Depeche Mode – Sounds of the Universe

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C'est un sport pourtant bien connu, pour les critiques, que d'attendre un athlète de haut niveau qui remet son titre en jeu... pour mieux le démolir. Facile donc, de céder à la tentation de comparer ce dernier opus du mythique trio instigateur et survivant de la très électronique New Wave, à l'un de ses meilleurs albums du passé.

dmMais quand le critique est aussi fan ?

Parce que, forcément, tous les vrais fans de DM rêvent de pouvoir se laisser à nouveau caresser les oreilles par un album aux mélodies aussi fortes et vénéneuses qu’un Violator, ou de retrouver toute l’énergie presque adolescente du groupe comme lors de sa mémorable tournée 101 .

Mais il faut avouer que depuis les trois derniers albums, les trois boyscouts ont adouci les angles, et ne sortent plus de ‘hits’ puissants, leur préférant le ton feutré d’un son électronique d’antan, redevenu presque branché .

Ainsi donc Sounds of the Universe, non content d’avoir été attendu pendant 4 ans et d’afficher un titre pompeux, divise les habitués du groupe tout comme ceux, plus jeunes, qui le découvrent aujourd’hui.

Simple manque de cohérence, ou … régression pure et simple ? Pas facile à juger.

Tout avait pourtant fort bien commencé, avec le single Wrong, implacable et fataliste à souhait, et son magnifique clip, digne d’un court métrage de David Fincher .

Mais justement, la métaphore de l’homme moderne, bâillonné, pieds et poings liés, enfermé dans une voiture sans chauffeur, fonçant à vive allure sur une route en pente descendante, n’est-ce pas là l’illustration même de cet album bancal ? Voire même, du groupe lui-même ?

Après Playing the Angel, qui malgré sa douceur, avait bénéficié d’un bon accueil tant critique que public, les membres du groupe ont vaqué à leurs projets respectifs, et entre autres Dave Gahan, en vrai revenant de l’enfer, nous estomaquait tous avec son très beau Hourglass, un album solo surprise qui, en prouvant qu’il était capable de survivre à tout, et surtout à Depeche Mode, si celui-ci venait à exploser, jetait le doute sur l’avenir du groupe.

C’est donc dans ce contexte équivoque qu’apparaît cet album qui, bien que pas franchement mauvais, semble nous resservir du vieux dans une boite neuve (d’ailleurs, le coffret collector est particulièrement soigné).

Certes, quelques morceaux rehaussent le niveau et nous replongent dans l’ambiance particulière d’un groupe intemporel, tel que le très reconnaissable In Chains, le stylé Fragile Tension, et l’excellent Corrupt .

Mais force est de constater le manque de tonus général. Mis à part les rythmes chaloupés de Miles Away et encore et toujours le très efficace Wrong, l’album semble frileux.

Mention « peut mieux faire » pour les morceaux Peace (à l’intro horripilante) et le dégoulinant Jezebel, n’arrivant pas à se sortir du son 80′s à la limite de la bande-son d’un jeu vidéo de l’époque.

Parce que, OK, on le sait, la mode est au revival, et à l’esprit nostalgique vintage sur tous les fronts. Mais quand même, faudrait pas pousser Brian Eno dans les poubelles non plus !

La force de DM, ce qui les a fait survivre à la New Wave, et à ces groupes aux mêmes ramifications qu’eux tels que Yazoo ou Erasure, c’est justement l’utilisation puissante et stylée des sons synthé, sans jamais les laisser prendre le pas sur la mélodie. Mais ici beaucoup de morceaux, s’ils se laissent écouter, n’éveillent pas l’émerveillement, et on se surprend même parfois à attendre que ça passe.

Bien sûr la critique est aisée, bien sûr on retrouve avec joie la voix à la fois sensuelle et virile de Dave, et celle, plus androgyne, de Martin Gore, et oui, bien sûr, quand elles se mêlent, elles forment toujours cet alliage troublant.

Mais à l’heure où ces lignes sont écrites, tout en n’essayant de ne pas être trop dur avec un groupe adoré, il y a ces petits groupuscules, signés sur des labels allemands, qui imitent à la perfection le style DM de chaque période, et qui continuent à sortir leurs compos originales, avec, il faut l’avouer, beaucoup de panache.

