD qui est fourni avec, est de toute beauté, et c’est là que vous vous rendrez compte que ces garçons ne trichent pas. Déportivo c’est bien plus qu’un groupe, qu’un SON ou qu’une marque de fabrique. C’est un esprit de famille, une générosité et une simplicité qui transpercent la rétine. Et ça fait du bien. Merci les garçons.

See you à Bruxelles !

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6 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 23 avril 2008
    Mary a écrit :

    « Déportivo, c’est un souffle, un cri de liberté »
    « Déportivo c’est la fuite » Mme Oscar

    « sans avoir à se justifier, jamais, parce que la vie file, vite, toujours plus vite, on sait où est l’essentiel, l’amour n’attend pas, on sait où on va, aucun regret, non, jamais  »

    Ca fait plaisir à lire, c’est la même leçon de vie que nous livre Dino Buzzati dans le Désert des Tartares.. merci Richard.. - »Richard qui ? » -Notre Richard voyons !
    Déportivo se vit dans l’urgence du moment.. je ne suis pas la première à l’écrire celle-là.

  2. 2
    le Mercredi 23 avril 2008
    Dimitri a écrit :

    S’affirme comme un futur groupe phare du rock Français sans aucun doute… Bien meilleur musicalement je trouve que leurs potos de Luke !

  3. 3
    le Jeudi 24 avril 2008
    kyra a écrit :

    Merci Mary pour tes références, ça fait plaisir à lire aussi.

    Déportivo, meilleur que Luke ? sans doute, sans doute … en tout cas, bien loin devant les newbies du moment (tiens on n’entend plus parler des Naast et des Plasticines, seraient-ils retombés dans la poussière de l’oubli ? … je pense notamment aux trois B – les BBBrunes – qui ont fait quelques 1ères parties du groupe, et qui ne proposent rien de vraiment transcendant en fait), la simplicité et l’authenticité sont des qualités qui se perdent, finalement. A trop vouloir (se) plaire, jouer les rebelles (de pacotille), mimer une (fausse) désinvolture, séduire les médias sur papier glacé ou balancer des plans marketing surfaits, le rock -et la zique en général- n’est plus ce qu’il était : une vaste opération commerciale, un culte de la personnalité, une caricature (hello Pete Doherty, un autre rail de coke ?). Je ne parle même pas des critiques de rock qui se la jouent démago dans des jurys de téléréalité (Philippe Manoeuvre et ses lunettes noires légendaires, toujours dans le mouv’, hein papy). Les références se perdent aussi, dès lors qu’on se laisse manipuler par une certaine forme de médias. Bref.

    La scène, y’a que ça de vrai. Et les Déportivo font partie de ceux qui l’ont compris. Le plaisir qu’ils prennent nous est renvoyé aussi sec, il n’y a pas de temps à perdre. Et tant pis si on casse des cordes ou qu’on se retrouve couverts d’ecchymoses à la fin du set. On aura vécu, une centaine de minutes. Intensément.

  4. 4
    le Jeudi 24 avril 2008
    Dimitri a écrit :

    « je ferai tout pour le fric » disaient les VRP à l’époque… Rien n’a changé. Au delà de la musique il y a trop d’intérêts désormais derrière. Les groupes sont de plus en plus récupérés, et pas que dans le rock, regarde Tryo… propulsé au devant des médias pour être aujourd’hui en complète contradiction avec ce qu’ils chantaient… Propulsés en plus par un morceau vieux de 10 ans. On marche vraiment sur la tête.

  5. 5
    le Samedi 26 avril 2008
    kyra a écrit :

    Ouais et ça donne la nausée …

  6. 6
    le Lundi 28 avril 2008
    kyra a écrit :

    Back from Brux’

    Ce fut un putain de concert, électrique et chargé d’adrénaline du début à la fin … mention spéciale pour « Blue Lights » qui est vraiment un très beau titre, j’avais oublié de le signaler dans mon papier plus haut. Et puis les garçons nous ont fait la surprise d’un nouveau titre, c’est ça qui est cool pendant la tournée, assister à la gestation de quelque chose, improbable, imparfait, mais livré tel quel, dans la spontanéité de l’instant.

    Et puis MERCI au public belge, qui était vraiment hyper réceptif, enjoué et sympathique, pogotant et slammant à tout va. On a quand même eu droit à une chenille bruxelloise improvisée en plein concert :) ça change de la beauf attitude et de la frigidité de certaines salles françaises …

    Tchuss.

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