Death in Vegas : Trans-Love Energies, un disque en forme de renaissance.

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Mort à Vegas. Drôle de nom pour un groupe qui, au dernier festival Rock en Seine, nous a davantage ébloui par la forte résonance de son set que par un quelconque désert de sens. Mais à des semaines de la grosse claque assénée en festival, sans le déluge de strombos hypnotiques qui nous avaient fait quitter cette planète, l’album serait-il à la hauteur ?

Autant tuer le suspens d’entrée, car on se fout un peu des effets stylistiques lorsqu’on est confronté à ce type de petit chef d’œuvre : ce disque est une pure tuerie…

L’ouverture se fait sur Silver Time Machine, titre hommage (à Elvis, Syd Vicious …) sur lit de violons ; une litanie qui semble s’étirer sans fin, jusqu’à ce que la transition (imperceptible entre la première et la deuxième piste) s’annonce sur fond de banjo mélangé à des bruitages d’espace-temps « asimoviens ».
Alors, Black Hole embarque brusquement l’auditeur pour un voyage spatial et initiatique foudroyant, avec la voix qui pousse le volume d’un coup sur des guitares saturées dont on pensait que seul My Bloody Valentine avait le secret.

Suspendu entre ciel et terre, sons électroniques et cordes, porté par une voix qui rappelle par moment celle de David Bowie, l’album de Death in Vegas marque le retour fulgurant de Richard Fearless après 7 années d’une trop longue absence (pour, entres autres, un groupe qui n’aura pas marqué les esprit et des études en « photographie grand format »). Bien peu auraient parié sur ce retour en grâce du producteur britannique et pourtant, on ne peut que louer François Missonnier de lui avoir offert à Rock en Seine cette opportunité de présenter son nouvel album devant une aussi large audience.

Il faut dire que Death in Vegas mérite mille fois une telle exposition. Loin des figures imposées (pas un titre qui ne descende en dessous des 4:20, le plus long dépassant la barre des 7 :30), Death In Vegas revendique une liberté indispensable et prouve qu’il n’a pas son pareil pour faire planer autant que danser (sur Your Loft In My Acid – avec Kate Stelmanis d’Austra -, ou Scissors, notamment), se posant en champion moderne d’une techno grandiose et enfin accessible.
« Techno », un mot qui peut faire peur à l’immense majorité des non-ravers, et pourtant. Nul besoin d’être un spécialiste pour reconnaître immédiatement la portée de ce disque dans lequel chacun peut se réinventer… il suffit d’être … un rêveur !

Rêveur, comme les adeptes de la science-fiction peuvent l’être. Ceux qui convoquent en esprit aliens, galaxies lointaines, sensibles à des sensations futuristes que Radiohead et Daft Punk firent ressentir en leur temps (avec Ok Computer ou Interstella 5555). Ceux qui rêvent d’un avenir dont on se demande s’il n’aurait pas dû être le présent dans lequel nous devrions baigner depuis longtemps, comme si c’était nous, en somme, qui avions pris du retard sur les promesses des grands auteurs du genre.
Et s’il est dansant (Medication, à son tour), ce sont surtout les accents les plus sombres du disque qui imprègnent l’imaginaire. A l’instar des productions de The Horrors (que Fearless a remixé) ou de This Mortal Coil (sur Witch Dance en particulier) auxquelles on pense souvent, il s’agit là d’un disque à écouter la nuit, bande son parfaite de ces heures où les barrières sont tombées, celles où l’on se dévoile.

Rock psychédélique, dub, dance, transe, électro-pop, ou trip-hop, Death in Vegas se balade d’un sous-genre à l’autre, nous prend pour ne plus nous lâcher jusqu’à la fin et ce Savage Love qui nous abandonne, étourdi et ravi. On se réveille flottant en apesanteur, débarrassé de tous ces poids qui entravent, une sorte de nirvana enfin atteint, avec, pour dire au revoir et appeler la suite de ses vœux, trois notes qui ramènent immanquablement à Rencontres du troisième type et ce besoin de renouveau qui transporte avec lui sa folle espérance.

Décidément, il y a dans cette musique les grands espaces, les vides interstellaires et magnifiques au milieu desquels l’infini s’impose. Un infini qui ne doit pas faire peur mais au contraire inspirer curiosité, excitation, désir de l’ailleurs comme de l’autre.
Tout est possible !
D’ailleurs, l’émotion a surgi au détour d’un synthé…

Trans-Love-Energies. A la fin de l’écoute, chacun de ces termes aura pris tout son sens.

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Death in Vegas, Trans-Love Energies (Portobello Rec. / Differ-ant), sorti le 26 septembre 2011.

Site webhttp://www.deathinvegasmusic.com/

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 26 novembre 2011
    Fred a écrit :

    C’est bon de voir un artiste qui est resté fidèle à ça façon de faire de la musique malgré son succès (DIY, Lo-fi …)

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