Circa Survive, un rêve familier

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Un bref plongeon dans le monde onirique et visionnaire de Circa Survive réveille instinctivement la flamme poétique et irrationnelle qui sommeil en nous.

Leur histoire commence singulièrement par de multiples ruptures. Celles infligées à leurs anciens groupes respectifs Saosin et This Day Forward.

Image de circa-survive-on-letting-go Anthony Green retrouve ainsi Colin Frangicetto et c’est ensemble qu’ils vont recruter un à un les autres musiciens : Brendan Ekstrom, Nick Beard et Steve Clifford complètent la formation et apparaît dès lors Circa Survive. Nous sommes en 2005 lorsque leur premier album Juturna voit le jour. Très représentatif de l’évolution du groupe il s’éloigne du style emo punk pré-pubère pour s’orienter vers une musique progressive plus atypique et conceptuelle. S’ensuit un deuxième opus, On Letting Go, plus impliqué émotionnellement parlant, chaque membre du groupe y laisse une part de son expérience. Il est vrai que partir en tournée avec des artistes d’envergure tels que Thrice, Coheed And Cambria, Pelican ou encore The Used est particulièrement formateur et marque les esprits de manière indélébile. On Letting Go sonne sur la base comme Juturna, mais c’est dans le fond que prédomine sa différence. Il évoque un lyrisme infini et pénétrant, amenant parfois à une introspection imprudente mais légitime.

C’est fin 2008 que de nouvelles compositions font leur apparition en live pour clore la tournée promotionnelle de On Letting Go. L’indicible titre Frozen Creek semble alors le premier né d’un nouvel album en préparation. Il faudra pourtant que les fans s’arment d’indulgence car malgré l’accord parfait entre les membres du groupe, l’album tarde à sortir.

En effet, un morceau n’est pas suffisant pour compléter un disque et à cette époque, l’inspiration semble être plus efficace lorsqu’il s’agit de leurs projets solo respectifs que dans Circa Survive. Fort heureusement, c’est au terme d’une multitude de remises en question, d’un changement de label chez Atlantic Records et d’une association avec le producteur notoire David Bottrill que Blue Sky Noise paraît enfin  en avril 2010. À la frontière du surréalisme et de l’idéalisme, cet opus est un élixir précieux et puissant. L’axe principal reste le même : un son progressif et mélodieux associé une fois de plus aux peintures fantasques et romanesques d’Esao Andrews. Mais ayant gagné en maturité, la voix d’Anthony s’exprime ici avec plus de clarté et les instruments et sons utilisés sont plus variés. Puisant leur inspiration dans l’art et de manière générale dans tout ce qui les entourent, le groupe semble plus soudé et uni que jamais.

Les membres de Circa Survive s’attachent à être les représentants d’une musique libre, qui ne se limite pas aux principales caractéristiques du rock. Loin des clichés théologiques, la complexité et la richesse de leurs textes est véritablement dignes des attentes du rock progressif. C’est dans cette optique rêveuse que nous avons rencontré Anthony, Brendan et Colin, espérant ainsi partager une part de leur imaginaire…

Image de CS-010 La frontière entre la subjectivité et la réalité est infime dans vos morceaux. Où puisez-vous vos influences et vos inspirations ?

Anthony & Colin : De tout ! (rires)

Anthony : Je pense que lorsque tu as un minimum d’ouverture d’esprit, que tu écoutes et vois ce qui t’entoure, tu augmentes tes perspectives et par conséquent tes influences. Je m’inspire de toutes choses. Ça peut aussi bien être de la littérature, un film, un morceau, un regard, la forêt ou le ciel peu importe tant que tu le ressens. J’essaie de puiser mon énergie dans tout ce qui m’entoure.

Brendan : Je pense que c’est un peu pareil pour moi. J’ai beaucoup été influencé par la musique quand j’étais jeune, celle que mes parents écoutaient. Tu vois genre un groupe comme les Beatles ! (rires)

Anthony : Encore et toujours les Beatles(rires)

Brendan : Oui, j’adore tous leurs titres ils ont vraiment bouleversés ma jeunesse ! (rires)

C’est vrai qu’en dehors de l’éducation traditionnelle, c’est une chance d’avoir des parents qui nous inculquent un background musical…

Colin : Oui, je pense qu’on a tous été plus ou moins reconnaissant envers eux. Ils nous ont imprégné dès notre plus jeune âge. Après c’est évident qu’en pratiquant d’un instrument tu vas plus t’orienter dans un style particulier de musique, malgré tes premières influences.

Anthony : Mes parents écoutaient plutôt du classique ou de la country. J’aime beaucoup, mais je pense que je me suis créé mon propre passif musical à l’adolescence.

