Daddy Yankee au Zénith – el mejor de todos los tiempos

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L’annonce avait créé l’évènement : « Le boss du reggaeton sera en concert à Paris le 3 octobre prochain ». Comme un éclair traversant le ciel paisible du mois de juillet. Celui que tous les fans du genre attendaient et désespéraient de ne jamais voir se produire en France. L’ambassadeur d’un courant qui secoue toute l’Amérique latine fait se lever les foules et se déhancher tous les âges. Le seul. L’unique. Daddy Yankee.

« El mejor de todos los tiempos » . Le surnom pourrait sembler présomptueux, une petite touche non négligeable de narcissisme bien placé, mais sa justesse est cependant loin d’être usurpée. Petit gabarit, il compense la modestie de la nature par la virtuosité du surdoué qui change en tube chaque titre qu’il touche, de près ou de loin. Derrière ce visage enfantin, à la coiffure sage, se cache un véritable phénomène musical et un businessman méticuleux qui contrôle parfaitement son image. Une carrière çà se construit, et Daddy Yankee a ciselé la sienne avec le talent de l’orfèvre. Depuis sa découverte en 2005 avec le succès mondial Gasolina, il est devenu l’artiste latino urbain le plus important de ces dernières années, avec plus de 8 millions d’albums vendus, plusieurs titres en tête du célèbre classement Billboard et de nombreux Grammys Awards à son actif. Chacun de ses concerts déchaine les passions, les Parisiens étaient prévenus, mieux valait prendre sa place à l’avance pour être sûr d’être de la partie.

Comme beaucoup s’y attendait, le concert s’est joué à guichets fermés et l’envie de ceux s’y étant pris trop tard n’avait d’égal que l’excitation croissante des bienheureux possesseurs du précieux sésame. Le compte à rebours était lancé, à 20 h, ce dimanche 3 octobre 2010, DY avait rendez-vous avec la France et il ne lui a pas fait l’affront, qu’a subi la presse le lendemain, de ne pas honorer sa promesse. Le public aurait fait un malheur… Électrique l’ambiance à l’entrée du Zénith, soulevé par une immense vague latine. Armés des drapeaux de l’ensemble du continent, les spectateurs représentaient fièrement les couleurs nationales, unifiées par l’immense fierté de se reconnaître dans cette musique, miroir d’eux-mêmes. Comme un hymne que chacun reprendrait en cœur. En observant cette foule multicolore et en écoutant les diverses variations d’accents, une seule certitude était possible : il y a bien une communauté latino ici, forte, non pas tant par sa taille, mais plutôt par son dynamisme.

Les organisateurs de la soirée, Michel Neveu et son équipe du Barrio 68, références incontournables du milieu, la connaissent bien et savent comment la faire monter en intensité. Le suspense de la rencontre avec le « Big Boss » a, ainsi, été ménagé par une (très) longue première partie, présentée par l’animateur vedette de Latina, Roberto Burgos, très à l’aise en chauffeur de salle, et prise en charge par les mix de DJs connus du monde latino, DJ Jimenez et DJ El Dany, puis par le show des résidents de la discothèque la Lokomia, DJ Goldfingers et MC Wlad. Pendant près de 45 minutes, les tubes reggaeton et house du moment ont dynamisé l’ambiance, mais surtout réussi à exacerber la frénésie de l’attente de la vraie star du jour. Conformément à une mauvaise habitude, DY s’est fait désirer et a attendu que l’impatience soit comble pour apparaître enfin.

Noir dans la salle, seulement troublé par les lumières des téléphones et appareils photo tendus pour ne pas rater l’entrée de l’artiste. La mélodie de Descontrol, deuxième single de son dernier album Mundial, envahit les milliers d’oreilles à l’affut et son triangle, fameuse marque de fabrique, se projette sur l’écran du fond de scène. D’un « come on » vigoureux, DY lance un show bien réglé, mené tambour battant pendant près d’une heure et demie, accompagné d’un DJ, d’un choriste et d’une troupe mixte de six danseurs.

Image de Daddy Yankee - Gasolina En mettre plein la vue, voilà le mot d’ordre du Boss, les spectateurs ne doivent pas avoir une seule minute de répit, leur souffle, ils le reprendront à la sortie. Une fois la machine lancée, elle enchaine les succès qui ont marqué l’ensemble de son parcours et que tout le monde connaît pour les avoir entendus dans toutes les soirées latinos dignes de ce nom. De l’incontournable Gasolina, à Lo Que Paso, en passant par Ella Me Levanto ou Llamado de Emergencia, DY est en terrain conquis et la foule en terrain connu, il y a peu de chance que l’ambiance ne retombe. On regrettera qu’il n’ait chanté que quatre titres de Mundial, dont El ritmo No Perdona et La Despedida, les seuls médiatisés (avec Descontrol), car l’album regorge de petits bijoux comme Rumba y Candela ou encore El Mas Duro, qui auraient très certainement renversé une scène chauffée à blanc. Une prochaine fois peut-être ? En faisant le choix d’un répertoire plus traditionnel, DY ne cherche pas uniquement la facilité, mais la véritable rencontre avec son public et quoi de mieux qu’un titre qui plait à tout le monde pour y parvenir ?

