Chronic’Art 46

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De la première à la dernière page. Tout, absolument tout. Les dossiers, les interviews, les critiques de livres, de CDs, de films. Tout a été inventé dans ce numéro 46 de l’excellent magazine papier Chronic’Art destiné à devenir un objet culte…

chronicartAlors bien sûr, après coups, il est facile de se la jouer blasé en affirmant de façon détachée que la supercherie n’a pas fonctionné. Que le dossier sur les hackers russes s’entretuant pour la gloire était trop gros pour être crédible, que l’interview du punk converti au christianisme sentait le coup monté et que si SexChange le site Web dédié aux aventures sans lendemain existait vraiment, cela ferait longtemps que vous seriez dessus. Il n’empêche que le sérieux de l’entreprise force le respect et qu’une fois de plus la rédaction de Chronic’Art a fait un boulot énorme avec une intelligence exemplaire.

Le bidonnage aura quand même mis quelques jours à être percé à jours et d’illustres confrères se seront même laissé piéger en relayant certaines de ces fausses informations, tel David Abiker qui reprendra sur France Info l’histoire de l’homme qui avait prédit l’éclosion d’Internet dès 1956.

Plus qu’un simple exercice de style, l’initiative ne laisse pas indifférent et peut faire penser au célèbre fake d’ Orson Welles qui, en son temps, jeta des milliers de gens paniqués dans les rues. Entre ceux qui s’estiment floués d’avoir déboursé 4 euros pour une vaste plaisanterie et ceux qui considèrent ce numéro comme culte, la palette des réactions est très large. Le seul regret me concernant, serait d’avoir été au courant de la supercherie avant d’avoir reçu le numéro tant attendu dans ma boîte aux lettres. Et même, si l’intérêt après coups de lire l’interview d’un auteur qui n’existe pas est un peu moindre, la performance de la rédaction de Chronic’Art est savoureuse à plus d’un titre et vous passerez de longs moments à décrypter chaque article pour tenter de lister les nombreuses références croisées et détournements qui s’y cachent.

Critiquer les médias n’était pas l’ambition de ce fake intégral. Cela étant dit, il est tout à fait envisageable de voir les choses de cette manière et d’en tirer des enseignements. Chronic’art, bi-média par excellence (né en 1997 sur Internet, papier depuis 2001 en plus du site), révèle la supercherie du support papier via son support électronique : voilà qui va à l’encontre des idées reçues selon lesquelles Internet est la source de tous les maux.

Voici l’une des explications que le magazine a publié sur son site Web, il y a quelques jours de cela, en attenant un débriefing complet dans le prochain numéro papier.

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Image de : Fondateur de Discordance.

13 commentaires

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  1. 1
    Stedim
    le Jeudi 19 juin 2008
    Stedim a écrit :

    Très joli coup !

  2. 2
    le Vendredi 20 juin 2008
    Loïc a écrit :

    « Critiquer les médias n’était pas l’ambition de ce fake intégral. Cela étant dit, il est tout à fait envisageable de voir les choses de cette manière et d’en tirer des enseignements »

    Hum. En gros il n’y avait pas de message à retenir et ce n’était qu’un coup de promo. Du Chronic’Art quoi.

  3. 3
    le Samedi 21 juin 2008
    Dimitri a écrit :

    Dommage maintenant qu’on le sait ça donne moins envie de le lire… Mais le concept, pour ceux qui ne savent pas, est osé.Plus d’un sont tombés dans le panneau.Pas mal comme idée.

  4. 4
    le Samedi 21 juin 2008
    Dahlia a écrit :

    Tout comme Pascal, je suis une lectrice fidèle de Chronic’art et croyez-moi, le fake était pas forcément évident à déceler pour qui connait le ton du magazine… Et le côté perf’ littéraire est excellent: faut en vouloir pour inventer toutes ces oeuvres cinématographiques, musicales, ces livres ou ces jeux vidéos qui n’existent pas sur plus de cent pages! On dirait le journal d’une dimension parrallèle qui permet de pointer les travers d’un tas de trucs déjà existants en plus…

  5. 5
    Pascal
    le Samedi 21 juin 2008
    Pascal a écrit :

    « Du Chronic’Art quoi. »

    Te trouves un peu injuste là ;o)
    C’est pas Technikart quand même…

  6. 6
    le Mardi 24 juin 2008
    Dimitri a écrit :

    D’ailleurs à ce propos, j’ai lu un peu Technikart, j’en suis pas fan mais… Quelqu’un pourrait m’indiquer ses tendances, positions ? Je me pose la question de voir qui je lis. Merci :)

    Vu que Pascal tu « casses » le zine, j’aimerais savoir pourquoi ;)

  7. 7
    Pascal
    le Mardi 24 juin 2008
    Pascal a écrit :

    > Quelqu’un pourrait m’indiquer ses tendances, positions ?

