Clues

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Rencontre à Montréal avec Brendan Reed, l'un des deux fondateurs du groupe Clues, en tournée en France ce mois-ci.

Nous sommes en plein Mile-End, le quartier qui a mis Montréal sur la «map » du rock indépendant depuis l’envolée d’ Arcade Fire et Godspeed You! Black Emperor . Dans les rues qui traversent ces quelques blocs situés au nord du Plateau Mont-Royal, on passe devant des bâtiments de brique rouge, des galeries d’art, des bagels factory et, en cette froide après-midi de janvier, tout est aussi calme que dans une paisible bourgade de campagne. Ici, point de néons pour vous indiquer l’entrée du fameux label Constellation ou du studio d’enregistrement Hotel2Tango (créés par un membre des Godspeed You ! Black Emperor ), où le groupe Clues a enregistré son premier album éponyme sorti en 2009.

Fondé par Brendan Reed et Alden Penner, Clues évolue entre rock progressif et mélodies pop, et se plait à créer des bulles de douceur qui se muent en déluge de guitares ( You have my eyes now ) ou en hymnes débridés ( Ledmonton ). L’énergie qui se dégage des compositions se trouve décuplée en concert et l’orage scénique est assuré.

En attendant la seconde tournée française du groupe qui s’achèvera le 27 février à la Maroquinerie, rendez-vous est pris avec Brendan Reed, au coin du Boulevard Saint-Laurent et de Fairmount.

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J’ai rencontré Alden en faisant des concerts avec lui, il y a de ça quelques années, l’un des autres membres était mon colocataire. Nous avons tous démarré avec ce studio de répétition qui est devenu un studio d’enregistrement et que nous avons appelé Villa Villa Nola. Nous travaillions sur différents projets là bas, nous faisions enregistrer des groupes. Nous n’avions pas de groupe ensemble avant ça, Nick et moi étions dans une fanfare, mais rien qui ressemble à un groupe de rock traditionnel !

Peux-tu nous en dire plus sur Villa Villa Nola ?

Ça a commencé comme un studio d’enregistrement, puis nous avons créé le site web. Maintenant ça sert surtout à sortir des disques.

Nous sommes dans le Mile-End, est-ce un quartier important pour la musique de Clues ?

Je ne pense pas que ce soit réellement important pour notre musique, ça a tellement changé depuis que j’ai emménagé, il y a dix ans. Peut-être qu’au début, ça pouvait être inspirant, mais ça a perdu de son « vide », c’est devenu plus cher, plus hype, comme à l’intersection de St Viateur et Clark. Il y a une énergie, il y a toujours plein de gens, ce n’était pas comme ça quand je suis arrivé. C’est toujours sympa, mais c’est un quartier beaucoup plus confortable qu’avant.

Votre album est sorti chez Constellation, tout s’y fait dans un esprit très artisanal ?

Nick travaille là bas, il plie les boites de CD, les met dans des sacs. c’est assez impressionnant. Ils ne sont que deux ou trois et ils font tous les albums, et cela depuis quinze ans.

Cet esprit est important dans Clues, comme pour Constellation ?

Nous pourrions faire des albums d’une autre façon, mais ça a vraiment bien marché avec Constellation . Je pense que c’est important, ça a mis en forme l’approche du groupe que nous avions, d’une façon positive. Nous n’avions pas prévu que nos albums seraient faits de façon artisanale, le genre de promotion que nous ferions. nous sommes juste entrés là et avons découvert leur approche. Ça a été très amusant aussi.

Sur le morceau Haarp, il y a ces paroles : « Searchin for what the eyes cannot see (chercher ce que les yeux ne peuvent voir) » . Est-ce votre façon de concevoir la musique ?

Je pense que ces paroles ont été écrites pour parler de quelque chose de différent, mais j’aime vraiment cette idée pour décrire ce que nous faisons.

C’est la première phrase du premier morceau de l’album, ça marque.

Oui c’est vrai, je n’y avais jamais vraiment pensé.

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Je pense que nous avons joué un peu avec ces thèmes, mais ce cerf volant évolue dans les pires conditions, le mauvais temps.

C’est l’innocence qui se heurte à la dure réalité du monde ?

Oui, c’est un peu ça. Nous avions fini l’album, et nous avions cette idée d’avoir un cerf volant et de le faire voler. Nous aurions pu le faire voler à la Barbade, mais c’était plus pratique de simplement le sortir dans le quartier, même s’il neigeait et que c’était difficile ! Nous devions avoir quelque chose qui aurait été un cerf volant en tissu, et ressemblerait plus à un ballon. Mais j’aime ce cerf volant, nous l’avons toujours, il vole très bien pour un objet fait à la main.