Initiateur du phénomène, DY est représentatif des différents courants qui innervent le genre reggaeton et tous peuvent se retrouver dans ses chansons, des plus romantiques comme Qué Tengo Que Hacer ?, aux plus urbaines comme Somos de Calle qui hystérise littéralement la foule par les valeurs communautaires qu’elle véhicule. DY vient de la rue, du barrio, comme beaucoup de Latinos présents ce soir-là et c’est dans l’exil que cette réalité apparaît avec encore plus d’acuité. Son public le suit depuis longtemps, et çà, le Boss en a pleinement conscience. Chacun de ses concerts est l’occasion de rejouer les titres qui ont marqué ses débuts et le celui de Paris ne fait pas exception : le plaisir est toujours aussi grand lorsque résonnent les accords de Tu Principe, No Me Dejes Solo, deux vrais classiques, ou Noche de Entierro et Hasta Abajo, deux vieilles collaborations avec d’autres pointures du reggaeton, Wisin y Yandel, Zion, Hector el Father et aussi Don Omar.

Tout s’enchaine à une vitesse folle, difficile de trouver dans la discographie bien fournie de DY des chansons qui laissent indifférents, et les corps se déchainent toujours plus au son de Rompe ou Machucando, exemples les plus marquants de la fibre profondément urbaine de sa musique. Il n’a pas oublié ce qu’il a appris dans sa jeunesse et nous démontre que, même s’il est aujourd’hui une référence commerciale indéniable, rompue aux codes de production des hits, il manie avec toujours autant de dextérité le rap comme outil de langage et arme pour se sortir des situations les plus délicates. Chanteur, showman, c’est certain, mais notre artiste est loin de briller par ses qualités de danseur, et il le sait. Pour cette raison, il s’est entouré d’une très bonne équipe, qui s’exprime aussi bien collectivement qu’individuellement, et joue de cette faiblesse quand, appelé à se fendre d’une performance, il renverse la tendance à son avantage en signifiant que son « job » est ailleurs.

Il le remplit jusqu’au bout, même si l’on peut lui reprocher d’avoir réduit son tour de chant à un strict minimum, un seul rappel, cela n’est définitivement pas assez. Malgré la déception de le voir s’éclipser si vite, le public ressort néanmoins de la salle bouleversé par l’expérience qu’il vient de vivre et la communion à laquelle il a participé. Par les jeux de lumière crus, les contrastes, le bruit retentissant des sirènes ponctuant chaque titre, DY a régalé son public d’un spectacle grandiose, un brin mégalo, mais professionnel jusqu’au bout du micro. Il n’a pas hésité à remercier tous ceux présents au Zénith, aussi bien Latinos que Français, et à modifier ses paroles pour les adapter au moment présent. Il a bien évidemment ses petites recettes, qu’il réutilise systématiquement, comme le « photo flash » où il demande à chacun de prendre une photo pour l’envoyer sur son site Internet, mais même en l’ayant déjà vu sur scène auparavant, l’émotion est encore renouvelée. Il n’est peut-être pas le meilleur de tous les temps, mais dans son domaine, il performe et, sans lui, le reggaeton ne serait pas le même. Paris lui a montré qu’il pouvait s’y produire sans crainte et la capitale n’aspire qu’à devenir un haut lieu de la culture latino. Un autre grand, Don Omar, y est d’ailleurs annoncé pour le mois de décembre, mais çà, c’est une autre histoire…

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Site officiel de Daddy Yankee : http://www.daddyyankee.com/
Site du Barrio 68 : http://www.barrio68.com/

A propos de l'auteur

Image de : Après avoir mastérisé dans la section Médias du CELSA, c'est exilée temporairement, pour des raisons romanesques (mais pour encore quelques mois) dans la Patagonie argentine, que je comble les lacunes de ma piètre éducation politique en me plongeant dans l’œuvre des grands penseurs latino-américains, tels que José Marti et le Che Guevara, et que j'affine mon esprit critique au contact d'une société reléguée au dernier plan de notre fameux ordre mondial. Passionnée de culture latine et de radio, je combine les deux en présentant sur une fréquence communautaire locale une émission de débat et de musique dédiée à l'Amérique du Sud. Même de si loin, je garde les yeux sur ce qui s'écoute en France et, grâce à Discordance, je peux contribuer modestement à montrer que la musique en espagnol vaut mieux que son image de machine à produire des tubes de l'été.

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 10 octobre 2010
    jeux a écrit :

    Concert raté pour moi ! j’espère qu’il y aura un blu ray sur cette tournée

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