    Tendance: coke et sexe.
    Positions: sexe et coke.

    Il fût un temps où il m’arrivais de l’acheter. Mais le problème de ce magazine c’est que ce qu’il a de mieux c’est sa couverture. Des bons titres accrocheurs du style « Pourquoi les jeunes parents sont t-ils si chiants » ou « Je bosse dans je jouis » et au final une baudruche qui se dégonfle dès qu’on l’ouvre.

    Bien sûr tout n’est pas à jeter, il y a parfois de bons trucs, mais c’est devenu de plus en plus racoleurs et facile. Sans compter leurs pubs assez omniprésentes et qui sont très dures à distinguer du contenu éditorial avec leurs espèce des pseudos reportages qui sont en fait des odes déguisées au dernier gadget à la mode.

    Autant ChronicArt tu pourrais leur reprocher un certain autisme à écrire sur des choses très pointues, ce que personnellement je cautionne à 100%, autant Technikart devient de plus en plus pénible par son côté surfait, simpliste, et branchouille.

  8. 8
    le Mardi 24 juin 2008
    Dimitri a écrit :

    Ah oué… C’est vrai qu’il y a tout le temps ces thèmes qui reviennent. Oui carrément ! Les couvertures me branchent bien, puis je me retrouve à zapper pas mal de trucs à l’intérieur.
    Merci de ces précisions ;)

  9. 9
    Stedim
    le Mardi 24 juin 2008
    Stedim a écrit :

    Je me souviens que j’achetais parfois Technikart à une époque. J’étais comme tout un chacun attiré par la couv’.

    Ma réflexion était toujours la même : globalement de bonnes idées mais des sujets toujours bâclés au final ! Ca en était désespérant.

    Ensuite, effectivement, comme le dit Pascal : bien trop « branchouille » et racoleur.

    Maintenant, je lis DISCORDANCE ! (Haha)

  10. 10
    le Mardi 24 juin 2008
    Dahlia a écrit :

    Les enfants, si ça vous intéresse, je vous ferai lire la chronique que je prépare sur ce livre pour mon blog:

    http://www.amazon.fr/Vous-%C3%AAtes-sur-liste-tyrannie/dp/2354170130/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=books&qid=1214304718&sr=8-1

    L’auteur est un ancien pigiste de Technikart et GQ entre autres et la réalité qu’il décrit de ces deux rédactions et des branchés et hype en général est… franchement terrifiante. Parce que bientôt ce sont ces connards qui risquent de dominer et tout supplanter sur le plan culturel. Mon exemplaire est déjà en train de largement circuler dans mon entourage…

  11. 11
    Stedim
    le Mercredi 25 juin 2008
    Stedim a écrit :

    Oui, ça m’intéresse, Maman Dahlia. J’adore les désillusions. ;)

  12. 12
    Yves Tradoff
    le Mercredi 25 juin 2008
    Yves a écrit :

    En allant plus loin, on peut même se demander s »il y a des magazines culturels généralistes qui ne sont pas « branchouille »? Hier, j’ai acheté les Inrocks de cette semaine – le genre de truc qui m’arrive pas souvent- et je me suis très vite dit : ce magazine n’est pas fait pour moi.

    Si on veut être plus méchant, on peut y ajouter un autre question : l’état médiocre de la presse culturelle – si tant est qu’elle existe vraiment – est il le reflet fidèle du déclin qualitatif de la presse en général, notamment des « news » magazines? Et si on se sent d’humeur massacrante, on peut même s’amuser à compter les revues d’excellences pour les comparer aux 4000 mag’ et journaux qu’il existe en France – pays le plus fourni d’Europe, voir du monde. Et là, c’est la déprime.

  13. 13
    Pascal
    le Mercredi 9 juillet 2008
    Pascal a écrit :

    Le numéro 46bis vient de sortir avec quelques explications sur le fameux fake…

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