City Sounds Festival | Le 104 | 19-20.07.2013

par |
Le City Sounds Festival s'affaire à organiser chaque année un festival réunissant plusieurs groupes issus d'une même ville (comme son nom l'indique) : pour sa première édition, il s'agissait de San Francisco. Nous avions donc le loisir de profiter d'une affiche proposant non pas un, ni deux, mais bien six groupes s'apparentant à ce qu'on pourrait définir comme la scène revival 60's/70's, dont la plupart des membres possèdent une pilosité douteuse, sentent très certainement le patchouli et n'hésitent pas à ajouter quelques pilules de substances suspectes à leurs tartines le matin.

Première soirée : Ty Segall / Moon Duo / White Fence

MOON_DUO_1_RVB_300_©PAGE_BERTELSEN

Comme son nom ne l’indique pas, Moon Duo sera, ce soir, en formation trio. En effet, un jeune batteur aux cheveux filandreux mais à l’inaltérable rythmique a rejoint le duo de base, constitué par Ripley Johnson, à la guitare, mais portant également la responsabilité capillaire du groupe (affichant une barbe qu’on qualifierait pudiquement de marginale), et de Sanae Yamada, aux claviers et aux pas de danses souples et sexy.

L’apport du jeune hippie derrière les fûts est indéniable. Celui-ci remplace à merveille l’habituelle boîte à rythme que le groupe apporte en concert, leur donnant un nouveau souffle percussif, profondément vivant, et apportant du même coup une nouvelle dimension aux morceaux de Moon Duo, largement plus spirituels et psychédéliques. Le concept n’a cependant pas été modifié, il s’agit toujours du même rituel transcendantal se basant sur une idée vieille comme le monde: un riff = un morceau. En résulte une collection de titres appelant langoureusement à la consommation de produits stupéfiants et la volonté simple et subite de tout quitter pour consommer à crédit une vieille décapotable et tracer la route dans le but de poursuivre le soleil. C’est véritablement pour cela que leur musique est belle, par sa pure simplicité, son désossement à l’extrême, le fait que chaque composition soit arrêtée sur une idée fixe, jusqu’à l’épuisement des sens, jusqu’au vide, jusqu’à la mort qui, de toute façon, importe si peu, puisque tout est déjà perdu. Cela rappelle les classiques, Suicide, Spacemen 3, ne les réinvente pas, et ça fonctionne pourtant à merveille, par de simples petits détails, de ceux qui changent tout: le batteur, sachant jouer à la perfection de son minimalisme, augmentant la tension par petites touches subtiles et essentielles, le look du guitariste, la danse de la fille aux synthés… Moon Duo livrera là un excellent concert.

White Fence suit sur scène, ils sont au nombre de quatre, et jouent un garage classique, à tel point que cela deviendra rapidement ennuyeux. Rien pour réellement les sortir du lot, il faut dire que ces jeunes gens arrivent un peu tard par rapport à cette énorme vague revival 60′s/70′s qui sévit depuis des années, la plupart des groupes actuels dans cette voie ne faisant que se recopier les uns les autres. Ce n’est pas forcément le cas pour White Fence, ceux-ci connaissent tout de même leur science du tube, mais de ceux qui auraient pu être écrit par la plupart de leurs collègues contemporains. Pas désagréable à regarder, énergique mais sans véritable fougue, bien écrit mais sans impact direct et fatal sur les parties émotionnelles du cerveau. Le morceau avec Ty Segall à la basse, celui-ci ayant sorti un EP collaboratif avec le groupe, tentera tant bien que mal d’enflammer les foules, la morgue du jeune blondinet y étant pour quelque chose, mais, dans l’ensemble, le quatuor ne laissera pas un souvenir impérissable.

Ty Segall, qui, justement, ouvrait la soirée en mode one-man band, c’est-à-dire armé de sa guitare, un charley et une grosse caisse, nous n’en verront que quelques morceaux pour cause d’un scandaleux respect des horaires de passage des groupes, mais cela sera suffisant pour se dire que l’on aura raté, au mieux, qu’une petite et amusante distraction.

