Cocoon

par , Natacha|
Ça sent la fin de tournée après une année sur les chapeaux de roues qui aura vu Cocoon imposer sa folk lumineuse et son univers décalé fait de pandas et de nounours. Entretien avec Morgane et Mark, pour un duo de rêve qui nous fait visiter son monde étrange.

Un an depuis la sortie de l’album ( My friends all died in a plane crash ), comment vivez-vous vos noces de coton ?

cocoon1-2 Mark : C’est un anniversaire incroyable, on y a encore pensé hier. En un an, on a l’impression d’avoir vécu 5 ans : on a rencontré des gens incroyables, des gens relous, des gens supers.

Mo : On a changé de vie !

Mark : Plein de choses ont changé. On a chacun notre appart’ maintenant. On a changé d’amoureuse, d’amoureux pour Morgane, on a même connu l’amour furtif dans les toilettes, enfin pas mal de trucs quoi.

Mo : On a grandi, on a testé, on a découvert – bon c’est très glauque !

Mark : On a collaboré aussi, avec des artistes, comme Julien Doré, avec des cinéastes. On va faire une musique de film, pour un film qui sortira à Cannes, mais vous n’aurez pas le nom ! Et puis aussi des déceptions, des supers joies, des tremplins. La dernière déception c’était le prix Constantin (gagné par Asa cette année), ce qui n’en est pas vraiment une parce que c’était déjà tellement énorme d’être nommé. Et puis apprendre à faire des choses, à faire 100 concerts en un an quand même.

Mo : Connaître la vraie fatigue.

Mark : Essayer de rester agréable avec les autres, apprendre la vie en communauté, mine de rien c’est un vrai challenge.

Mo : C’est un travail sur soi.

Les interviews, ça va pas trop dur ?

Mark : Non ça va, sauf avec ceux qui ne font pas leur boulot et qui n’y connaissent rien !

Mo : Genre « Vous vous êtes rencontrés comment, vous êtes ensemble ? ».

Mark : On se dit qu’on pourrait être en train de faire des pneus à Michelin, et là qu’on a juste un super boulot, donc on se le dit avant chaque interview : Allez c’est pas grave, mon boulot c’est de parler de moi, de Morgane, c’est cool.

Pourquoi Michelin ?

Mark : Parce que chez nous (Clermont-Ferrand), c’est la ville du pneu. Ici l’exemple ça serait faire des saucisses !

Oh on a d’autres trucs aussi.

Mo : La flammenkuche !

Mark : Les bretzels ! Mais j’adore aussi la saucisse, moi ça me fait surkiffer.

Sinon une réédition de votre album, avec 3 titres en plus, est sortie récemment ?

cocoonlogo Mark : Oui alors ça ce n’est pas notre choix à nous, c’est le choix de notre label. C’est vraiment juste pour vendre. Du marketing quoi.

Mo : Voilà c’est Noël, c’est l’album, avec des petits cadeaux.

Mark : Pour nous l’intérêt c’est qu’on puisse maintenant écouter les 3 nouvelles chansons, mais le côté packaging on n’en a rien à foutre, je ne cautionne pas. Téléchargez-le sur Internet, je crois qu’il est sur i-Tunes, mais le vrai objet voilà quoi. Mais bon j’ai vu que les groupes de l’année, Moriarty, The Do, avaient sorti un album de Noël donc ça doit être la stratégie des labels, ce n’est pas vraiment les groupes qui décident. Ce n’est que pour que le pognon hein !

Ok ! Et le projet du prochain album, toujours sur le thème des animaux marins ?

Mark & Mo : Oui !

Mark : Le premier album parlait exclusivement des animaux terrestres, celui c’est sur les animaux marins. Il y a déjà pas mal de chansons, une sur le sushi, une sur un bébé phoque (Baby Seal), une autre sur les baleines, les hippocampes, les étoiles de mer. Il y a aussi l’histoire d’un garçon qui possède une baleine et qui trouve ça hyper-cool d’avoir un animal aussi gros.

Il l’a eu où ?

Mark : Ben il l’a chopé comme ça, dans un endroit à baleines !

Mo : Comme Gogo-Gadjeto-bras !

Vous arrivez à vous intégrer, à « survivre » dans le monde de la musique. Il n’est pas trop cruel avec vous ?

Mark : Oh c’est comme le milieu de la boulangerie, ou d’autre chose, c’est un milieu. Donc il y a des cons, des gentils, des gens normaux.

Mo : Des fourbes aussi.

Mark : Mais attention je pense que les biennales de boulangerie sont aussi hyper fourbes ! Moi au début ça m’intéressait vachement de savoir comment on faisait un disque. Maintenant plus du tout. Quand t’en a fait un, tu te dis « C’est pas intéressant ! ». C’est la musique qui est intéressante, mais je suis de plus en plus déçu par les gens qui font les albums.