Vous vous inspirez aussi de la peinture ? J’ai cru comprendre que vous aviez fait appel de manière récurrente à l’artiste Esao Andrews pour l’artwork de vos albums…

Colin : Oui, et tu peux même retrouver toutes ses autres œuvres sur son site perso. C’est toujours intéressant de donner un morceau à un artiste comme Esao

Anthony : … et de voir comment il peut réinterpréter ta propre création. C’est fantastique de voir cela et très émouvant. Il a travaillé sur chacune des pochettes de nos albums et à chaque fois je trouve qu’il a su trouver la juste signification qui était quelque peu cachée derrière nos compos.

Et justement parlant de signification quelle en est votre interprétation ?

Anthony : Esao a su retranscrire cette frontière entre le réel et l’imaginaire. En représentant Blue Sky Noise avec ce côté animal confronté à l’Homme, ce côté fantasque face à la vie humaine, il a su représenter les confrontations existentielles auxquelles nous sommes soumis. Cette dualité entre le rêve et la réalité, cette difficulté à trouver une limite et à stagner dans cet état stationnaire est je pense assez représentatif de nos chansons…

Ses peintures me font beaucoup penser à Francis Bacon, surtout lorsque je repense à ses débuts où ses toiles étaient fortement imprégnées du surréalisme…

Anthony : Je ne sais pas qui est Francis Bacon, mais je pense que j’ai du déjà voir une de ses peintures sans savoir de qui elle était. (rires) En tout cas la description que tu nous dépeints semble coller avec l’aspect surréaliste de Esao.

Colin : Pour ma part, je suis assez d’accord avec ce que tu dis. Bacon a cette extraordinaire capacité à faire passer son travail tant recherché pour de la spontanéité. Que ce soit au niveau des couleurs utilisées où des thèmes abstraits abordés, je trouve que la corrélation est plutôt justifiée.

Pour revenir sur votre dernier album, vous avez passé quelques temps en Studio avec David Bottrill (Placebo, Silverchair, Tool…). Quel en est votre meilleur souvenir ?

Anthony : C’est difficile de se rappeler d’un moment en particulier. Je pense que ce qui est principalement ressorti de ces journées en studio est notre cohésion. Elle était presque absolue. On a vraiment travaillé main dans la main. Quand je bossais sur un morceau, j’allais voir tour à tour chacun des musiciens et on travaillait ensemble dans ce même but, dans le même état d’esprit. Ça a été presque une révélation, dans le sens où l’on s’est dit qu’on avait raison de continuer notre chemin ensemble.

Colin : Oui c’est clair ! Ça n’a jamais été aussi intense. David a vraiment été un soutien merveilleux d’ailleurs. Je pense qu’il a contribué à nous élever et à faire ressortir ce que l’on avait au plus profond de nous. Comme Anthony l’a souligné, ça faisait un moment qu’on restait sur nos acquis et que l’on n’avait pas créé quelque chose. Avec le temps tu t’enlises et tu n’es plus très sûr de tes choix. Cette expérience à vraiment consolidé nos liens.

Brendan : Oui, ça nous a conforté dans nos décisions. On ne s’est jamais sentis aussi accomplis et proches qu’à ce moment précis.

Anthony : Le lieu y était pour beaucoup aussi. Être entouré de ces bois, c’est vraiment vivifiant. Tu te sens vivre et renaître. C’est presque un retour à l’enfant qui est en toi… (rires)

Justement au niveau des textes, tu abordes souvent les thèmes de l’enfance et des relations que l’on peut avoir avec les membres de notre famille. C’est une référence personnelle ou un implication plus générale ?

Anthony : C’est plutôt à tendance personnelle. La mienne en tout cas. Mes parents nous ont élevés mes frères et moi dans le protestantisme et la chrétienté la plus extrême. Ils étaient très stricte, sur tous les plans. On avait pour obligation d’aller à l’église tous les dimanches, de ne pas vivre dans le pêché, d’être au pieu à dix heures…

Même quand tu avais 16/17 ans ?

Anthony : Non à cette période là j’étais en pleine rébellion, je leur disais juste d’aller se faire voir. Même lorsqu’ils nous autorisaient à sortir un peu plus tard et qu’ils restaient debout pour nous attendre, je rentrais le plus tard possible voire pas du tout ! (rires)

L’âge ingrat où on en fait baver à nos parents … tu devais avoir un besoin de liberté et de te libérer de tes frustrations énormes…

Anthony : Je pense qu’après nous avoir contraint à tant de choses, il y a quelque chose qui s’est passé en moi.  Je voulais tout rejeter, m’éloigner le plus possible de tout ça et leur dire d’aller se faire foutre… (rires)

Heureusement ! (rires) il semble que c’est grâce à cela que tu as pu devenir la personne que tu es, ça a forgé les bases de ta personnalité…

Anthony : Oui, et quelque part je ne peux que leur en être reconnaissant, non ? (rires) J’ai de la chance, puisque tout cela a plutôt bien évolué et que mon acharnement a fini par payer. Maintenant, ils sont fiers de moi et c’est bien qu’ils aient pu changer d’avis sur ce point.