Deuxième soirée : Thee Oh Sees / Warm Soda / Shannon & The Clams

THEE OH SEES Promopicture01CMYK

Les Thee Oh Sees sont des princes, possédant droit de vie et de mort sur n’importe lequel de leurs sujets. D’un regard, d’un geste, plus probablement d’un postillon, John Dwyer, l’homme au milliard de groupes, récolte enfin la reconnaissance qu’il a tant attendu après s’être fourvoyé dans des groupes dont le niveau intellectuel frisait la débilité et l’inconscience (voir, en priorité, Landed et Pink and Brown à ce sujet). Après des années de tâtonnements, celui-ci a entrevu la lumière, avec Coachwhips, sorte de Oh Sees en plus punk, puis son groupe actuel, régnant aujourd’hui sur le monde du garage, et améliorant à chacune de leurs représentations le record de jambe brisées dans le public du fait d’un pogo trop chargé en amour et bonnes intentions. Encore une fois, ce soir, les Californiens n’auront eu aucun mal à faire asseoir une salle qui, de toute façon, était acquise à leur cause depuis la veille. Puissance de feu, tubes omniscients, attitude décontractée mais définitive, le quatuor, comme on le dirait trivialement, fait méchamment le boulot. En se permettant même quelque écarts, comme un Block of Ice magistral et rallongé d’une bonne demi-douzaine de minutes ou comme ce morceau à la lenteur quasiment sludge. La maîtrise est totale, la victoire, triomphale, et le talent de Dwyer et ses comparses éclate à la face du 104.

Précisément, on pourrait objecter que les Oh Sees, n’ont, au final, pas plus d’originalité que n’importe lequel des groupes évoluant dans cette scène. Et pourtant, on sent bien que Dwyer fait valoir une très large culture musicale, une notion d’efficacité et de simplicité qu’on retrouve rarement, un sens de la composition fort, puissant, référencé, mais allant voir plus loin qu’un simple chapardage: parfois plus krautrock que garage, comme sur les morceaux de Carrion Crawler joués ce soir, lorgnant également vers le post-punk ou même le psyché, tout en gardant, à chaque reprise, cette rythmique viscéralement dansante, cette pulsation transformant n’importe quel visage en un sourire géant, n’importe quelle paire de jambe en un twist meurtrier. Le groupe entier a le charisme, le truc en plus qui fait qu’ils sont irrésistibles. La batterie est placé au centre, devant la scène, et non derrière, cette place étant réservée à Bridget Dawson, potiche magique dont le rôle, d’une déconcertante responsabilité, et de sourire au public tout en jouant des maracas et en doublant la voix de Dwyer. Petey Dammit, quant à lui, avec son look de mod tatoué jusqu’au cou, s’occupe de se déboîter la colonne vertébrale en lançant des lignes de basse sur sa guitare comme il distribuerait gratuitement une paire de gifles au premier malvenu. Deux rappels et puis s’en vont, ce fût magistral.

Apparemment, deux groupes sont passés juste avant eux. Shannon & the Clams, tout d’abord, intéressant petit échauffement avec des tubes punk rappelant récemment Hunx & his Punx, et Warm Soda, juste après, mauvaise copie des Ramones, beaucoup trop propre sur elle pour attirer l’attention.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : (a + b)² = a² + 2ab + b²

2 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Jeudi 1 août 2013
    karlito a écrit :

    quelle merde cet article, on a pas vu les mêmes concerts

  2. 2
    le Jeudi 1 août 2013
    Pacush a écrit :

    salut karlito !

    merci pour ton avis éclairé et parfaitement argumenté. est-ce que tu pourrais me donner ta version des faits que je puisse la soupeser et m’illuminer de ton bon goût ? j’en ai vraiment besoin.

Réagissez à cet article