De la Survivance – SYLVIO MARCHAND

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Plus que 6 jours. Encore 144 heures. C’est le temps qu’il reste, c’est le temps qu’il y a encore.

Pour pénétrer l’œuvre éphémère de Sylvio Marchand à la Galerie Jeune création.
De la survivance, c’est le temps QUI reste. Et c’est ce qu’a voulu montrer l’artiste ici : l’activité des restes, des ruines d’un moment, le comportement d’un lieu foulé et enduré, entre souvenirs et fantasmes.

Le jour du vernissage, Sylvio Marchand a recouvert entièrement la galerie – murs, sols, vitres, portes, serrures, néons — d’une couche de silicone blanc, moulant ainsi, mais de l’intérieur, un lieu donc, mais aussi ce moment, tant réel que symbolique, qu’est le Vernissage. Fête, accomplissement, déclaration officielle d’une œuvre terminée.

Moulage d’une intimité.
A l’intérieur, de l’intérieur, on se sent enveloppé. On se sent faire partie de l’ensemble. Il y a dans cette uniformité un effet de rassemblement : ce Quelque chose de rassurant, et de protecteur.
On se sent particule.

Mais parallèlement on observe la construction d’un souvenir – les traces de pas, le passage des visiteurs, l’humidité,etc. – duquel on se trouve exclu. Ces éléments renvoient à un point antérieur, inconnu. Ce n’est pas réellement le nôtre.
Mais.
On s’en imprègne, on s’impressionne au fil des pas, des regards, des bruits de nous dans cette œuvre étrange, un peu monstrueuse.

Le silicone tombe par endroits, se déchire. Le lieu reprend ses droits, c’est comme un télescopage entre vie et vestiges. La déconstruction de l’œuvre permet de la construire et/ou inversement : les éléments qui la rendent visible et possible – empreintes physiques – la détruisent…

E-tendue.
Cette œuvre éphémère est également – paradoxalement – élastique.
Autant, elle ne tend pas à durer – plus on la parcourt, plus elle se dissout — autant, comme faite d’un jeu de contraires qui s’alimentent et se complètent, elle vient prolonger, étirer, dans une action de conservation, le moment dans et par lequel elle a été créée.

La survivance, à travers l’élasticité du silicone, vient se livrer dans l’apposition ( la peau-sition) ET l’opposition.

L’œuvre fait peau, l’œuvre colle au lieu qui l’engendre, se révèle par l’empreinte qu’elle en fait autant qu’il se dévoile par l’action de l’œuvre sur lui.

Forme par le vide.
L’action de survivre ou de faire survivre, de traquer puis de reconstituer les éléments présents afin de connaître le passé – les traces de pas, la déchéance de l’œuvre quelques jours après le moment de sa création indiquent plus ou moins le nombre de visiteurs, ou de participants au vernissage par exemple — crée également le vide, l’absence, le « ce qui n’est plus ».

Parcourir ce qui subsiste du moment, de la « Chose » disparue, est autant l’impression désagréable de l’avoir ratée, que la douce sensation de l’imaginer, de la rêver.

On pétrit ses fantasmes, et on reconquiert l’œuvre d’art.

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Galerie Jeune Création – 24 rue Berthe – 75 018 Paris
Exposition du 2 au 24 mars

A propos de l'auteur

Image de : Jeune professionnelle de l’art contemporain, Caroline Boudehen (aka Caromaligne) travaille depuis quelques années pour des structures culturelles et artistiques, tant dans la médiation culturelle que la diffusion et la promotion d'évènements artistiques. Après un an passé à Berlin, elle se spécialise dans le milieu des galeries d’art parisiennes (Fat Galerie, Galerie Nicolas Silin, Galerie Anton Weller – Isabelle Suret) puis dans la communication culturelle (En charge des relations presse à l’agence Communic’Art). Passionnée depuis toujours par la création contemporaine et sa critique, elle rédige également des articles pour différents webzines et tient le blog Caromaligne

3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 18 mars 2012
    Melissandre L. a écrit :

    Très bel article

  2. 2
    Caromaligne
    le Lundi 19 mars 2012
    caromaligne a écrit :

    Merci;)

  3. 3
    le Mercredi 21 mars 2012
    Sam a écrit :

    C’est beau (de voir, de lire) des articles comme celui-ci. Merci.

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