David Tétard

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David Tétard a toujours rêvé d'être un groupe de rock. Il ne l'est peut-être plus, mais son premier album solo est une véritable bouffée d'air frais. De la chanson française ? Oui, mais de la bonne pour une fois. Entretien avec celui qui a commis la folle imprudence de vouloir faire ce qu'il aime et de ne jamais rien lâcher.

Après trois albums avec ton groupe sous le nom de Tétard, tu sors un album en solo sous le nom de David Tétard. La différence reste assez subtile, non ?

Image de David Tétard - J'ai toujours rêvé d'être un groupe de rock Carrément… Ce n’est qu’un nom (un prénom) sur un album… En fait, il suffisait d’ouvrir les livrets des albums précédents pour y lire mon prénom. J’ai toujours été auteur-compositeur de mes chansons. Par contre, je ne peux nier certains faits, comme la disparition de mon groupe (plus de bassiste et plus de batteur), comme mon apparition sur la pochette et comme l’écriture de chansons autoportraits J’ose pas ou L’écume des jours… C’est du changement dans la continuité.

Y avait-il une vraie démarche de groupe par le passé qu’il n’y a plus aujourd’hui ?

Oui et non, comme je te le disais, j’étais toujours l’auteur des chansons, leur naissance se passait et se passe toujours dans ma chambre et dans mon infini besoin de solitude pour écrire… Pour le reste : la scène et l’enregistrement, j’ai toujours aimé collaborer. C’est juste que le cercle s’est restreint… Sur le précédent album, 15 personnes avaient participé, sur celui-ci nous n’étions plus que 5. Donc, oui, la démarche a changé. Un besoin de recentrer le projet sur moi et mes chansons, de ne pas trop les offrir aux autres avant de me les offrir à moi… De les restituer plus brutes et proches de ce qu’elles étaient en maquette, sans trop de bling-bling pour faire joli…

Paradoxalement, ton album s’appelle J’ai toujours voulu être un groupe de rock. Pourquoi ne pas l’avoir appelé J’aurais toujours voulu être un chanteur en solo ?

Parce que j’aime les paradoxes… A tel point que cela ne m’apparaît pas comme un paradoxe. Je n’ai jamais vraiment été un groupe et ma solitude artistique a des limites… Après c’est plutôt une petite blague, une phrase qui sonne et qui résonne en moi. Et comme les mots ont de l’importance (comme le dit Bertrand Betsch), le titre exact est « rêvé d’être un groupe de rock »… Et entre le rêve et la réalité se nichent souvent les artistes.

Sur ton blog tu écrivais il y a quelques mois « Pour moi le rock n’est pas un courant musical, c’est un état d’esprit, une attitude ». Ce premier album solo est-il finalement la chose la plus rock que tu aies faite jusqu’à présent ?

Non pas vraiment, dans le sens où la démarche n’a jamais changé. Mes albums sont tous plus ou moins auto-produits. Je me souviens que, pour le premier album, il fallait avoir des « bip »… Quand j’ai reçu les mille CD de 12 pures chansons à la maison, je me suis dis  : et maintenant ? Oui je sais Gilbert Bécaud… Tout ça pour dire qu’à l’époque, je ne savais pas où je mettais les pieds, j’étais un chien fou, alors qu’aujourd’hui j’ai un peu plus d’expérience, de connaissances, et surtout j’ai les deux pieds dedans. Je ne saurais vraiment pas quoi faire d’autre que d’écrire des chansons. Sinon j’ai pissé sur un commissariat, est-ce que c’est rock ça ?

Tu as l’air d’avoir beaucoup cherché avant de trouver un label pour cet album. Étais-tu trop exigeant ? Ne comprenaient-ils pas ta musique ? Avoir joué dans Ali Dragon (side-project de deux membres de Louise Attaque), et avoir fait de très jolies premières parties ne suffit-il pas à ouvrir quelques portes ?

Houla, quelle question épineuse ! Bien sûr que j’ai des portes ouvertes, mais il faut frapper aux bonnes… J’ai toujours accordé plus d’importance à l’artistique qu’au business. J’ai pris mes sous et mes amis, et je me suis offert cet album. C’est seulement la galette en main que j’ai essayé de voir des maisons de disques, qui ont toutes aimé l’album, mais ne pouvaient rien faire pour moi. Il suffit de regarder au dos du disque pour voir qu’il n’y a eu aucune subvention et que les partenaires sont inexistants. Il s’agit d’une licence avec le label MVS Records que j’avais contacté en vue d’une distribution. J’ai accepté, car malgré la crise du disque, et la crise tout court, les solutions pour sortir un disque aujourd’hui sont de plus en plus compliquées.

Parle nous un peu des gens qui t’entourent et qui ont participé à la création de cet album.

