Cloverfield

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Dur dur de faire un papier sur ce film qui allèche les internautes depuis des mois et dont le buzz a dépassé toutes les attentes. Matt Reeves (quasi inconnu et n’ayant bossé que pour la TV ou presque), et JJ Abrams (producteur d’Alias, Lost), nous livrent un film où Godzilla fusionne avec Blair Witch et devant lequel il est difficile de rester neutre.

cloverfield-poster-thumb-2Bien sûr, il faut arriver à rentrer dedans, au risque de rester sur la touche, et ce n’est pas qu’une question de goût mais aussi de sensibilité. 1h30 vue d’un caméscope, caméra à la main et en courant, il faut pouvoir. Je plains ceux qui étaient au premier rang…

Le premier quart d’heure est assez lent, mais nécessaire pour placer les personnages et s’habituer à la vue subjective. Dans un grand appartement avec vue sur Central Park, on assiste à la fête de départ de Rob avec tous ses amis, filmé du point de vue de Hud, chargé de réaliser la vidéo souvenir par le frère de ce dernier, Jason, alias Mike Vogel ( Massacre à la tronçonneuse, Poséidon ). La fête bat son plein entre fous rires et coups de gueule quand tout à coup se produit une secousse. La panique commence à s’installer, ça cours, ça crie et . c’est à partir de là que les opinions divergent: on aime ou on n’aime pas. Si vous avez eu du mal avec Blair Witch et que vous n’êtes pas fan des films catastrophes, passez votre chemin. Si c’est le contraire et que vous êtes curieux de nature (et peu sensible au mal de mer), précipitez vous y, car le mélange, aussi étrange qu’il puisse paraître, est très réussi.

Car à partir de ce choc initial cela ne n’arrêtera pas, la panique laissant place à l’hystérie collective lorsqu’il apparaîtra clairement que ce n’est pas un tremblement de terre mais une attaque. De qui ? De quoi ? Comment ? Les questions fusent, les gens courent, les immeubles brûlent, le tout filmé au rythme frénétique de Hud triste spectateur du carnage et qui tente comme ses congénères de comprendre mais surtout de sauver sa peau. Alors que l’armée tente d’évacuer la ville, Rob reçoit l’appel de son ex, prise au piège dans son immeuble du centre-ville et décide d’aller la secourir, accompagné de la petite amie de son frère, Lilly, de Marlena et d’un Hud décidé à tout filmer pour la postérité. La fine équipe nous livre donc un documentaire depuis le coeur de cet enfer qu’est devenu Manhattan entre les assauts de la (des) bête(s), les ripostes de l’armée et l’épuisement physique et nerveux de chacun.

Et l’on s’y croirait.

Le mélange d’effets spéciaux de pointe avec l’image tremblante du caméscope donne un réalisme bluffant dans les scènes d’action (on est loin de Transformers par exemple). Le spectateur se sent aussi perdu que les protagonistes du film, et de vivre ce chaos à travers leurs yeux, nous fait oublier les films catastrophes qui ont pu exister avant. Autre conséquence du côté documentaire de Cloverfield : pas de BO, que les bruits environnants, renforçant l’immersion. Les silences sont oppressants, le moindre son attire l’attention, pas de violons pour les scènes dramatiques, ni de cuivres pour l’héroïsme, seulement le réalisme des scènes et le jeu des acteurs. Ces derniers sont d’ailleurs bien meilleurs que dans Blair Witch (c’est pas très dur non plus), notamment Michael Stahl-David, alias Rob . Note spécial aussi pour le personnage de Hud, qui détend l’ambiance par son humour parfois involontaire. De plus, le mode documentaire du film oblige à de longs plans séquence, permettant de garder la pression à son maximum, mais obligeant une abnégation totale des comédiens et des figurants. Quelques bémols cependant. Certaines scènes du début font très 11 Septembre et donnent l’impression d’une thérapie de groupe à grande échelle. Le placement de marque est quant à lui également un peu trop flagrant par moments. Mais bon, passons…

Alors j’entends déjà vos cris désespérés :  » ET LE MONSTRE ?? « . Je ne vous dévoilerai pas son allure, sous peine de vous gâcher le film, ni son mode opératoire, disons juste qu’il restera dans nos mémoires, même s’il met du temps à se dévoiler. Mais, de toutes façons les accros ont déjà dû trouver des images sur le Web. Alors certes, on a parfois envie de flinguer ce pauvre Hud ou de lui crier  » Apprends à cadrer espèce de poutre ! « , mais telle est la stratégie du film. La logique de J.J. Abrams étant que les pires monstres sont ceux que l’on devine à peine, tout en étant omniprésent (façon Alien, mais en beaucoup plus gros du coup), faisant ainsi travailler l’imagination. Et cela fonctionne. J’étais pour ma part comme un fou à essayer de deviner sa forme à travers la fumée et les gravas, pris entre frustration et excitation. Mais rassurez vous, plus le film avance, plus on en apprendra sur lui.

Cloverfield est un film qui divise, un ovni gros budget. Le fruit d’un boulot titanesque, enfanté par des habitués de la télé (du réalisateur, aux comédiens, en passant par le producteur). Que l’on aime ou que l’on déteste, il est très difficile d’y rester indifférent. Le silence religieux de quelques secondes dans la salle à la fin du film, suivi de débats partant dans tous les sens, en est une preuve.

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Site officiel : http://www.cloverfieldmovie.com

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5 commentaires

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  1. 1
    Philippe Barbosa
    le Vendredi 8 février 2008
    phiL a écrit :

    Superbe chronique ! J’appréhende le coté docu pendant 1h30, mais en même temps, plus que d’être curieux de voir à quoi ressemble ce Godzilla Matt Reeves, j’aimerais surtout voir de quelle manière il a réussi à manier effets spéciaux de malade avec des cadrages caméra aux poings. On est tellement habitués à voir des films super bien cadrés que l’on oublie que faire l’inverse en fantastique et/ou SF est sûrement plus difficile..

  2. 2
    Stedim
    le Vendredi 8 février 2008
    Stedim a écrit :

    ET LE MONSTRE ??

  3. 3
    le Lundi 11 février 2008
    Elea Brown a écrit :

    En fait, le monstre, on s’en moque un peu.
    Je trouve, si il y avait une critique à faire qu’on le voit trop.
    Ce que j’avais aimé justement dans le Projet Blair Witch, c’est qu’on ne voyait rien.
    Là, ça fiche vraiment la trouille.
    Résultat, j’ai eu un peu peur mais pas assez.
    Je me souviens que dans Signes de Night Shyamalan, les aliens ,on les voit pas ou peu.
    Juste une main suffit à faire peur.

  4. 4
    PaD
    le Lundi 11 février 2008
    PaD a écrit :

    Ben, c’est quand même un film catastrophe de monstre, on est bien obligé de le voir de temps en temps éclater un building. Et faut dire qu’il est moins furtif qu’un Alien! Le compromis entre montée en crescendo et film grand spectacle était dur à équilibrer mais ca tient, meme si c’est sur qu’il tient plus de Blair witch sur la forme que sur le fond.

  5. 5
    Stedim
    le Lundi 11 février 2008
    Stedim a écrit :

    On vient de tout me raconter. Il faut attendre combien de temps avant de tout balancer ici ? ;-)

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