Dan le Sac VS Scroobius Pip @ Lille

par |
Depuis 2007 le festival des Paradis Artificiels se déroule chaque mois d'avril et propose des concerts dans l'ensemble des salles de la métropole lilloise, avec une programmation des plus éclectiques, rassemblant grosses têtes d'affiche et concerts de plus petite taille. Ainsi alors que le Zénith de Lille accueillait Archive, Wax Tailor et Alice Russell, Dan le Sac et son acolyte Scroobius Pip investissait la modeste salle de la Maison Folie Moulins.

Autant dire qu’en dépit de la qualité de ses deux albums (en particulier du premier), le duo electro/hip-hop aura eu bien du mal à attirer un public aussi nombreux que celui qu’ils rencontrent au Royaume-Uni, où ils parviennent à remplir la quasi-intégralité des salles de leur tournée. Nos deux acolytes ne bénéficient pas non plus de la même popularité dans l’hexagone que chez nos voisins d’outre-Manche, malgré le tube incontestable qu’est Thou Shalt Always Kill.

Ancien bâtiment rénové en 2004 (comme l’ensemble des « Maisons Folie » lilloises), la particularité de cette petite salle de concert est de ne pas avoir de coulisses : du coup, le public doit attendre dans la cour du lieu pendant que le matériel des artistes est installé.

À 20h30, les portes sont finalement ouvertes et la première partie, Mr. Day fait assez vite son entrée sur scène (à partir de la fosse, donc). Composé d’un guitariste / chanteur, d’un bassiste, d’un batteur, et, un peu plus original, d’un claviériste sur un synthé vintage et un orgue Hammond, le quatuor français donne plutôt dans la pop, tendance rétro 60′s, avec une légère touche psychédélique. En dépit des « Hey ! » enjoués du guitariste / chanteur entre les morceaux, le début du set se révèle assez poussif. Mr Day réussira tout de même à tirer son épingle du jeu et à proposer un concert qui sans être transcendant, reste sympathique. Les références sont claires, et ouvertement affichées sur leur MySpace, mais leurs compositions vont parvenir malgré tout à séduire la quarantaine de personnes présentes. Pour le rappel, ne pouvant quitter la scène, ils seront obligés de demander à l’assistance son autorisation de continuer à jouer, avant de prolonger leur show de quelques minutes.

La salle est entièrement vidée et la scène réaménagée à l’aide de cadres annonçant le groupe et, à l’avant, d’une table surmontée d’un MacBook accompagné de synthé, de pads, de micros et… d’un fauteuil ! Dan Le Sac (aux instruments électroniques) est vêtu d’un t-shirt « Pas de justice, pas de paix » aux couleurs du drapeau français et Scroobius Pip (le MC / poète spoken word ) arbore fièrement sa célèbre barbe. Ils attaquent d’emblée avec le premier titre de leur premier album, The Beat That My Heart Skipped, alors que le public, bien plus nombreux que pour la première se constitue progressivement. On retrouve tous les éléments qui font le charme du duo : les beats efficaces, mais de qualité, de Dan Le Sac couplés au flow ravageur de Scroobius Pip qui ne tient pas en place. Il ne cesse de se mouvoir d’un côté à l’autre de la (petite) scène, de monter sur les retours pour haranguer l’assistance et de tendre son micro aux premiers rangs.

Le concert va ensuite prendre le chemin du nouveau disque du combo, The Logic Of Chance, une large partie de la setlist lui étant consacrée. Les instrumentations se font plus ouvertement électroniques qu’hip-hop, l’ambiance assez froide des débuts va rapidement augmenter, ce qui ne sera pas pour déplaire au duo, qui ne cessera de nous qualifier d’ »amazing », en se fendant au passage d’une pique sur le public parisien (que l’on retrouvera de façon moins explicite sur leur page Facebook…). Il faut dire que le groupe ne ménage pas ses efforts : en plus de ses titres, déjà très bons au demeurant, et du jeu de scène très agité de Scroobius Pip, ils réussissent à établir un contact très direct avec le public, que ce soit en parlant entre les morceaux, en plaisantant ou en offrant carrément à plusieurs reprises de la bière et du vin aux premiers rangs !

Le groupe déroule une setlist très axée sur l’efficacité (Get Better, Great Britain, Sick Tonight, …), leur interprétation live surpassant même largement leurs versions albums, ce qui résulte sur un concert sans vrai temps mort. Bien sûr, on aurait pu espérer entendre quelques-uns de leurs titres moins pop, comme l’excellent Angles, ou Five Minutes, mais la cohérence et l’énergie du show en auraient probablement été affectées. Impossible bien sûr de résister lorsque retentit Fixed, pastiche du Fix Up Look Sharp de Dizzee Rascal (qui le critique implicitement), et surtout lorsque le groupe démarre l’inévitable et inénarrable (eh oui) Thou Shalt Always Kill vers la fin : un beat qui se cale dans votre crâne pour n’en plus sortir, un flow fabuleux et des paroles qui vont titiller LCD Soundsystem sur son propre terrain (une rapide recherche Google vous en donnera la preuve). Le « Just a band » répété durant le break/namedropping (qui renvoie furieusement à un certain Losing My Edge…) est repris par le public, et le show touche réellement à son sommet.

Quelques titres plus tard, le groupe devra user des mêmes artifices que Mr. Day pour introduire le rappel, pour nous proposer un final à l’image du reste du concert. Scroobius Pip finit par quitter la scène en premier, laissant Dan Le Sac se charger de nous achever avec une improvisation (?) lorgnant vers la techno acide pendant quelques minutes, avant de s’enfuir à son tour.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : C'est après avoir découvert Sonic Youth à 14 ans que je suis devenu passionné inconditionnel de musique. Après avoir découvert pendant 2 ans la scène rock indé, je découvre Autechre et Boards Of Canada et me rend compte que l'electro, c'est chouette également. Aujourd'hui, vous trouverez de tout dans mes écoutes et coups de coeur, de l'electro expérimentale à la noise, en passant par le hip hop, l'ambient, le glitch hop, etc, et en gros toutes les micro-étiquettes (skweee, hauntology, etc) que l'on peut rattacher de près ou de loin au genre "musique". J'écume les salles de concert de la région lilloise, et suis moi-même joueur de piano et de synthé.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article