Les copains d’abord, oui je sais George Brassens… C’est tellement important les copains… Matthieu, Cécile, Éric, Toti et Julie

Matthieu c’est l’ami de longue date, il a été là depuis le début. Il dit lui-même qu’il est mon biographe officiel. Ce qui nous a réunis c’est l’amour de la musique, un petit concours de celui qui aura la plus grosse… discothèque bien sûr ! Il a été spectateur, accompagnateur, accordeur de guitare, invité-surprise pour un petit morceau de guitare sur de nombreux concerts, et pour finir guitariste sur les deux derniers albums. L’homme à tout faire, le fidèle copain, un super gars quoi. C’est pour lui que je joue toutes mes nouvelles chansons, après ma mère…

Cécile, je l’ai rencontrée il y a trois-quatre ans maintenant, j’étais à l’un de ses premiers concerts et j’’ai tout de suite aimé cette fille. Ça ne s’explique pas… Ayant toujours aimé les duos, j’ai tout de suite pensé à notre association artistique, d’autant plus qu’Anna, mon ancienne chanteuse, prenait le large avec les Poney ExpressCécile a accepté mon invitation à chanter à mes côtés, m’a inspiré énormément et a fait de ce disque, un disque frais et sincère… Nos duos, ses chœurs, son énergie ont été un vrai moteur… Merci CécileCécile Hercule a fait un bon bout de chemin depuis, elle a sorti son premier album et fait toute la tournée de Mickey [3D]… Je suis super heureux et un peu fier, je n’y peux rien…

Éric Digaire, le réalisateur, le mec sérieux qui travaille. Je l’ai rencontré sur un concert où je jouais en première partie des Matmatah… Il a vraiment été cool, jusqu’à monter sur scène avec nous, en surprise. Il m’a dit « Je t’aime », j’ai répondu « Moi aussi » et on a fait un disque en Bretagne… Je n’ai pas eu encore l’occasion de réaliser l’un de mes albums, cela viendra peut-être, mais je préfère confier cette tâche. J’ai besoin d’un regard neuf sur mes chansons, ce n’est pas bon d’avoir trop le nez dedans. Éric, avec le recul, fut parfait dans ce rôle. Je suis très content des couleurs qu’il a données à l’album.

Toti, ou Thierry Garacino, est le mixeur. C’est lui qui avait la lourde tâche de faire sonner tout ça. C’est bien beau d’aller faire les cons en Bretagne et de charger le Protools, mais après il faut balayer, astiquer et ça c’est aussi un sacré boulot que je ne comprends pas toujours. En tout cas comme il le dit : « ça sonne ! »…

Julie n’a pas vraiment participé à l’album, mais c’est ma petite fée…
C’est elle qui sur le banc de la fac, en cours de sociologie, m’a dit « Elles sont bien tes chansons »…
C’est elle qui m’a présenté Philippe Wampas qui a réalisé mes deux premiers disques…
C’est elle qui s’est toujours occupée de me faire de jolis sites Internet…
C’est elle qui joue du xylo…
C’est Julie.

Y a-t-il un fil conducteur entre les chansons de cet album ?

Oui et non. Ce n’est pas un album concept. Mais finalement, il raconte une histoire, la mienne… J’ai toujours été sincère dans mon écriture, je n’ai jamais dressé d’autre portrait que le mien. Il y a deux parties dans la vie dans cet album, la recherche d’un équilibre qui m’a échappé un moment et une histoire d’amour pas trop compliquée pour une fois. Les chansons comme J’ose pas ou On sait ce qu’on perd parlent de cette période où j’ai perdu l’équilibre… Je ne voyais plus vraiment la vie en rose et je ne comprenais pas pourquoi. J’avais le ventre plein et la chance de ne pas souffrir de liberté ou d’amour. Je voulais retrouver ce goût de la vie et de se lever le matin. Je ne voulais plus être ni trop haut, ni trop bas. J’y ai travaillé et j’ai pour l’instant cette stabilité et ce calme qui m’ont longtemps fait défaut. La réalisation de cet album y est pour beaucoup…

Les chansons comme Cécile ou Tu sais bien parlent évidemment d’amour. Je pense que le sujet est intarissable. De mon côté, j’ai toujours été super sensible aux chansons dites d’amour. Ça ne mange pas de pain, ça ne cherche pas à changer le monde et cela reste, je pense, intemporel et souvent sincère.

Si tu devais décrire Cécile Hercule et son univers en quelques mots ?

Encore elle ! Cécile… C’est le printemps, la femme-enfant, la fidélité et la fragilité…

Comment s’est faite votre rencontre ? Et l’envie de travailler ensemble ?

