Confidences à Allah – Théâtre de la Gaîté Montparnasse

par |
Une jeune femme, un monologue, des mots crus. Des ingrédients simples pour raconter la misère d'une femme, conduite à l'errance à cause d'une grossesse non désirée. Bouleversant.

allahC’est l’histoire de Jbara, une bergère née dans les montagnes algériennes, qui rêve des petits yaourts goût grenadine que Miloud lui donne en récompense, après l’avoir violée. Lorsque son père la découvre enceinte, il la chasse, elle qui n’a rien connu d’autre que ses brebis et la violence paternelle, ou finalement masculine. Alors elle part, avec une valise rose, tombée d’un car de touristes et trouvée par hasard, symbole de féminité avec tous ces rouges à lèvres et ces pantalons à paillettes et d’un autre monde, plus libre, auquel elle aspire sans le connaître. Mais partir signifie se prostituer, partir signifie abandonner dans une décharge cet enfant dont elle ne peut s’occuper, à la merci des chiens errants. Découvrant peu à peu son pouvoir de séduction, sa beauté et sa féminité, Jbara, va devenir prostituée de luxe, jusqu’à finir en prison pour prostitution illégale, puis finalement femme d’Imam. Récit initiatique noir, récit de la vie de toutes ces femmes abusées et soumises à la tradition et à la violence.

Adaptée du roman de Saphia Azzeddine aux éditions Léo Scheer, cette pièce est un véritable cri de révolte face à l’oppression de la femme. Tout au long de ce monologue qui se révèle être une prière, une réclamation ou un réquisitoire à Allah, on regarde une femme qui tente de sortir de sa destinée de femme soumise, de se créer une vie loin de son quotidien malgré les obstacles qui ne cessent de se dresser devant elle. Mais comme elle le souligne si bien, elle qui rêvait de devoir faire un choix, elle a choisi. Choisi de partir, choisi la prostitution, mais pourquoi la juge-t-on et de quoi l’accuse-t-on ? D’avoir choisi la prostitution en échange d’un toit, plutôt que la rue ? Elle ne s’est fait du mal qu’à elle-même, en ayant le courage de tout accepter pour s’échapper de son quotidien, pour affirmer un semblant de liberté.

Ce cri est interprété par l’excellente Alice Belaïdi, qui seule sur scène se débat avec le sort qui s’acharne sur son personnage. Toute en simplicité et en nuances, notamment lorsqu’elle manie avec humour ses changements de voix pour faire parler d’autres personnages ou lorsque le texte est extrêmement cru, elle occupe tout l’espace et sa performance laisse sans voix la salle. Après 1h30 de monologue, Alice Belaïdi laisse un public choqué avec un petit sourire presque naïf ou enfantin, comme surpris de l’effet qu’elle provoque sur la salle.

Confidences à Allah ne changera pas la situation de ces femmes, mais permettra au moins d’attirer l’attention sur leur condition, ce spectacle étant sans nul doute bien plus réaliste que l’on ne peut l’imaginer.

Partager !

En savoir +

Confidences à Allah, de Saphia Azzeddine avec Alice Belaïdi
Mise en scène : Gérard Gelas
Production Théâtre du Chêne Noir

Théâtre de la Gaîté Montparnasse. http://www.gaite.fr/actualite-theatre.php

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article