Cocorosie à Rennes – Un moment de grâce

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En ce dimanche 23 mai 2010, il fait chaud, très chaud à Rennes. Et il se profile un concert de Cocorosie, duo psyché-folk délicat et déjanté.

Image de Sierra et Bianca Les deux sœurs qui composent ce duo hors du commun se nomment Sierra et Bianca. Lorsqu’elles font leur entrée, le public, énervé par l’attente et la chaleur qui règne dans la salle (l’Étage), s’apaise instantanément, et c’est une toute autre atmosphère qui se crée : les sœurs apparaissent drapées dans des tenues à la croisée du XVIIIe siècle et du style hippie des années 70, alors qu’un écran au fond de la scène diffuse des images étranges, des gribouillages, ce qui semble être des photos de voyage… Et le concert commence, de manière fracassante : les premiers morceaux, vécus à vingt mètres de la scène, tirent les larmes. La faute à Sierra et à ses envolées lyriques, magnifiques, qui sont bien plus intenses en live que sur les albums.

Alors que Sierra est souriante et semble se livrer sans retenue, sa sœur Bianca est un peu à part. Peu expressive, elle nous livre son monde perso de sa voix curieuse, d’un air de ne pas y toucher. Quel cadeau, pourtant. Son timbre délicieusement grave et éraillé prend des sonorités de personnage de dessin animé, puis rappelle soudain la voix de Marlene Dietrich.

Les sœurs sont accompagnées par trois musiciens, un pianiste, un percussionniste et un beatboxer génial, qui réussit la prouesse de délivrer une rythmique et une mélodie en même temps. Ces cinq-là nous donnent une musique qui regorge de bidouillages électros : l’oreille est attirée par une complainte, au loin, puis est rattrapée par une douce mélopée… Mille et une trouvailles la composent : les sœurs utilisent des jouets d’enfants, diffusent des bruits d’eau, commencent un morceau (Hopscotch, de leur dernier album, Grey Oceans) par une comptine, qu’elles récitent face à face, en tapant dans leurs mains… Tout est poétique, psychédélique. Sierra s’agite, joue beaucoup sur la gestuelle, esquisse un pas de danse indienne, puis s’installe derrière sa harpe tandis que Bianca sort une flûte, ainsi que d’autres instruments lointains dont je découvre alors l’existence.

Ce qu’elles dégagent est complètement incroyable ; L’ambiance est intimiste, mais Sierra semble parfois vivre une sorte de transe, qu’elle fait vivre à un public sous le charme et très silencieux surtout, pour ne pas briser la beauté de l’instant. Parfois, on se demande si on n’est pas entré dans la transe avec elle, tant on est transporté…

La musique de Cocorosie fourmille en effet de multiples références, parfois même d’un autre temps : les arias de Sierra rappellent certains chants classiques du XIXe siècle, mais, lorsqu’elle chante, on a tout autant le sentiment d’assister à un rituel ancien. Il vient aussi l’impression de voyager, dans le temps comme dans l’espace : on commence par les territoires des Indiens d’Amérique du Nord jusqu’à la Cordillère des Andes, en passant par l’Asie (et plus précisément par l’Inde et la Chine, d’où semblent provenir les mélodies) avant de s’installer un temps en Europe, mais alors dans un cabaret berlinois des années 30’s…

Cocorosie, c’est certes l’ouverture sur le monde, mais vécue d’une chambre d’enfant. Et le public, comme moi, est complètement happé par cette légèreté apparente, comme si toute cette beauté coulait de source. Tout y est bouleversant, pur. Mais s’il y a quelque chose d’évanescent et d’angélique dans leur musique, comme le côté rassurant d’une berceuse, elle a nettement évolué depuis leur premier album, La Maison de mon rêve : elle se teinte désormais de hip-hop, reconnaissable dans les rythmes comme dans le phrasé un peu rap de Bianca. Les deux sœurs, qui mènent une vie bohème, semblent avoir tout compris. Il règne une clarté magique, presque irréelle sur leur musique. On pense aux films de Wong Kar-Wai, et surtout à In the Mood for Love, on pense aussi à Cibelle et on remarque que la descendance est en route, avec une artiste comme Florence+The Machine par exemple…

Ainsi, durant cette heure et demie de show, ce qui était bien trop court, je me suis sentie privilégiée d’avoir pu un bref instant faire partie de leur monde.

Il est commun de dire que la musique d’un artiste ne se révèle pleinement qu’en concert. Avec Cocorosie, ce qui nous est délivré est de l’ordre du cadeau, du magique et du sacré. On ne peut que s’incliner devant la grâce : ce concert est passé comme un rêve.

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En savoir +

Grey Oceans de CocoRosie sorti le 3 mai 2010 chez PIAS

Site officiel : http://www.cocorosieland.com/
MySpace : http://www.myspace.com/cocorosie

A propos de l'auteur

Image de : Rennaise de 25 ans, j'essaye de faire en sorte que la vie ne soit qu'une longue succession de musique (rock, folk, un peu d'électro), de ciné, de bouquins, d'art, d'écriture, de festivals et de voyages. Et sinon, quand j'ai cinq minutes, je travaille dans la communication culturelle. Normal, quoi.

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