On Letting Go reprend ce thème d’ailleurs, c’est lié à ce sujet, à cette partie de ton histoire ?

Anthony : Je préfère ne pas trop m’étendre sur le sujet. Je ne voudrais pas réveiller quelques anciennes querelles non résolues …(rires) Mais je ne parle pas forcément ici de mes parents. J’ai écrit cette chanson en rapport avec une personne qui me tient à cœur et qui était directement concernée par ce sujet.

Si vous deviez choisir un titre sur Blue Sky Noise, celui qui vous intéresse le plus …

Anthony : C’est un peu dur d’en choisir un parce que je change tout le temps d’avis à ce sujet mais en ce moment mon préféré est Fever Dreams. J’ai écrit ce morceau juste après avoir fait un cauchemar dans lequel je tuais un homme de mes propres mains. C’était terrifiant ! Je me suis réveillé en ayant du mal à discerner ce qui était réel ou non et quand j’ai repris mes esprits j’ai écrit les paroles d’un seul jet. A vrai dire, cela faisait six mois que je ne trouvais pas l’inspiration, un peu comme la page blanche… Je pense que c’est le titre qui a été le plus facile à écrire !

Brendan : Oui c’est évident qu’après ses six mois ça nous a fait du bien. J’ai du mal à statuer sur un titre favori, mais je pense que Fever Dreams est également mon préféré. Je crois que je suis passé par plusieurs phases avec cet album mais celui-ci est vraiment différent…

Image de CS-008 J’en conclue donc que comme beaucoup d’artistes, tu trouves dans tes textes un exutoire à tes angoisses, tes expériences les plus pénibles ?

Anthony : Oui c’est exactement ça. C’est vital et indissociable de ma vie à présent. Je pense que ça a toujours été le cas. Et très sincèrement pour reprendre ce que je disais plus tôt, quand tu sors d’un tel rêve, que tu prends conscience que toute cette atrocité n’était qu’une illusion. Ça te fait réfléchir sur ce que tu pourrais ressentir si tu te retrouvais bloqué dans une telle situation.

Colin : Je m’alignerai sur ce qu’ont dit Anthony et Brendan sur ce morceau. Il est vraiment à part, tant il nous a été facile à composer après ces longs mois d’errances musicales ! (rires) Mais pour donner une réponse un peu plus distincte, pour avoir un angle différent, je pense que chaque morceau écrit sur cet album a été un pas de plus vers la maturité. Chaque titre fait partie intégrante d’un tout et il me serait difficile d’en distinguer un parmi la masse tant ils sont tous reliés.

Cet album semble vous avoir apporté beaucoup sur le plan personnel. Une sorte d’évolution. Mais était-ce le cas pour tous vos albums ou uniquement pour celui-ci ?

Anthony : Après coup, que ce soit sur Juturna, On Letting Go ou Blue Sky Noise, ils sont tous associés à une prise de conscience, quelle qu’elle soit. Chaque album représente une étape de l’évolution de notre maturité. On grandi, on apprend de plus en plus et on souhaite que cela se répercute directement sur notre musique.

Colin : C’est sûr que ce dernier opus est différent sur son procédé d’écriture, mais sur la base, l’axe principal reste toujours le même. On a toujours cette même motivation, ces mêmes sons qui nous inspirent…

Il est clair que justement ce qui différenciait Juturna à l’époque des autres albums du même genre c’était qu’il n’était pas axé sur la base générale du couplet/refrain/couplet/refrain/pont etc.

Colin : Oui c’est certain. Mais il ne faut pas oublier que c’était notre premier album et qu’à cette époque on pouvait se retrouver un peu perdu dans l’écriture… (rires)

Brendan : Oui, en fait je pense qu’on voulait se calquer sur les autres mais qu’on s’emmêlait les pinceaux entre les refrains et les couplets ! (rires)

Anthony : En fait, c’est une sorte de ruse ! (rires) On fait exactement la même chose que tout le monde, mais on brouille tellement les pistes que les gens finissent par s’y perdre et ne plus savoir s’ils sont en train d’écouter un refrain ou un couplet alors que si ! (rires)

Bien joué ! Sympa l’astuce, je pense que beaucoup s’y sont trompés alors ! Le rendu final reste magistral ! (rires)

Anthony : Disons que c’est plus sympa que de dire qu’on ne différenciait pas les intros des refrains ! (rires) Mais comme l’a dit Colin, je pense que cette façon de composer est encore très présente, même si l’on a agit un peu différemment pour la composition de Blue Sky Noise.