De l’industrie quoi.

Mark : Oui voilà, mais après il y a aussi des gens supers dans cette industrie et on a la chance de travailler avec quelques-uns.

Vous étiez ensemble sur scène à Taratata, comment s’est passée votre collaboration avec Julien Doré ?

Mark : Taratata c’était un peu l’aboutissement, où on a fêté notre rencontre. Un jour il est venu nous voir, au festival des Inrocks à Paris, après la Nouvelle Star . Moi je n’avais pas regardé, Morgane si, et du coup elle le trouvait trop beau – nin nin nin – elle voulait le faire. J’étais assez sceptique, la Nouvelle Star ça n’avait pas l’air terrible.

Vous n’avez pas le même parcours, qu’est-ce qui vous a intéressé chez lui ?

Mo : Bien sûr il a fait cette émission, mais ce n’était pas du tout du « mauvais goût ». C’est un artiste dans plein de choses.

cocoon2-2 Mark : Et puis je me suis renseigné un peu, et j’ai vu un mec qui s’habillait comme moi, qui rigolait des mêmes blagues que moi, qui était assez décalé, subversif dans sa manière d’être. Mais ce qui nous a décidé, ce sont les gens qui travaillent sur son album : Miossec, Arno, Julien Noel, des musiciens qui nous plaisent vraiment. On se positionne vraiment comme un groupe anglophone, mais à l’époque on a essayé quelques trucs en français. Alors on les a réarrangées, et Julien Doré en a choisi deux, il les a mis à sa sauce et ça ne sonnait plus du tout Cocoon . Il y en a une un peu Eagles, Hotel California, hyper-rigolote, et une autre plus porno années 80, ( Figures imposées ), qui est un single en ce moment, on a de la chance. Et du coup après cette collaboration, c’est devenu un ami.

Mo : Moi je suis allée en studio tout de suite après avec lui, pour faire les voix, et c’était assez marrant de le voir travailler. En fait il avait le choix sur tout. On avait peur que ça soit un album, poussé par les « requins ». Après on aime ou on aime pas, mais je pense qu’il a pu à peu près faire ce qu’il voulait.

Mark : Quand on a écouté nos chansons, on ne les a pas du tout reconnu. Mais justement c’est hyper-intéressant et je rêve de refaire ça. Voir ma chanson sonner comme un film porno c’est super, et le clip avec Catherine Deneuve, il est trop drôle quoi ! Ça m’a donné envie de continuer à écrire en français pour les gens, et à Morgane de faire des duos. Elle en a fait avec Daniel Darc, Jean-Louis Murat .

Écrire en anglais pour vous et en français pour les autres donc ?

Mark : Oui voilà et même écrire en anglais pour d’autres gens. Se positionner en tant qu’auteur c’est hyper-important. Et Julien Doré ça a vraiment été une rencontre saine à tous les points de vue, alors que je repoussais le truc depuis le début, « J’veux pas, Nouvelle Star ça pue ! ». On a essayé et ça a marché, c’est un mec bien.

Mo : En plus il est riche. Nan j’en sais rien du tout j’ai dit ça pour rire !

Mark : C’est vraiment de la musique qui en sort, pas du business. Et aujourd’hui je crois que le public ne se trompe pas trop sur Julien Doré . Ce mec il va finir acteur dans la vie, ou en tout cas artiste à part entière, et qui là mérite sa tournée.

Au début Cocoon c’était les chansons de Mark, il y a eu une évolution dans le groupe, vous les écrivez ensemble maintenant ?

Mo : Non c’est encore ses chansons. Moi je fais les arrangements, mais disons qu’au début je me laissais énormément guider par Mark et là je propose plus de choses.

Mark : Maintenant elle a pris les rennes de ses arrangements, c’est parfait, direct. Mais c’est vrai que les chansons viennent de moi parce qu’il faut une pâte, au niveau des paroles. L’univers des animaux, ce n’est pas trop son truc à Morgane . Elle ne saurait peut-être pas trop, elle parlerait plus de trucs de filles. Alors moi c’est marrant car j’essaie vraiment de me mettre dans la peau d’une fille, je pense à Morgane, à un truc asexué qui correspond aux filles et garçons. C’est hyper bien d’avoir une fille avec soi tout le temps ! Je m’aperçois que je peux écrire des trucs complètement incroyables. Je ne savais pas que je pouvais penser comme ça. Et puis après Morgane travaille ça avec sa voix, c’est vraiment son instrument. Elle parle même de sa voix pour jouer au piano c’est assez rigolo. Comme Björk un peu, qui allait dans la neige pour chanter, s’enregistrer là-dedans et après tout retranscrire, c’est top.

