Comme le fantôme d’un jazzman… – M. Dantec

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Étrange titre pour ce nouveau Dantec, qui après plusieurs pavés hallucinés nous revient dans un format plus compact et plus classique. Surprenant ? Pas tant que ça…

dantecSachez pour l’anecdote, que ce roman a été commencé il y a 12 ans de cela et mixe allègrement les thèses de la mort mystérieuses du jazzman Albert Hayler aux images de la station Mir en panne, avec en toile de fond, la réflexion entamée avec Babylon babies sur le thème de la mutation et de ce que sera l’Homme next gen .

Dans un futur proche, dans lequel les libertés se réduisent d’année en année, un étrange virus a fait son apparition et ses porteurs se voient placés de force en quarantaine dans un centre de confinement. Le neurovirus de Shiron-Aldiss, puisque tel est son nom, provoque chez les patients contaminés des états de transe proches de la mort, au cours desquels les perceptions se décuplent en entrainant des états de réalités augmentées avec comme effets secondaires des crises de démence apparente.

Afin d’échapper aux incessantes expérimentations et au système carcéral dans lequel ils ont été projetés, deux des patients du Centre vont s’en échapper et après une série de braquages, tenter de fuir le plus loin possible. C’est ce road-trip qui va être le fil conducteur du roman et qui va relier nos deux fuyards avec une station Mir en perdition à deux doigts de se désintégrer dans la stratosphère. Mais dévoiler plus en avant la nature de ce lien serait gâcher le plaisir de la découverte.

Un pitch classique, qui pourtant ne tarde pas à partir rapidement en vrille. Pour les habitués de l’auteur, on y retrouve la plupart de ses thèmes favoris et récurrents avec un narrateur solitaire, incarnation fantasmée de comment Dantec se voit lui-même c’est-à-dire à un subtil mélange de hacker et d’expert en close combat avec une attirance certaines pour les substances chimiques et une grosse érudition sur tout ce qui touche la neuroscience et les rites chamaniques les plus improbables. Bref, rien de fondamentalement nouveau depuis la Sirène Rouge et les Racines du Mal, Dantec ne pouvant d’ailleurs s’empêcher aux détours de certains passages de nous resservir une bonne rasade de prémonitions et d’affirmations un brin réac’ sur le devenir du Monde.

Malgré tout, on sent ici que Dantec est moins en roue libre que dans Cosmos Incorporated, Grand Junction ou même Villa Vortex . Que sa genèse soit antérieure aux romans précités, n’est sans doute pas innocent à ce que le récit soit plus construit, moins fouillis, même si de nombreux passages restent truffés de théories chamanico-métaphysiques qui donnent au lecteur en permanence cette impression de passer à côté de quelque chose. Dantec se veut élitiste dans sa prose, et il est très difficile de savoir si ce mec est un visionnaire ou un imposteur, noyant constamment son lectorat sous un verbiage cyberpunk sous amphètes.

Le roman se déguste comme une friandise et son format plus court que d’habitude évite l’indigestion. Une démonstration du savoir-faire de l’auteur pour un retour aux sources confirmant qu’il n’a rien perdu de sa classe.

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En savoir +

Comme le fantôme d’un jazzman dans la station mir en déroute, Maurice G. Dantec, Editions Albin Michel, 2009, 210 pages

Site officiel: http://www.mauricedantec.com/

A propos de l'auteur

Image de : Fondateur de Discordance.

4 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 26 janvier 2009
    Dahlia a écrit :

    Bon je m’accroche pour le lire, mais j’ai vachement de mal à rentrer dedans… Alors soit Dantec c’est pas pour moi, soit c’est pas celui-ci qu’il me faut, soit je suis pas dans le bon état d’esprit pour lire ce roman maintenant…

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Mardi 27 janvier 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    J’ai commencé Dantec par La Sirène Rouge et je trouve que c’était plutôt une bonne idée !

  3. 3
    Pascal
    le Mercredi 28 janvier 2009
    Pascal a écrit :

    Effectivement la triptyque « Sirène Rouge / Les racines du mal / Babylon Babies » est le meilleur moyen de découvrire l’auteur.

    Ou alors en musique avec l’album Utopia de No One is Innocent sur lequel Dantec fait des featurings sur Nomenklatura, Ce que nous savons, Neuromatrix ….

  4. 4
    le Mercredi 28 janvier 2009
    Dahlia a écrit :

    Bon je pense donc que je me ferai La sirène rouge. Là j’ai décroché au bout de 50 pages et j’ai lâchement été le revendre à Gibert haha.

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