Qu’ils s’appellent De/Vision, Mesh, Camouflage ou Iris, ils ont pour seul tort d’aller jusqu’à imiter la voix de Dave Gahan, mais cela ne les empêche pas d’être très agréable. Même d’un niveau bien supérieur, par exemple que le ridicule Spacewalker, seul instrumental de l’album.

Mais peut-être que leur tournée, très attendue, arrivera à donner vie à un chapitre de leur parcours à priori un peu mollasson. Si DM est un groupe condamné à avancer, encore et toujours, il lui faudra continuer à nous surprendre. Encore faut-il, pour y arriver, décanter le meilleur du pire, pour ne nous laisser que les pépites d’or mélodiques dont ils nous ont habitués pendant tellement d’années.

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Site officiel : http://www.depechemode.com/

A lire sur Discordance : [Chronique de Hourglass->395] et chronique de [Playing the angel->142]

A propos de l'auteur

Image de : Sorti d'une école de Communication Visuelle de Bruxelles il y a 15 ans, directeur artistique belge basé à Paris depuis 10 ans, c'est un touche-à-tout dans le domaine des arts graphiques et du multimédia. Tour-à-tour photographe, graphiste, vidéaste, ou illustrateur, c'est aussi un IA ( Internet-Addict ), qui apprécie particulièrement le "cinéma-qui-possède-sa-petite-musique-intérieure", les "musiques-qui-te-donnent-des-images-dans-la-tête" et les événements culturels un peu décalés. De là à devenir chroniqueur pour Discordance... il n'y a qu'un pas, qu'il a franchi avec plaisir. Site web : http://www.mockery.fr

3 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 9 mai 2009
    steph a écrit :

    votre commentaire est plutot pas mal car je vois que vous aussi vous avez eu ce petit trouble a la premiere ecoute de l’opus! cet album doit s’écouter de nombreuses fois pour vraiment l’apprecier. les titres bonus qui sont vraiment pas mal du tout comme light, ghost, esque.. DM ne nous avez pas habitué a ces sons et ambiance positif des chansons et aussi des choeurs!! et je pense qu’ils ont eu raison, car moi la 1ere fois je l’ai trouvé bizzarre cet opus mais quand je l’ai ecouté sur le home cinema tout a pris une autre dimension!! DM avance sans ce retourner sur le passé ils ne feront certainement plus jamais de violator ou ultra!! et partant de la, il et vraiment bon ce nouvel album! je suis fan depuis plus de 20ans et ils m’ont encore surpris la ou je ne les attendaient pas!!! et caaaa c’est la marque des tres grands groupes! sans jamais se repeter (pas comme certains groupes que je ne nommerai pas!!) d’albums en albums ils nous livrent leur univers et leurs sons uniques!! moi je dit bravo heureusement qu’ils existent ces mecs!! et comme vous le dites a la fin de vos commentaires je pense qu’ils vont nous surprendre au prochain album dans environ 4ans!!!! ouuuu ca va etre long!!! moi je serai present sans aucuns doutes!!!:)

  2. 2
    le Dimanche 10 mai 2009
    jb Mute a écrit :

    Je ne vois pas trop le problème d’être fan d’un groupe et de faire une critique. En France on a cette vision du fan qui est forcément un allumé qui n’a aucun sens critique, c’est dommage.

  3. 3
    le Lundi 11 mai 2009
    M/o/C a écrit :

    Je pense surtout que le vrai fan-furieux, manque un peu de recul. C’est quelque chose que l’on constate un peu partout, ce n’est pas typiquement français à mon sens. Mais oui, je reste ‘admiratif’ sans être ‘fan fou’.

    Et j’ai peut-être besoin, comme le dit Steph, de laisser tourner l’album un peu plus dans mes oreilles. Mais ce que j’ai eu comme impression, c’est que ce n’est pas un album majeur. Plutot un album charnière, qui prendra tout son sens je pense, à la découverte du suivant.
    un peu comme si, comme le disent bcp de personnes par rapport aux morceaux bonus (que je n’ai pas entendus encore malheureusement), le meilleur était dans ces « faces B », et que ça laissait présager un futur album plus mature que celui-ci.

    Mais ce n’est que mon avis.
    Merci pour votre réaction!

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