Concorde – Summer House

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Concorde nous avait laissés il y a un mois la tête en l’air, pleine de promesses. Face à tant d’espoirs, la part de cynisme en chaque pigiste pouvait s’attendre à un crash potentiel. Fort heureusement ce premier opus, frais, sucré, s’avère tenir ses engagements. Summer House est une véritable bouffée d’air, qui tombe à point nommé pour la fin du printemps.

Quand les nappes aériennes de Summer house vous attrapent par la main, la première image qui vient à l’esprit est celle d’une Mrs Dalloway sur la plage. Alors ça commence comme ça l’insouciance ? On laisse le reste du monde comme on enlève ses chaussures pour tester la température de l’eau du bout du pied. La chaleur des percussions renforce l’impression d’avoir été instantanément transporté sous d’autres latitudes. À 2000 lieues du studio de Montreuil où l’on peine à croire que les pistes ont été enregistrées. Le vent est doux, on a envie de prendre une voiture et de foutre le camp, on a éternellement 16 ans et toute la route devant soi.

To know a un petit goût pop/new-wave tout droit venu des 80s. Celle des Cure et de Depeche mode, celle qui met de bonne humeur pour la semaine et fait en sorte de tenir ferme le sourire qui s’est accroché aux lobes de vos oreilles. C’est vrai que la voix de Clément Froissart rappelle un peu celle d’Ian Curtis. Mais rien à voir avec la désolation chère aux Mancuniens de Joy Division, les instruments conversent entre eux, conspirent même, pour conserver cette atmosphère légère qui caractérise si bien l’album.

La ligne mélodique de Lie down reste en tête, c’est agaçant tellement c’est bon. Les rares imperfections de l’anglais qui fâcheraient avec d’autres groupes sont juste charmantes. On aimerait avoir des choses négatives à dire, histoire d’être objectif, professionnel… Seulement on entend ce lancinant « let you go », alors on laisse faire et on ferme les yeux sous les pulsations du synthé. Brian Eno a trouvé sa juste descendance et vous n’écouterez plus jamais Music for Airports quand vous prendrez l’avion.

Pari réussi pour le groupe qui prend à cœur de faire tanguer celui de son public. C’est avec la chair de poule qu’on laisse se dérouler Just Kiss Her. Depuis le Creep de Radiohead, on ne s’était pas autant ému de la maladresse des garçons, ceux qui ne savent pas aborder les filles, ceux qui restent assis pendant les fêtes ou encore ceux qui laissent en douce leur numéro… On se surprend à regarder dans les wagons de métro pour les apercevoir. Parce qu’à partir de la 4e piste vous ne quitterez plus votre album des Concorde. Au fil des écoutes le long des lignes souterraines, il deviendra votre confident, votre meilleur ami, votre marchand de sable et votre dealer de bonne humeur. Plus on en prend, plus on l’écoute et plus on en a envie.

Like to say serait parfait en bande originale d’un film indé américain. Les bons. Un Little miss sunshine ou un Garden state. On voit parfaitement l’enchainement de fondus qui suivraient le héros durant une phase de grand changement dans son existence. Chez Concorde, cette variation sur la mélancolie du thème de la rupture, se teinte d’accords colorés comme cette intro digne des jeux vidéos les plus cools de notre enfance. Une belle façon de lever poliment le majeur et de passer à autre chose. Ce qui pourrait être l’hymne du « whatever » de notre génération d’adulescents.

Difficile de définir Candy boy autrement qu’en imaginant des vacances en barre. On mordrait dedans et on se retrouverait sur une promenade bordée d’arbres qui ne poussent qu’au soleil. Le côté claquant des cocottes, des cordes vous poussent vicieusement à siffloter et à gigoter dans tous les sens. Nous ne saurions que vous déconseiller d’écouter cette piste dans les transports en commun sous peine de commencer à danser devant un parvis d’inconnus quelque peu décontenancés. Ou alors, prenez une caméra avec vous, postez le résultat sur YouTube, succès garantis.

Stay high, c’est peut-être le morceau le moins en avant de l’album, plus ancré dans ses influences. Sans doute la respiration nécessaire après le single ultra pétillant qui la précède.

Makes me wonder un peu plus rythmée reprend l’ascension énergique du début du disque, un poil plus excité peut-être. Breaks efficaces, beats entrainants, revoilà le groupe multivitaminé découvert en live. On a hâte d’entendre à nouveau les pistes sur scène. C’est définitivement un morceau à vivre en groupe, dans l’euphorie unique d’une salle de concert.

Après tout cela, l’album possède encore quelques belles surprises. Avec Be Cold on grimpe encore en altitude. La piste porte bien son nom et démarre en vous donnant des frissons le long de la colonne vertébrale. La peur de grandir, de vieillir, de mourir, toutes ces angoisses qui restent de l’enfance, qui s’accrochent à vos converses, à vos poumons. Besoin d’air, d’oublier. Alors le tempo s’accélère, battement d’un cœur qui court à perdre haleine, les nappes du synthé ont quelque chose de stellaire, on est loin dans la nuit. Quand la musique s’arrête dans un écho infini de riffs félins, on finit par ouvrir les yeux et quelque soit l’heure de la journée, c’est le matin et il est temps de prendre sa vie en main.

Enfin, les baguettes de Made for love sont langoureuses, joli choix de départ pour un morceau qui détonne encore. Ici quelques accents de funk et de mottown aux cordes, on est loin d’être ostentatoires. Juste ce qu’il faut pour une piste à écouter la nuit, des cœurs doux, un clavier qui emprunte légèrement à la chaleur de l’orgue Hammond. Concorde réussie avec cette piste à clore son envol avec le brio de pilotes confirmés. Dans le jargon aéronautique, un atterrissage parfait s’appelle un kiss, Made for love est ce baiser sur le front que devrait vous laisser n’importe quelle belle histoire.

Le soir des Shins on voulait voir arriver quelque chose de magique, qui laisse l’esprit dans les nuages. Il faut croire que Concorde est la petite perle qu’on attendait sans plus vraiment y croire. Sur ce votre chroniqueuse vous laisse : je pars en vacances, je me ressers encore une dose de Summer House.

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A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

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