Tu composes la musique, est-ce que tu écris des textes aussi ?

Oui, un peu.

As-tu besoin d’être dans un état d’esprit particulier ?

C’était davantage le cas par le passé, c’était un processus très émotionnel, une sorte de passion artistique. Maintenant je crois que, émotionnellement parlant, je n’ai pas besoin d’être dans un lieu particulier.

Vous avez deux claviers et deux batteries sur scène, c’est une formule que vous utilisez sur tous les concerts ?

Ça a été comme ça les derniers mois, avant ça on n’avait pas deux batteries complètes sur scène. Ça n’avait pas beaucoup changé ces dernières années. Je pense que les chansons sonnent vraiment différemment du premier tour que nous avons fait, et également de l’album puisque nous n’avons même pas enregistré l’album avec deux batteries. Le batteur qui nous a rejoints sur ce tour, et qui devrait être ici aujourd’hui d’ailleurs, a beaucoup apporté au groupe.

Qu’est ce que ça apporte au concert selon toi ?

Pour moi qui joue beaucoup de batterie, c’est une vraie expérience créative d’avoir un autre batteur. Je ne suis plus obligé de coller très précisément au rythme, je ne sais pas, j’aime vraiment cette énergie.

Vous avez joué avec Malajube récemment à Montréal, comment ça s’est passé ?

On n’a joué qu’une seule fois avec eux, c’était un très bon concert. Cette fois, il y avait un joueur de violoncelle et un bassiste pour nous accompagner. C’était un concert différent, le public était très réceptif.

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Oui, ils ont aussi un côté très expérimental sur scène. Je n’avais écouté que les deux premiers albums et là j’ai entendu plein de styles différents sur ce set. Les deux premiers sont des albums de pop, plus mignons. Je me rappelle avoir entendu leur premier album chez Boite Noire, un magasin de dvds du quartier, c’était juste après la séparation des Unicorns et j’ai pensé : « Tiens, c’est le nouvel album d’ Islands ? » Ça avait l’air super, et en fait c’était Malajube . Tout ça pour dire que c’était ma première introduction au groupe.

As-tu écouté le dernier album d’Islands, Vapours ?

Non, je les ai vus quelques fois, j’ai toujours beaucoup aimé Nick ( Nicholas Thorburn, leader d’ Islands NDLR), il est vraiment gentil et très créatif. Je l’ai rencontré quand il était en école de cinéma, il dessinait des cartoons et c’est tout ce que je savais de lui. Je ne crois pas que j’avais entendu sa musique.

En 2010, votre album semble avoir plus d’échos en France : des articles élogieux, une tournée cet hiver.

La France était vraiment un point culminant du dernier tour européen que nous avons fait, et nous ne nous attendions vraiment pas à ce que ce soit aussi bien. Les gens étaient très gentils, le public très attentif. Donc oui, on est très excités de retourner là-bas. On a joué dans une cathédrale, je ne sais plus où c’était… en fait, je crois qu’il y a pas mal de cathédrales en France !

Beyoncé vous poursuit en justice pour avoir plagié l’introduction de Halo . est-ce que cela va vous empêcher de faire plus d’albums de r’n'b ?

(Rires) Non, nous espérons pouvoir résoudre ce conflit, et nous pourrons peut-être même collaborer ! J’adore cette chanson, toi tu l’aimes ?

Heu, non, pas vraiment. À part Beyoncé, qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?

Hmm, surtout les nouvelles ! Je travaille de chez moi donc je mets souvent les nouvelles. Je regardais la pub pour l’IPad et il y a de la musique intéressante en arrière-plan que je te recommande (Rires) .
C’est de la musique populaire que les gens reconnaissent, mais ils ont enlevé les paroles, je crois qu’il y a des chansons de Joy Division et de Wolf Parade .

Crédits photo : Julia

Merci à Constellation et Kongfuzi Booking .

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Clues, Clues (Constellation)

Site Web du groupe : http://cstrecords.com/bands/clues
Myspace : http://www.myspace.com/cclluueess
Villa Villa Nola : http://www.villavillanola.com

En tournée en France en février : le 12 au Havre, le 13 à Brest, le 14 à Poitiers, le 16 à Annecy, le 17 à Belfort, le 18 à Tourcoing, le 19 à Laval, le 20 à St-Malo, le 21 à Blois, le 22 à St-Nazaire, le 23 à Toulouse, le 24 à Feyzin, le 25 à Amiens, le 26 à Reims et le 27 à Paris.

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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