Crash au Berlin Festival

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Un festival indé à Berlin dans un aéroport désaffecté les 10 et 11 septembre : l’idée de danser sur les pistes abandonnées de Tempelhof nous avaient séduits. C’était sans compter sur quelques turbulences…

Décollage…

Tout commence très bien en cette journée ensoleillée de septembre, alors qu’on pénétre dans le hall principal de l’aéroport au charme désuet. Le dépose-bagages est transformé en stand de pose des bracelets pour les festivaliers, les anciens salons d’attente accueillent le Pop Komm, un congrès de professionnels de la musique ouvert au public qui y grapillent objets promotionnels (les colliers-k7 de tape.tv font fureur) et éventuellement des infos des bureaux exports du Danemark ou de Suède. Les groupes sont affichés sur le panneau des départs et nous voilà prêts à embarquer en vol plané.

Le programme, très gourmand, nous promet des concerts de 14h à 6h du matin, se succédant sur trois scènes, la scène principale en extérieur et deux hangars à l’opposé l’un de l’autre ainsi que sur des mini-scènes, Mobile Disko et Club Berlin Floor : de quoi se déhancher jusqu’à plus soif. De quoi aussi faire patienter jusqu’à 3h45, heure de passage prévue de l’une des têtes d’affiche, Fatboy Slim, qui selon le programme ne passe pas sur la scène principale et devra se contenter d’un des halls.

L’après-midi se termine en douceur sur les morceaux instrumentaux d’Amiina, groupe islandais déjà parti en tournée avec Sigur Ros, et leur mélodies délicates à base de scie musicale ou de piano. Les spectateurs profitent du spectacle, assis devant la scène, et observent leur nouvel environnement, l’ancienne tour de contrôle et les quelques avions-reliques restés sur place. Le duo Blood Red Shoes revient remettre les pendules du rock à l’heure, on s’éclipse alors pour Le Corps Mince de Françoise, sympathique groupe de finlandaises à l’électro-pop bien pêchue. Premier bémol, quelques problèmes de son entraînent un faux démarrage, mais le set est efficace et on se sent comme elles, Cool And Bored mais heureux de l’être. Dommage que pour la dernière chanson, le son soit tout simplement coupé : et oui mes demoiselles, vous avez dépassé le temps autorisé, on remballe. Un peu rude…

On se console dans les bras d’Adam Green, qui plonge dans la foule à peine le premier quart d’heure de concert passé, et assure le show avec fougue. Très en forme, LCD Soundsystem remporte tous les suffrages : dur de résister à l’introduction addictive d’Us Vs Them, le classique Daft Punk Is Playing At My House, les promesses d’I Can Change, les regrets d’All My Friends. On veut crier « yeah, yeah, yeah, yeahyeahyeahyeahyeah » avec James Murphy jusqu’à la fin des temps. Avant de se faufiler dans un hangar ultra-blindé pour Fever Ray, on profite d’une pop anglaise comme on n’en écoute plus avec Editors, qui inaugure le concert d’un peu de pyrotechnie. On retrouve avec nostalgie Blood et Munich, tubes pluvieux, mais on a du mal à décoller sur les nouveaux titres (Papillion).

…cafouillage

Les concerts de la grande scène finissent à 23h30 afin de limiter les nuisances sonores mais continuent dans les hangars 4 et 5. Les équipes de sécurité se retrouvent débordées par l’afflux de festivaliers aux deux hangars, notamment le hangar 4 où doivent jouer Atari Teenage Riot, 2 Many DJs et Fatboy Slim : on ne peut pourtant pas leur reprocher de vouloir continuer la soirée. « En accord avec la police » comme le stipule un communiqué diffusé le lendemain (encore faut-il tomber dessus, les festivaliers ne seront pas prévenus à l’entrée), l’organisation du festival décide de suspendre purement et simplement les concerts, laissant tomber les concerts de 2 Many DJs et Fatboy Slim… groupes grâce auxquels de nombreux billets ont dû se vendre. La soirée du samedi s’en trouve également chamboulée, les concerts se termineront finalement à 23h, et c’est tant pis pour la scène concoctée par Boys Noize. Sea Bear, The Wedding Present, Gang Of Four et de nombreux groupes sont reprogrammés en début d’après-midi : dommage, on était arrivé comme une fleur à 17h30. On se consolera de ces énormes problèmes d’organisation devant le bon show de Soulwax, les jeunots Morning Benders qui se retrouvent à enchaîner balances et concert et on termine la soirée, un peu amers, sur les beats d’Hot Chip. Quand on sait que ce seront les derniers du festival, on essaye d’apprécier.

Malgré des communiqués visibles sur le site qui aimeraient nous convaincre de la bonne volonté du festival, on reste perplexes devant de telles lacunes dans l’organisation d’un évènement dont c’était la cinquième édition et qui montre un respect tout relatif pour les conditions de concert des artistes et l’information du public.

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En savoir +

Le site du festival : http://www.berlinfestival.de

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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