Justement, vous avez changé de label et avez quitté Equal Vision Records pour Atlantic records. Cela a certainement dû influencer le rendu final de Blue Sky Noise, non ?

Anthony : Disons que nos moyens sont plus conséquents mais on reste toujours aussi libres d’écrire à notre guise. Il était clair dès le départ qu’on voulait garder cette liberté. C’était même notre priorité.

Colin : Oui, on ne voulait pas que qui que ce soit nous dise qu’on doit rajouter des guitares à tel ou tel endroit ou changer les paroles ou quoi que ce soit d’autre.

Quelle a été la principale motivation pour quitter Equal Visions si tout se passait bien ?

Anthony : Cela peut paraître matérialiste ou prétentieux, mais nos moyens étaient vraiment limités. On voyait pleins groupes tourner un peu partout dans le monde et notre label ne voyait par forcément l’utilité d’aller dans tous ces endroits. Du moins il n’y voyait pas l’intérêt financier. Ils ont toujours été super avec nous, et c’est clair qu’on leur doit beaucoup. On a grandi et pris en maturité en grande partie grâce à leur soutien inconditionnel.

Colin : Je tiens à souligner qu’on a eu aucun souci avec eux. On avait juste envie d’élargir notre public.

Anthony : On voulait vraiment élargir nos horizons. On visait grand. On souhaite partager ce que l’on fait avec un maximum de personnes. Les choses étant ce qu’elles sont, notre ancien label ne nous le permettait pas. Ils n’avaient pas assez de moyens. Du coup on est parti en se disant que notre priorité serait que notre futur label est des connections un peu partout dans le monde. Notamment en Europe car il y avait pleins de pays dans lesquels on avait jamais pu mettre les pieds à cause de cela. Atlantic a des connections un peu partout en Europe, et surtout en Grande Bretagne. Je pense que c’est pour cela qu’on les a choisi.

On peut donc remercier Atlantic Records pour vous avoir fait venir en France, car vous ne seriez sans doute pas là sans eux ! (rires)

Anthony : Oui c’est fantastique de pouvoir être ici. On va aussi à Amsterdam demain et on y est jamais allés non plus. On a hâte ! (rires)

Vous aviez un day-off hier à Paris, vous avez fait quoi du coup ?

Brendan : Des choses relativement touristiques ! (rires) Mais c’est déjà tellement énorme d’être ici. De pouvoir visiter cette ville que peu importe l’endroit ca reste incroyable et merveilleux. C’est aussi beau que ce que l’on avait imaginé !

Quel est votre meilleur souvenir de Paris dans ce cas ?

Colin : Je pencherais plutôt pour le Musée du Louvre. C’est magistral. Il y a tellement de choses à voir c’est immense !

Tu as vu la minuscule voire ridicule Mona Lisa ?

Colin : Oui ! Il est vraiment petit ce tableau tu aurais presque du mal à le voir ! (rires) En plus tu as une sorte de baie vitrée devant ! (rires) C’est incroyable parce que tu as des tableaux qui font des mètres de long juste à côté, que tu peux presque toucher du doigt et de plus sont magnifiques ! Ils mériteraient à mon avis autant d’attention que Mona Lisa !

Image de CS-005 C’est sûr que le Louvre est vraiment l’un des axes principaux de toute visite touristique de Paris, mais il y a tellement d’autres endroits plus confinés mais qui en valent vraiment la peine…

Anthony : C’est vrai que l’on a fait beaucoup de choses touristiques ! (rires) On a même aperçu la Tour Eiffel, mais de loin car on était sur la place du Trocadéro. Elle n’en est pas moins splendide ! Mais ce que je retiendrais le plus ce sont peut-être les moments qu’on a passé aujourd’hui à errer dans ce quartier (20e arrondissement, ndlr). Ce n’est peut-être pas l’endroit le plus beau au niveau de son architecture, mais de marcher dans les rues et de voir les parisiens dans leurs occupations quotidiennes – comme faire les courses où boire un verre en terrasse – est tout aussi enrichissant. Tu t’arrêtes un moment et tu respires toute cette vie qui t’entoure. Tu jettes un coup d’œil au ciel qui est magnifique et tout devient plus merveilleux. D’autant plus que c’est notre première fois et qu’on est extrêmement reconnaissant de pouvoir déjà être ici.

C’est vrai que votre venue est providentielle ! Après avoir attendu tant de temps pour ce troisième album, je pense que tous vos fans devaient s’accorder sur un point : la peur du traditionnel split up…

Anthony : D’autant plus qu’on est jamais à l’abris d’un split up avec moi, jamais ! (rires)

Crédits photo : Philippe Abdou

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

1 commentaire

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  1. 1
    Cindy Rocher
    le Mercredi 25 mai 2011
    CR a écrit :

    meilleur souvenir avec Discordance <3

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