Décibulles 2007

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Ces 3 jours de rock et de bières aux pieds des Vosges méritent largement une place sur le podium du palmarès des festivals les plus sympa de l'été. Retour sur cette édition 2007 placée sous le signe de la boue et de la gadoue…

Était t-il vraiment possible en cet été 2007 de réussir un festival sans inviter Arcade Fire ?

afficheDerrière cette question faussement provoc’ sa cache pourtant une certaine lassitude à voir la majorité des festivals de France et de Navarre aligner à quelques groupes près une affiche quasi identique. Alors même si l’affiche de Décibulles est plus modeste en termes de notoriété que d’autres  » gros  » événements de l’été, elle est dans l’ensemble d’assez bonne qualité avec un éclectisme revendiqué et affiché. J’irai même jusqu’à la qualifier de courageuse pour n’avoir eut aucun complexe à programmer Trust avant les Skatalites ou la Ruda avant Aaron . Résultat des courses un public très hétéroclite qui n’aura pourtant eu aucun mal à cohabiter ensemble. Voir des t-shirts antisociales hocher la tête en rythme sur du reggae est d’ailleurs un moment assez rare.

Organisé d’arrache pied par une armée de bénévoles et de passionnés, Décibulles c’est un concentré de bonnes vibrations et d’initiatives concrètes pour mettre un peu de rock’n roll dans la vie culturelle du centre Alsace. C’est également un nombre conséquent de bières du monde entier, un site magnifique à côté d’un charmant petit village de carte postale, un camping en pente plutôt roots et des animations données entre chaque concert par plusieurs troupes de musiciens, d’acteurs et de jongleurs. Plus qu’une simple suite de concerts, Décibulles c’est avant tout un festival qui essaye de se construire sa propre identité. Initiative plus que louable qui espérons-le donnera à ses organisateurs la chance de se distinguer dans cette jungle estivale et de pérenniser l’évènement.

Invitée de marque de cette édition 2007, la boue qui aura transformé le festival en un remake de Woodstock, avec bottes en caoutchouc de rigueur. Si les festivaliers s’en sont donnés à coeur joie en pataugeant joyeusement dans des hectolitres de gadoue, les caprices de la météo auront pourtant donné quelques sueurs froides aux organisateurs. Il n’aura fallu que quelques heures pour déclarer le parking officiel impraticable et mobiliser tous les tracteurs de la région pour désembourber plusieurs centaines de véhicules coincés sur place. Mais chose assez impressionnante, à aucun moment ces petits désagréments n’auront eu raison de l’enthousiasme inébranlable des nombreuses personnes présentes.

Mais revenons en au coeur du problème. Car oui les festivals ne sont pas que prétexte à beuverie et excès en tout genre. Il y a également des groupes et il paraît même que certaines personnes sont venues pour les écouter. Et à ce niveau-là de vrais bons moments.

decibulles_1On oubliera bien vite le set de Superbus, ce groupe est une vaste supercherie et son seul intérêt aura été de mettre en relief l’excellente prestation de la Ruda . Un grand orchestre en provenance de Prague et qui aura pas mal galéré sur les autoroutes germaniques pour pouvoir arriver à Neuve Eglise en temps et en heure. Assez remontés par leurs mésaventures routières, nos neufs amis enverront la sauce comme jamais. Un concert à fond les manettes qui ne laisse aucun répit à un public luttant avec la boue pour décoller les pieds du sol. L’Homme canon aura parfaitement réussi sa réception et le show finira par un généreux rappel avec en prime un joli petit mûr de guitares sur Orange .

Changement radical d’ambiance avec les très attendus Aaron . Un double disque d’or en poche et un accueil impressionnant du public pour le duo parisien. Le piano magique d’ Olivier Coursier et la beauté de la voix de Simon Buret sont un bonheur rare.L’intégralité d’ Artificials Animals riding on Neverland sera joué avec en prime une reprise du Bachelorette de Björk . Les découvrir en festival n’est pas forcément l’idéal pour profiter de leur musique à sa juste valeur, mais ne faisons pas la fine bouche, tellement leur simplicité et leur talent finiront de vaincre les réticences des plus sceptiques. À revoir d’urgence dans une vraie salle.

Au rayon des bonnes surprises, la bonne humeur et la gouaille de Karpatt auront été la bonne surprise du samedi après-midi. De la chanson française intelligente et festive avec un petit côté manouche du plus bel effet. D’ailleurs Angelo Moore de Fishbone ne s’y sera pas trompé en rejoignant le groupe pour un duo improvisé qui aura surpris autant les musiciens de Karpatt que le public.

Groupe quasi mythique dans sa catégorie, Fishbone aura été l’une des baffes du festival. Une classe, une aisance et une folie communicative. Un frontman déchaîné et déjanté. Une basse incroyable et un mélange des styles inclassable. Les maîtres du ska-funk-reggae-hardcore auront été magistraux. Que ce groupe n’ait jamais eu la reconnaissance qu’il mérite est encore l’un de ces grands mystères qui prouve une fois de plus que le talent seul ne pèse pas grand chose de nos jours.

decibulles_2Pour rester dans le mythique, Trust n’aura malheureusement pas eu autant de réussite. Leur re-re-re-formation pour cause de sortie de best-of, laisse un goût mitigé. Des riffs téléphonés, quelques grands classiques repris en choeur par de fidèles acharnés et des nouveaux titres d’une triste banalité, pour au final terminer par l’hymne tant attendu et tant scandé depuis le début de la journée. Un climax qui se révèlera n’être qu’un pétard mouillé. Soulmates never die ? Et bien si quelques fois ça arrive..

Buena Vista Social Club à la sauce reggae, les légendaires Skatalites n’auront de cesse de faire oublier leur âge plus que respectable à grands coups de bonnes vibrations et de maîtrise musicale impressionnante. Ces gars-là ont joué avec à peu près tout le monde, Bob Marley en tête de gondole, et même si le style musical n’est pas vraiment ma tasse de thé, la technique et l’humilité de ces musiciens est tout simplement remarquable.

Dernière grosse révélation de ce festival : le ministère des affaires populaires, MAP pour les intimes.Du hip-hop chti, intelligent et engagé. Un show très carré avec 2 mics déchaînés et parfaitement au point. Avec leur air faussement naïf et leur bonne humeur affichée, MAP aura réussi la prouesse de me scotcher devant la scène sous une pluie battante.

Un concert qui vous file la banane pour des jours. Un concert aux airs de bal populaire qui vous rappelle que même si l’heure n’est pas vraiment à l’humanisme et à la solidarité, tout n’est peut-être pas perdu.

C’est d’ailleurs le sentiment qui domine à la sortie de ces 3 jours de fête. Tant qu’il y aura des associations et des bénévoles tels ceux de Décibulles, prêts à autant s’investir et à donner de leur temps pour organiser des évènements de cette qualité, tout n’est définitivement pas perdu.

Crédits photo: Natacha W.& Pascal

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Site officiel: http://www.decibulles.com/

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Image de : Fondateur de Discordance.

2 commentaires

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  1. 1
    Stephane
    le Mercredi 5 septembre 2007
    Emma a écrit :

    C’était donc celui-là le festival au pied des montagnes dont je rêvais… Merci de nous le faire partager Pascal, J’ai hâte de lire l’interview avec Aaron !

  2. 2
    le Mercredi 5 septembre 2007
    kyra a écrit :

    Ah cette boue … quel festival y aura échappé cette année ? …

    Décibulles, joli nom pour immortaliser ces instants riches en émotions. Et les photos sont superbes. Bravo et merci !

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