Dedans le Sauvage au Nouveau Casino

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Ce soir, première soirée Dedans le Sauvage. Un principe mis en avant, celui de l'éclectisme, et on peut dire qu'à cette tâche, ces bougres n'ont pas failli, réunissant pas moins de cinq groupes proposant tour à tour shoegaze, post-rock, post-punk, noise et black-metal.

002-6-2 » Bonsoir, on s’appelle Burzum « : voilà comment Team Ghost, premier groupe à s’élancer sur la scène du Nouveau Casino, se présente. Trio guitare/basse/batterie tout récemment formé, avec en son sein un ex- M83, ces Parisiens ont l’air d’être encore en phase de rodage. Grosses couches rêveuses de guitares avec blips électro mélancoliques en sus pour un shoegaze venant se caser entre My Bloody Valentine et Boards Of Canada, mais sans malheureusement atteindre l’intensité des deux groupes sus-cités. Car le groupe donne presque l’impression de trop hésiter sur scène, trop hésiter à réellement balancer la sauce et lâcher les décibels quand il le faut. Et même si ce détail n’empêche nullement d’apprécier la teneur du set du combo, il aurait certainement pu le faire décoller plus haut que ce que Team Ghost a présenté ce soir. Sympa, donc, sans plus.

C’est Microfilm, groupe de Poitiers, qui prend la relève. Groupe qui vient de sortir son second long format, le fabuleux Stereodrama, et composé de quatre illustres membres (deux guitares, une basse, un batteur) de la scène française (ex- Seven Hate et Myra Lee ). Et autant le dire tout de suite, je ne m’attendais pas à une telle claque. La musique de Microfilm te transporte littéralement, post-rock, mais pas au sens éculé où on l’entendrait aujourd’hui, car ces types n’ont pas oublié que dans « post-rock », il y avait « rock », et le quatuor ne s’est pas gêné pour le démontrer. Toujours sous tension, sur le fil, d’une intensité constante, leur musique s’impose en jouant sur les ambiances et les structures, maîtrisées et finement ciselées, incroyablement captivantes, que ce soit lors d’explosions ou de moments d’attentes, mais toujours empruntes de mélodies délicatement taillées qui vont droit au coeur. Des vidéos sont projetés au fond, derrière les musiciens, accompagnées de samples de dialogues de films, mais le tout devient presque inutile tant la musique du combo se suffit à elle-même. Concert de grande classe, et Microfilm peut se targuer d’avoir remplacé sans problème From Monument To Masses qui était initialement prévu ce soir.

017-3-2 Snowman a déjà commencé lorsque je sors de l’exigu fumoir qui accueillait ma pause goudron. Quatre types qui débarquent du fin fond de l’Australie (Perth) mais qui se sont récemment installés à Londres, et auteur d’un excellent second album: The Horse, The Rat and The Swan . On s’en tape, ils sont déjà à fond dedans, surtout le gnome à lunettes derrière son synthé, complètement en transe, gigotant, hurlant, transpirant sur son clavier, tabassant avec vigueur le tom basse à sa disposition, sautant dans la fosse pour haranguer le public; celui-ci assure l’attraction visuelle du show. Son comparse guitariste n’est pas en reste, chantonnant, marmonnant entre les morceaux genre  » J’ai un grain et j’ai envie que tout le monde le sache  » en n’oubliant pas ses gestes étranges et désarticulés pendant les titres, alors que bassiste et batteur restent en retrait. Et la musique dans tout ça? Bonne, très bonne même, Snowman arrive à retranscrire toute la folie et la tension chargée dans son dernier opus, tribal, agressif, surtout avec la voix du mec à la six-cordes, hargneuse, proche de celle d’un John Lydon . Le groupe nuance ses ambiances, faites de montagnes russes, tendant vers le gothique, mais sans jamais dans l’excès vaseux que ce genre peut sous-entendre. Très bon set des Australiens, même si leurs attitudes sur scène pouvaient parfois être à la limite de la pose, la qualité de leur musique aura compensé.

On passe au gros morceau de la soirée: Enablers . Encore une fois, le groupe retrace une tournée en Europe, encore une fois, celle-ci passe par la France et franchement, je vais pas m’en plaindre. La dernière fois, c’était à la Mécanique Ondulatoire, petit bar qui convenait parfaitement au combo. Aujourd’hui, Nouveau Casino, vraie scène, de la place pour tout le monde, et je me demandais si cela n’allait pas affecter la représentation du quatuor, plus propice à jouer dans un bar miteux et enfumé que dans une salle de concert à proprement parler. « Santé »: traditionnel petit verre d’alcool fort avant de commencer, et Enablers se met en place. Goldring et Thompson aux extrémités, leur six-cordes à la main, Scharin, ex-batteur de June Of 44 , qui remplace Byrnes aux fûts et Pete Simonelli à l’avant, prêt à hypnotiser la foule.

034-2Ça commence avec un morceau du dernier album, le superbe Toundra, et non, la magie et la puissance d’un groupe comme Enablers ne souffrent absolument pas d’une disposition dans une grande salle. Au contraire, leurs morceaux n’en deviennent que plus forts, grandis par un son qui fait la part belle aux guitares, aiguisées comme des lames de rasoir. Ces deux guitares, magnifiques, dont les accords se rencontrent, s’entrecroisent, jouent ensemble, tour à tour mélancoliques, crépusculaires, tout simplement beaux, puis venant détoner dans un fracas métallique relâchant la tension alors accumulée au fur et à mesure, d’une intensité grandiose. Scharin, lui, ne déçoit pas, et donne une nouvelle dynamique au groupe par rapport à son prédécesseur, plus puissant, plus rock, et même si celui-ci perd du coup la superbe finesse de Byrnes, cela n’affecte en aucun cas la musique du groupe. Et ne surtout pas oublier Simonelli, à l’avant, déclamant ses poésies avec vigueur, se sortant tant bien que mal de l’instrumentation grondante de ses camarades. Car ce type est fascinant, ensorcelant, contant ses histoires de la vie quotidienne d’une voix chaude et posée, totalement pris par sa musique, dansant, s’adressant directement au public, captivant l’auditoire à ses pieds. Cette musique est belle, majestueuse, convoquant la nuit, l’obscurité. Cette atmosphère régnant dans les bars enfumés et assombris, parfaitement retranscrite dans des morceaux comme On Monk ou Output Negative Sapce que le quatuor aura joué ce soir. C’est déjà fini, et le groupe a encore donné un concert d’une classe phénoménale. Longue vie à Enablers .

On passera sur Wolves in the Throne Room, quatuor plongé dans le black metal, genre dont je ne suis absolument pas friand. Tout comme la moitié de la salle qui s’est instantanément vidée, si bien qu’au début du set des Américains régnait une ambiance étrange dans le public, comme si voir ce groupe relevait de la simple curiosité plus que par amour de la musique du combo. Bref, quelques secondes à supporter blast beats surhumains et autres growls de la mort, et je sors vite fait de la salle, avec encore la tête la superbe représentation d’ Enablers .

Crédits photo : Philippe Abdou

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