Converge au Trabendo

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Un coup de hache sauvage et sournoisement amené derrière la nuque avec une rude fureur viking assoiffée de sang et de tripailles fraîches : voici comment l'on pouvait plus ou moins résumer la teneur de cette affiche proposée par le Trabendo, ce soir, en terme de brutalité et de cheveux gras. Quatre groupes, line-up fourni, et pas de la plus pouilleuse des façons : Converge, Kylesa, Gaza et Kvelertak. Transpirations, headbang soutenu et riffs punitifs au programme.

Mais les dieux du métal n’ont pas été réellement indulgents envers ma petite personne, Kvelertak passera donc à la trappe et j’entre dans le Trabendo à la quasi-moitié du set de Gaza, quatuor de Salt Lake City ; groupe auteur d’un premier album assez impressionnant répondant au doux et poétique nom d’I Don’t Care Where I Go When I Die. Première tournée européenne pour eux afin de présenter leur second long format, He Is Never Coming Back, malheureusement un poil en dessous par rapport au premier niveau chaos intégral et cris de hyène sodomite enragée. Pas grave, c’est de toute façon un plaisir de constater que ces types existent réellement et sont de véritables êtres humains faits de chairs et d’os malgré l’absolue violence de leur musique. Seul Jon, l’homme torse nu tatoué au micro, triche légèrement en allant tutoyer les 2m10, ce qui confère à ses aboiements de damné une allure sérieusement angoissante et imposante, surtout lorsque celui-ci se jette dans la fosse avec la conviction et la fermeté d’un bison aveugle et enragé. Derrière lui, formation classique, basse/batterie/guitare, ça joue sévère, carré, propre, net et sans bavures. L’énorme Hospital Fat Bags et son break de guitare hors du temps est joué, suivis par quelques morceaux du tout nouvel album. Le tout reste impactant en diable, crade et menaçant, pur concentré de haine allant titiller le vice et l’intensité d’EyeHateGod période Dopesick. Musique de fin du monde, d’absolu dégoût de tout, l’apocalypse, l’espèce humaine s’auto-détruit par sa propre folie : voici le genre d’émotions sympathiques que Gaza fait passer à travers sa musique par le biais d’une finesse toute relative et de riffs-tronçonneuses chirurgicaux et imparables.

Au tour de Kylesa d’investir la scène, le quintet de Savannah honore ce soir son deuxième passage à Paris en moins de quatre mois. Sympathique sans être délirant en avril dernier, il en sera malheureusement de même pour ce soir. Problème majeur et toujours pas réglé chez eux : les voix. irritante et parfois fausse pour Laura, limite navrante pour celle de Phillip, le second guitariste. Dommageable, car derrière, ça assure avec rigueur et fermeté, les morceaux de Kylesa prennent une ampleur certaine sur scène, les deux batteries fonctionnent toujours à merveille ensemble, tribales et brutales à souhait. Rien de particulièrement affolant pourtant, le bassiste se croit de plus en plus dans Guitar Hero, les morceaux défilent sans une réelle conviction (malgré le tube-bûcheron Scapegoat, toujours sympathique à se prendre dans la face) dans une atmosphère type sauna en doudoune en plein milieu du désert éthiopien, absolument irrespirable. Le set du groupe devient donc légèrement longuet au bout d’un moment, mais reste tout de même correct.

Ben The Machine Koller est le premier à faire son apparition sur scène. Moustache fourni, marcel rose pétant, bandana discret, celui-ci installe une tension froide et discrète dès sa prise de baguettes, l’interrogation est sur toutes les lèvres : le Converge cru 2010 aurait-il tourné patchouli ? L’interrogation reste en suspens. Suivent les autres membres de Converge, Nate Newton à la basse, Kurt Ballou à la six-cordes et Jacob Bannon au micro. Chacun entame ses balances dans son petit coin tandis que Bannon débute une série d’échauffements physiques dignes d’un Carl Lewis se préparant pour la course de sa carrière. Moulinets rapides des bras, étirements précis, droites de boxeur : Jacob est CHAUD, arpentant la scène dans tous les sens telle une sauterelle mutante avide de chair fraîche. Concubine et son riff tordu  surgit sans prévenir, et la vérité se fait claire, concise et rassurante : le Converge cru 2010 n’a pas tourné hippie, mais surpuissance avérée, véritable version 2.0 de Black Flag.

Set-list principalement et logiquement axée sur les quatre derniers albums, best of inattaquable, tous les plus gros titres défilent : Eagles Become Vultures, Bitter and Then Some, No Heroes, Black Cloud, Fault and Fracture… Show ultra-carré, à l’américaine, Converge déroule, les riffs de sauvage déboulent de toute part appuyés par cette batterie totalement inconcevable. Koller est de toute façon bien plus qu’une machine, c’est un extra-terrestre doté d’une paire de bras supplémentaire, invisible à l’œil nu, envoyé sur Terre afin de traumatiser le plus de batteurs possible. Un objectif qu’il atteint plus qu’aisément à coup de blasts meurtriers et de double-pédale discrète, mais vengeresse. Le gaillard est fidèle à sa réputation : impressionnant. Kurt Ballou, de son côté, aligne ses riffs tous plus tordus, concassés et rapides les uns que les autres alors que Bannon déroule son superbe numéro de danseuse étoile épileptique. Au choix : totalement insupportable ou simplement fun, le père Jacob est une vraie pile électrique, crapahute dans tout les sens, fait mine de se trancher la gorge toutes les quinze secondes, fait de la pub pour le dernier album du groupe, enfourne le micro dans la bouche de qui veut, tente de multiples et athlétiques sauts de cabris, annonce une chanson d’amour, bref, ce type en fait juste mille fois trop, mais on dira que ça fait partie du show.

Rappel par-delà les limites du dantesque avec la doublette imparable Broken Vow / Last Light et un excellent concert de plus à ajouter au compteur des Bostoniens : intense, puissant, urgent, tout ce qu’on pouvait légitimement attendre d’eux.

Crédits photo : Melchior Ferradou

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