Crystal Castles au Nouveau Casino

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Entre dérives mentales et perfectionnisme obscur, l’énigmatique duo canadien Crystal Castles ne laisse jamais indifférent.

Image de Crystal Castles au Nouveau Casino Formé comme projet en 2003 par Ethan Kath, c’est lors de tests micro que l’actuelle chanteuse du groupe, Alice Glass, pose accidentellement sa voix sur quelques pistes. Le morceau Alice Practice se retrouve alors mis en ligne sur MySpace, profitant ainsi du buzz médiatique qui entoure le site, l’inévitable ascension du groupe leur permet de sortir un premier EP, Alice Practice, courant 2006. Ils décident par la suite de se lancer dans la réalisation d’un premier opus sur le label Last Gang Records. Crystal Castles, album éponyme, sort en 2008 et compte parmi ses seize pistes, des morceaux détonants tels que Air War, Vanished ou Crimewave.

Leur musique à signature 8-bits oscille savamment entre électro, noise pop et expérimentale. Résultante directe de l’esprit créatif d’Ethan Kath, leur style musical est facilement identifiable tant il est inspiré des anciennes consoles de jeu Atari. Utilisant les techniques de l’échantillonnage, tout comme leurs extravagants prédécesseurs de The Art Of Noise, la dimension torturée de leurs compositions agit de manière intuitive et instinctive sur nos fonctions primaires cérébrales.

Suivis de près par les critiques avides de Pitchfork et NME, leur popularité n’a d’égal que les incessantes accusations de plagiats. Passant outre, la virtuosité de Crystal Castles ne réside pas uniquement dans la cinglante efficacité de leurs morceaux. Leurs prestations scéniques, toujours excentriques et insolites, sont irrémédiablement délivrées dans une transe des plus insondable. Partageant souvent l’affiche avec des artistes de talents tels que Nine Inch Nails, Metric ou encore The Teenagers, la conjoncture semble idéale puisqu’ils sont actuellement de passage à Paris, date intermittente de leur tournée internationale. La scène du Nouveau Casino, sold-out depuis quelques semaines déjà, accueille ce soir-là les prodiges de l’électro trash.

Concert « tendance » oblige, la présence d’une première partie encensée par les mêmes critiques anglo-saxonnes semblait évidente. En pleine expansion, Team Ghost ouvre la soirée et c’est avec étonnement que le public découvre un son bel et bien français, tout droit inspiré du mouvement post french-touch. Après deux albums coécrits avec Anthony Gonzalez sous le nom de M83, Nicolas Fromageau décide de s’allier à Christophe Guérin et de sortir début 2010 un premier EP, You Never Did Anything Wrong, sur le label anglais Sonic Cathedral. Malgré un concert sans fioritures, les attentes sont trop divergentes et importantes pour satisfaire une assemblée lassée dès les premiers morceaux.

Après un interlude des plus longs, l’ennui mêlé à l’excitation exacerbée des fans arrive enfin à son terme. Cachés dans la pénombre du Nouveau Casino, les membres de Crystal Castles prennent place sur scène. Ethan Kath introduit alors subtilement les samples d’un morceau encore inconnu. Exclusivité live oblige, une partie de leur nouvel album nous est ainsi implicitement délivrée et les beats incessants de Fainting Spells agissent alors comme un sortilège dérangeant et dérangé. Baptism, hymne techno magistral , provoque le premier soubresaut du concert. La foule déchainée accueille ainsi en son sein une Alice impériale, proche de l’hystérie. La contagion est immédiate, et dans un mouvement convulsif et passionnel, Ethan rassemble le public sous les sons addictifs et lyriques de Courtship Dating, suivi par l’un des titres explosifs de leur nouvel opus, Empathy, invitation onirique à l’exaltation des sens. Il semblerait que les mélodies vaporeuses et entêtantes de cette chanson enivrent langoureusement notre esprit.

Telle une déclaration de guerre ouverte, les premiers beats ravagés de l’emblématique Air War investissent la salle. La fosse se retrouve instantanément disloquée par une énergie transcendantale. Dans un élan d’ivresse musicale, Alice se lance au milieu de son public, déjà compressé à son quasi point de rupture. Entonnant ses cris acérés, elle compose avec exaltation et fanatisme dans un mouvement démentiel et apocalyptique. Alice Practice, souvenir inaugural et Crimewave, témoignage permissif et trendy, rappellent avec ferveur les prémices du groupe. S’en suit le virulent et électrique Intimate qui clôture la première partie d’un set dont la démesure fut à la hauteur des espérances.

Dépossédée de toute âme ou conscience, la foule réclame sa dose additionnelle, encore et toujours le besoin se fait ressentir comme crucial et élémentaire. De nouveau précipitée dans une longue attente fiévreuse, la foule, galvanisée, inonde la salle sous les cris de rappel. Placé sous le signe de l’efficacité et la simplicité, chaque seconde de cet Encore tant désiré est pleinement savouré, mais le manque est désormais incoercible. Les dernières notes de Black Panther et du fascinant Yes/No s’effectuent dans l’adulation la plus totale. La présence dans la salle du talentueux couturier Jean Charles De Castelbajac n’entache en rien le moment passé. Le constat reste cependant affligeant : le combo semble devenu la nouvelle coqueluche des défilés automne-hiver 2010. À des années lumières de ce tapage médiatique, le groupe s’éclipse discrètement, mais leur présence incarne profondément chaque esprit présent.

Le génie créatif d’Ethan et Alice s’épanouit dans la permanence de leur introspection et c’est dans ce repli semi-autistique qu’émergent les compositions lancinantes et abyssales du groupe. Voyage initiatique ou doses récurrentes, les prestations extravagantes de ce duo incontrôlable ont un pouvoir libérateur dont l’évasion psychique semble être le premier effet paradoxal. Sans besoin de prescription préalable, Crystal Castles s’injecte sans consentement par intraveineuse et procure cet électrochoc nécessaire a toute expansion personnelle.

Crédits photo : Melchior Ferradou

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

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