En mettant en paroles toutes vos pensées, votre vie, en êtes-vous arrivés à une certaine sérénité ?

cocoon3 Mo : Oui, on est encore jeunes, alors on a grandi avec le groupe. Entrer « dans la vie active » faire quelque chose qui te plaît énormément, ton premier salaire, ton premier concert, ça fait quelque chose. Tu as des responsabilités, tu grandis.

Mark : Ça rend autonome aussi. Avant j’avais peur de partir à plus de 10 km de chez moi, et là je me retrouve à Amsterdam et le lendemain à Lille, puis Marseille, Paris. C’est con comme cliché mais pour nous ça a été une thérapie, vraiment.

Vous vous sentez dans une bulle ?

Mark & Mo : Oui. Même si au bout d’un moment on en sort parce qu’on en peut plus et que ça pue dans la bulle ! On a chacun notre vie privée, on a besoin de voir d’autres gens.

Mo : Et moi je me rends compte que j’aime énormément être seule. Je ne le savais pas, je le découvre maintenant.

Au niveau des chansons, comment faites-vous pour allier ce mélange de mélancolie, de légèreté et même parfois de drôlerie ?

Mark : Je ne sais pas. Je suis comme ça dans la vie, je suis quelqu’un de profondément mélancolique, avec un peu d’humour anglais. Ou alors un humour bizarre, genre dans la pire des situations où ma mère meurt et mon père vient de se faire rouler dessus par ma soeur en camion, j’arriverais à faire « Ah ben c’est la loose ». Quand mon chat, Elliot, que j’adorais, est mort j’ai pris son corps et je l’ai rebaptisé feu-Elliot.

Mo : Tu n’a pas un hamster qui est tombé du frigo aussi ?

Mark : Oui. Enfin bref, j’ai un rapport assez étrange avec la mort, une manière de faire le deuil bizarre : soit hyper-rapidement et facilement, soit un truc horrible qui va me mettre au fond de mon lit pendant 6 mois, mais chaque fois j’arrive à me débrouiller. Et là tous ses amis morts dans « l’accident d’avion », l’album ça a vraiment été mon deuil. Chaque chanson était un deuil. Pour moi ça a été tellement violent toutes ses morts que c’était comme un accident d’avion, ou de poney comme tu veux. Enfin voilà, je peux même déconner là-dessus, alors que ce n’est pas drôle. Un crash dans ma vie qui a découlé de mon envie de faire de la musique. Et je n’ai pas fini ce deuil d’ailleurs, chaque chanson est une suite.

Mo : Tu utilises des nouveaux mots aussi maintenant.

Mark : Oui c’est vrai, maintenant je parle comme un homme, alors que dans le premier album je me positionnais comme une fille. On parle de devenir un homme, et une femme. Sur la route, on a vraiment grandi, Morgane aussi beaucoup.

Mo : Oui dans la prise de parole, dans la prise de chant, même sur scène, .

Pour les paroles vous dîtes beaucoup vous inspirer de films. Plutôt pour les chansons légères ?

Mark : Ah non même pour les sujets graves. Par exemple cette année le film L’Assassinat de Jesse James a été très important pour moi. Et pour Morgane c’est pareil, il y a des films hyper importants pour elle qui vont donc du coup hyper influencer Cocoon, mais pas des films débiles. Quoique on a adoré Supergrave ou En cloque, mode d’emploi, et tous les comédiens du Saturday Night Live aux États-Unis, qui sont brillants. Mais ça n’influence pas du tout Cocoon, ce sont vraiment des trucs horribles qui influencent l’humour dans Cocoon .

Crédits Photo: [Natacha W.-> http://www.myspace.com/tamarispicturesprivate]

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A propos de l'auteur

Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

5 commentaires

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  1. 1
    Pascal
    le Vendredi 9 janvier 2009
    MyRuiner a écrit :

    « Quoique on a adoré Supergrave »

    Oh my god….

  2. 2
    VIOLHAINE
    le Vendredi 9 janvier 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Bah, on a tous nos navets préférés…
    ;]

  3. 3
    le Vendredi 9 janvier 2009
    Julia a écrit :

    Mouais. Quoique, passée la première demie-heure, ça devient presque drôle !

  4. 4
    VIOLHAINE
    le Vendredi 9 janvier 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    @Julia: Je dois avouer que je n’ai PAS vu Supergrave. D’où ma réaction mesurée, sans doute, héhé…

  5. 5
    le Vendredi 6 février 2009
    Eymeric a écrit :

    Je me souviens avoir vu le pire navet Flash Gordon avec Ornella Mutti, avec des types qui volaient cheveux au vent dans l’espace en tee-shirt et des couleurs tellement criardes qu’il fallait des yeux à facettes pour les digérer et bien j’ai jamais autant rit devant un film!

    En tout cas Cocoon, dans la musique comme dans les interview semblent rester frais et simples avec leur humour si propre à eux, c’est agréable à lire!

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