Très naturellement et dans l’environnement qui est le mien, la musique. Je l’ai vue en concert, j’ai adoré et je lui ai parlé de mon besoin de partager mes chansons avec une voix féminine sur scène, comme sur album. Nous avons fait toute la tournée précédente ensemble et c’est naturellement qu’elle a participé à l’album. Concernant l’album, elle a vraiment été à l’écoute et m’a donné de très bons conseils. Sa participation a été sans mesure. Nous avons même écrit un titre ensemble, L’amour passe

Cet album, ça fait de nombreux mois que tu le portes. N’y a-t-il pas le risque d’en faire une overdose à force d’y consacrer autant de temps ?

C’est clair que les mois sont longs quand l’album est fini et que pour des raisons commerciales tu attends sa sortie. Mais bon, je commence à être habitué, alors je m’y suis préparé comme j’ai pu. J’ai déjà beaucoup pensé à la scène, puisqu’il fallait passer d’une formule plutôt rock, basse, batterie et guitare, à une formule plus chanson, plus intimiste. J’ai réappris à jouer de la guitare pour assumer la scène à deux, ce n’est vraiment pas la même chose quand tes potes envoient le bousin. Aujourd’hui je suis avec Thècle, qui chante, joue du violoncelle, du ukulélé et tout un tas de trucs. Je joue plus sur notre complicité et l’émotion que sur l’énergie même si je finis toujours en sueur. J’ai aussi beaucoup écrit, pour moi et pour d’autres. J’espère voir un jour l’une de mes collaborations arriver jusqu’à vos oreilles… J’ai fait aussi un peu de street art…

Justement, parle-nous un peu de ces pochoirs qui fleurissent sur les murs de Paris, et qui étrangement portent le nom de ton album ?

Je nie toute responsabilité dans cette affaire. J’ai lu ici ou là qu’il s’agissait d’une campagne de marketing. Moi je n’y ai vu qu’un cri. Il aurait été plus malin de le faire aujourd’hui qu’il y a un an. À l’époque l’album n’existait que pour moi. Je n’avais ni maison de disque, ni date de sortie. Je n’avais qu’une envie… Enfin bon, comme tu le dis, tout ceci est étrange…

Ne devient-on pas de plus en plus amer et désenchanté au fil des années passées, à tenter de se faire un nom ?

Sûrement… Mais c’est un choix, mon choix, ma liberté… J’aime ça… Comme on fait son lit, on s’mouche… Même si cela me fait mal parfois. Je ne peux m’empêcher de penser que comme Jean-Jacques Goldmann « J’irai au bout de mes rêves »… Et puis tu sais en vieillissant, d’autres choses prennent le relais, un fils par exemple… J’espère rester positif, j’ai l’impression que cet album est un album à écouter la fenêtre ouverte à bord de sa Ford Mustang imaginaire…

Qu’est-ce qui te ferait renoncer à la musique ?

Mon fils, mais il ne parle même pas… Puisqu’il est au chaud dans le ventre de sa maman, qui elle m’encourage à tour de bras…

Si tu le pouvais, quels conseils donnerais-tu au David Tétard d’il y a dix ans ?

Accroche-toi, profite et arrête de boire… Sans déconner, je ne referais rien autrement…

Comment as-tu fait la sélection des disques présents sur le clip de L’Imprudence ?

Un peu n’importe comment à l’image de ce que j’écoute… N’importe quoi pourvu que ça me touche… J’ai quand même fait attention à ne pas oublier tous les styles musicaux que j’aime, folk, rock, reggae, hip-hop, etc.

On y voit des artistes anglophones uniquement. Le français est-il incompatible avec le rock ?

Pas vrai, il y en a plein des Français dans le clip, Moi, Ludo Pin, les Wampas, Miossec, Louise Attaque, Déportivo, Brel, Brassens, Gainsbourg, etc.

On sent chez toi une jubilation toute particulière lorsque tu es sur une scène. Vas-tu partir en tournée pour défendre l’album ?

Oh que oui, j’espère… Le plus est le mieux…

Écrire pour d’autres ? Ou écrire des romans ou des scénarios un peu à la manière d’un Jérôme Attal ?

Écrire des chansons pour d’autres oui, je l’ai déjà fait et j’aime vraiment ça… Pour le reste, j’ai consacré tellement de temps à faire ce que je crois que je sais faire, que je n’ai pas la prétention d’avoir l’art du roman…

Es-tu heureux, right now ?

Affirmatif…

Crédits photo : Maya

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David Tétard, J’ai toujours rêvé d’être un groupe de rock

Sorti depuis le 19 mai 2010.

Site officiel : http://www.jaitoujoursrevedetreungroupederock.fr/
MySpace :
http://www.myspace.com/davidtetard

A propos de l'auteur

Image de : Fondateur de Discordance.

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