Christine And The Queens : Nuit 17 à 52 [Voyage nocturne et insomnie]

par |
Après deux EP autoproduits nommés d’après deux de ses Queens (Misericorde & Mac Abbey), Christine revient avec un nouveau 5 titres. Aux habitués des collages sonores dans ses précédents opus, ce nouveau venu risque de surprendre à la première écoute.

Toujours seule à cinq et soutenue par le label Because Music, Christine & The Queens sort Nuit 17 à 52, le 3 juin prochain. Il paraîtrait que compter est bon pour la mémoire, on dit même que « le nombre lutte contre l’oubli« . Voici donc quelques bonnes raisons de vous laisser séduire.

Une maitrise indéniable

Artiste pluridisciplinaire, petit brin de femme à qui une seule casquette ne suffit pas, elle est tour à tour auteur, compositeur, interprète (Christine c’est elle, mais aussi les Queens). Elle est aussi coproductrice de cet EP, en attendant de le défendre pleinement sur scène. Venue du théâtre, de nature curieuse et touche à tout, elle s’attelle à la musique. Une musique aussi bien sonore que visuelle qui donne à voir les couleurs et les lumières d’un cabaret réhabilité, où vous iriez lors d’une insomnie et seriez seuls avec elle(s).

Du bourdonnement lointain qui ouvre l’EP aux quelques notes qui le closent, chaque morceau est basé sur une hiérarchie sonore sur laquelle il faut repasser plusieurs fois. Il faut plusieurs écoutes pour saisir la subtilité des morceaux tant leur structure semble évidente et pourtant ne laisse transparaitre aucun de ses secrets de prime abord.

Christine And The Queens by Federico Cabrera

De trois quart dos, orientée vers la gauche, la photo présente Christine seule dans une franche lumière, mais entourée d’ombre. L’image est simple et pourtant, elle interpelle. Il y a une simplicité indéniable, une pureté remarquable, de la typographie au costume immaculé. Les mains soulevant les pans d’une veste surdimensionnée, elle a plus d’un tour dans ses lourdes poches. La pochette donne le ton. Une fois encore, Christine surprend et pousse notre curiosité.

Deux univers qui cohabitent avec une facilité déconcertante

Christine And The Queens peut être caractérisée d’heureux hasard. Une belle rencontre au delà de celle de la jeune fille avec les Queens (elle chuchote que ce sont des travestis). Forte de douze ans de piano et d’une sacrée culture musicale allant de Vivaldi à David Bowie, Klaus Nomi ou Michael Jackson, elle décide de devenir performer.  Aussi surprenant que le brassage puisse paraître, il devient la raison d’un goût prononcé pour les harmonies. A la façon de Camille ou Claire Diterzi, elle prouve que l’on peut être artiste sans s’accompagner d’un instrument sur scène. Ce choc entre deux univers est l’espace même de création d’une pop électronique mélodieuse et chaleureuse. Entre textures synthétiques et rythmes en profondeurs, on trouve du plaisir à se laisser aller aux premiers rayons du soleil. Photos Souvenirs désarme à la première écoute. L’ouverture sur l’énumération des villes met la puce à l’oreille quand les notes de piano ont déjà commencé à vous titiller . Le titre de William Sheller semble moins mélancolique, la boîte à rythmes synthétiques et les voix féminines offrent au texte une nouvelle lecture, et la réappropriation réside dans l’interprétation seule. Des nappes mélodiques viennent habiller le tout avec justesse.

Trois titres taillés pour la scène

Bien sûr, chaque titre mériterait que l’on s’y attarde plus, mais se faire un avis seul, ce n’est pas plus mal.

Wandering Lovers s’avère entrainante dès son introduction. On reconnait facilement sa griffe: les rythmes, les textures, et pourtant c’est encore neuf. Les chœurs en introduction ouvrent la voie aux martèlements qui prennent toute l’espace. Les voix se répondent dans la répétition à des hauteurs différentes et les chœurs apparaissent comme un leitmotiv. Ils ajoutent à la fois un rythme supplémentaire et une ligne mélodique.

Starshipper, d’abord bourdonnante, se met doucement en place. Ce mélange cloisonné entre anglais et français rend la fusion entre les deux langues plus douce. La langue de Molière ouvre le morceau et prédomine sur la longueur. Celle de Shakespeare prend en charge le titre, une partie du couplet et certaines voix du refrain. Les voix se complètent et les chœurs ainsi que la voix principale réverbérée s’en vont disparaitre dans un écho. Derrière, la musique s’étoffe crescendo pour offrir sur la répétition des refrains en fin de morceau, un feu d’artifice de rythmes d’une puissance insoupçonnée.

Loving Cup est un titre qui donne furieusement envie de danser. D’emblée et dès l’ouverture de l’EP le ton est donné. Christine et ses Queens vous entourent de toute part, vous prennent par la main et vont vous faire danser. « Walk in, step in » glissé au creux de l’oreille, derrière les couplets, vous n’avez plus vraiment le choix. Tendez bien l’oreille. Elles sont partout. Elles s’emparent de vous et vous vous retrouvez en fin de morceau à continuer à claquer des doigts.

Quatre minutes vingt et une secondes de bonheur intense

Le titre éponyme mérite bel et bien une raison de se laisser séduire à lui seul. Second titre de l’EP, après l’entrainant Loving Cup, on pourrait croire à un simple piano-voix. Ne vous y fiez pas. Une chanson douce, mélancolique mais surtout très poétique. Le non-dit n’a pas besoin d’être révélé, la pudeur prévaut et la métaphore numérique est efficace : « là, nuit 17 à 22 nous étions là ». En ce qui concerne le texte, le français est une évidence, il est sublimé quand l’anglais se fait discret. Les mots sont justes et rendent l’ensemble sensible. Le français leur va si bien. À se laisser surprendre par la beauté du texte, on en oublie que les rythmes lointains ont doucement pris le dessus et offrent de la profondeur au titre. Les voix s’ajoutent en cours de route pour décupler les lignes mélodieuses, les choristes sont en retrait, leurs voix lointaines et douces. La magie opère et le travail sur les différents niveaux sonores vous pousse au plaisir coupable ultime : monter le son pour se laisser ensevelir.

Si après ces quatre points vous doutez encore, vous pouvez toujours leur prêter vos oreilles et vos yeux. Pour reprendre William Sheller, on espère la retrouver de Paris à New-York, en passant par «Neuilly, Passy, Lagny, Bondy, Grigny, Parly, Nancy, Trouville, Blonville, Deauville, Rabat, Djerba, Oslo, Tokyo, Kyoto, Stromso… ».

Christine And The Queens, Nuit 17 à 52 (Because Music), sortie le 3 juin 2013.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article