Crystal Castles – (III)

par |
Le mois dernier, le duo torontois formé par Ethan Khan et Alice Glass, connu sous le nom de Crystal Castles, est revenu avec un troisième album encore une fois sans véritable nom, mais heureusement communément baptisé (III) pour éviter toute confusion.

Du moins, juste pour le titre. Puisqu’après 2 premiers albums explosifs, assez imprévisibles et tout de même assez différents l’un de l’autre, on savait déjà dès le teasing à base de chansons lâchées sur leur soundcloud/facebook, qu’il allait en être de même avec ce (III). Crystal Castles emprunte cette fois un chemin plus glauque et plus urbain pour boucler leur triptyque où plane l’aura de la Witch House, style musical apparu en 2009 qui comme son nom l’indique est une house s’inspirant de l’occulte et de toutes les sonorités que cela pourrait nous suggérer.

Toutefois, avant d’explorer cet album, on ne peut rester insensible à la pochette qui, après la fillette assez flippante devant une tombe, dépeint cette fois-ci une sorcière des temps modernes femme en burka prenant son fils blessé contre elle.
Cette femme, c’est surtout une façon subtile d’amener la réalité vécue dans plusieurs dictatures arabes, ébranlées par la fureur de la rue. Ici, on se contentera d’une vision du monde actuel étirée entre foi, désespoir et cruauté.

Attardons nous maintenant sur l’album en lui même, l’ouverture est assurée par Plague, premier morceau révélé. Parfaite introduction en live, il en est de même avec l’album qui donne le ton d’emblée. Les sons percent l’obscurité avant de tomber en enfer. La voix distante d’Alice se fait presque rassurante et on se laisse happer.

Vient ensuite Kerosene. Vrai morceau d’electropop avec un petit côté Depeche Mode, il souffle à la fois la menace et l’amour, un peu comme quand maman nous dit que tout va bien alors que non.  « I’ll protect you from all the things I’ve seen/je vais te protéger de toutes les choses que j’ai pu voir. » nous répète Alice.

Wrath of God, 2ème morceau révélé, provoque ce même genre de double sentiment entre sérénité et agression. Quand ce ne sont pas les échos de gémissements nous envoyant sans cesse « They’ll strip you of your heritage/ils vont vous dépouiller de votre héritage » et les synthés épico-noisy qui se font entendre, on a droit à des moments calmes avec des petites notes presque enfantine. Des titres de chansons qui ne respirent pas la joie, mais ne nous laissons pas avoir avec Affection, qui parle de maladie et d’héritage (encore), aux sonorités chaudes, très RnB. Peut être que Ethan se prend pour Timbaland, mais ce n’est que pour mieux nous tromper.

Sur Pale Flesh, on pousse la reverb à fond au point de croire qu’Alice est probablement enfermée quelque part, on pense d’ailleurs beaucoup à du t.A.T.u. qui rencontre The Knife qui s’essaye à la Witch House… Et quitte à faire revenir de vieux trucs, pourquoi ne pas plonger dedans avec Sad Eyes où CC fait de l’Eurodance… C’est assez immonde, mais difficile de savoir si c’est juste à cause du côté eurodance ou si c’est l’impression d’entendre du Modern Talking. C’est assez indescriptible comme sensation. Une fois passé l’enrobage sonore, on se rend pourtant compte que cette chanson a un thème fort, proche de cette ambivalence que nous renvoie la pochette de l’album. Des Sad Eyes pouvant être le regard de la société occidentale vis-à-vis de cette Burka  perçue comme un symbole de régression et d’oppression, tandis que la femme qui la porte y voit un signe de modestie et de pureté. Finalement c’est un peu tout l’album qui possède cette double lecture.

Insulin, c’est la chanson noise par excellence, gros « mind fuck » ou viol auditif, comme vous voulez, dans la lignée des Xxzcuzx Me et Doe Deer présent sur leurs précédents albums. On est finalement en terrain connu tout en restant dans le ton de ce (III) avec un petit côté film d’horreur. Transgender, c’est Year of Silence, extrait du précédent album, rencontre la Witch House. Peut être un des morceaux les plus proches de la Witch House hybridée avec la pop que l’on retrouve notamment chez White Ring.

Violent Youth ou Crystal Castles s’essaye à la musique club. C’est très dansant, même franchement planant et assez semblable à certaines des chansons de leur 1er album, le chant reprenant son côté incompréhensible. Et puis vient la fin du morceau… la perfection. La musique se fait plus posée pour laisser place à une voix très douce, un peu comme si on s’allongeait complètement bourré à 5 h du mat’ dans une boîte après avoir vomi. On se sent bizarrement bien (mieux), les lumières bougent de partout, on reste béat et on se fout du reste même de la personne qui nous gueule dessus pour se relever.

Avec Telepath, on se relève et on redanse jusqu’au bout de la nuit tellement c’est bon. Par contre Mercenary, elle, peut paraître plutôt banale après tant de surprises … on ne retiendra que la fin de la chanson à la Salem

La note finale vient avec Child, I will hurt you, qui nous prend de court… CC fait de l’electropop, toute belle, onirique, c’est très pervers de la part de Crystal Castles de finir sur ça surtout après tout ça. Bref, ce 3ème opus reste surprenant de bout en bout. Le groupe se permet tout et y arrive plutôt bien en expérimentant une bonne flopée de genres et de styles musicaux, avec toujours cette petite couche de noirceur sonore.

Définitivement l’un des meilleurs albums de cette année.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Passionné de musiques électroniques et synthétiques, il est toujours en quête perpétuelle de sons et de vagues de boucles synthétiques qui l'accompagnera de longues heures. Grand rêveur originaire des Bouches du Rhône (13) voguant à présent dans les îles de France, il cherche à partager ses coups de coeur par tous les moyens possibles.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article