Chinese Man – Les explorateurs du XXIe Siècle

par |
Venant de la cité de Phocée, les Chinese Man s'attellent une nouvelle fois à l'exploration du monde. Le temps des Grandes Découvertes est peut-être loin, Marco Polo et Christophe Colomb sont d'ailleurs morts et enterrés depuis belle lurette, mais leur état esprit a survécu. Pire, il s'est ré-incarné à travers un groupe qui n'a de chinois que le nom.

Image de Chinese Man- Racing with the sun « Prépare toi, elle sera longue l’expédition » chantaient les Cowboys Fringants en 2008. Ils n’avaient pas tort : Chinese Man vient d’entamer sa 7e année de voyages au fil des continents pour nous proposer une 3e halte bien méritée. Douze mois  de travail à vaquer vers des civilisations anciennes et des coutumes oubliées. Ils ont traversé des déserts, dansé avec le soleil, retourné les ballots…

Le navire à la bannière bleue et blanche s’est arrêté aux quatre coins du Globe pour y faire 13 escales. « Racing With The Sun » est un peu le recueil sonore de ses escapades. L’Orient reste une des terres les plus appréciées des Chinese Man : elle constitue un des fil directeurs de leur itinéraire. C’est « une invitation au voyage » que nous propose le premier son des Chinese, courte intro de 2 minutes qui annonce déjà le ton.

Une première escale en Afrique

One Past se déroule sur les terres arides africaines, un lieu plutôt exploré dans les deux premiers volumes en 2007 et 2009. Des sonorités cuivrées et très reggae, flirtant avec le dub, sont prisées pour lancer le set. De quoi rappeler aux fidèles la bonne époque de Eight y Cinco, même si l’on est loin des plus marqués Ayoyo. Une très courte halte puisque les influences africaines sont un peu moins présentes que sur « The Groove Sessions Vol.2″. Peu importe, pas le temps de se désaltérer que le navire relève déjà l’ancre.

Petit crochet par les Amériques

Il n’était pas forcément prévu sur le parcours initial vu comme les Chinese Man ont pris plaisir à rester sur les terres asiatiques, mais comme lors de leurs précédentes expéditions il fallait bien faire une escale du côté de l’Amérique Latine. Après le passage à Cuba avec le très percutant Jumpin’in Havana en 2009, les Chinese ont reposé un pied sur les terres embrasées de Saudade. Chaleur latine, doux brasier qui a favorisé le rythme au détriment de l’intensité pour vaquer vers d’autres horizons. Plus au Sud, Chinese est allé à l’encontre du Brésil. Pourtant ceux sont bien des franco-américains qui ont fait le voyage avec lui pour distiller un son do Brazil avec les claviers du General Elektriks sur Ta Bom. Un court arrêt, mais utile en soi, avant de monter au pays du fare ouest.

Chinese Man a décidé de développer à la fois un côté comic à travers sa pochette d’album, mais aussi un univers bien particulier. Il a pris la décision d’engager une course avec le soleil, d’où son titre « Racing With The Sun », monté sur le dos d’un taureau sur fond de soleil couchant avec ses enceintes sous les bras. Il enregistre des sons partout où le monde lui tend les bras : le titre éponyme de l’album est un mélange de gospel dopé au UK dub. Ce côté ballot de paille et fare ouest se ressent encore plus sur Get Up, en featuring du crew Ex-I, Lush One et Plex Rock. Des samples aiguisés sur un flow hip hop, des notes de banjo et le retour pleine pompe des sons crasseux type phonographe. Un des brûlots incontournables de l’album. La côte US est bien représentée sur ce coup là…

Cap vers l’Asie

L’Asie n’est que trop près pour ne pas dévier vers des influences pakistanaises sur If You Please avec dhôls et instruments indiens à vent. Cela restera d’ailleurs est un des lieux de prédilection du groupe, où métissage et rencontres ont fini par prendre le dessus : Miss Chang en est l’exemple le plus flatteur. Véritable bombe de cette dernière galette, les featuring de Taiwan MC et de Cyph4 sont tout simplement dévastateurs. Des basses vrombissantes, un beat hip hop assourdissant, un flow percutant mi-chinois, mi-anglais type années 50 pour un appel sous le même clairon. Aucun doute, comme Duarte Fernandes en 1511, les Chinese Man ont découvert l’emplacement de l’île aux épices. Une explosion de saveurs qui retourne les sens, l’esprit zen vient d’être conquis.

Le goût, les couleurs, les influences, Chinese Man décide de faire un petit tour vers l’intérieur des terres. Changement de registre : loin des tumultes de la côte, les phocéens décident d’amarrer le navire avec l’aide du rappeur Plex Rock. Sous des variantes dubstep, Stand ! montre la face cachée du groupe en infatigables guerriers du son. Plus de 4 minutes de haute volée et de haute voltige, sous le signe du rassemblement des disciples.

Avant de boucler ce long voyage, Chinese Man a collaboré avec les indonésiens de Dubyouth et de la Hip Hop Jogja Fondation. Histoire de pousser l’expérience jusqu’à l’extrême, c’est un flow en anglais et en javanais qui déferle sur J.O.G.J.A., entre du hip hop, du punk et des musiques traditionnelles. Une compo qui rappelle certains…Asian Dub Foundation.

L’entrée au pays

Après un si grand périple, les Chinese ont du se sentir obligés de faire un son « à la française », quitte à rappeler qu’un des plus grands groupes de trip hop est bien tricolore : afin de parachever un album qui marquera leur discographie, Chinese Man s’est fait plaisir en composant avec leurs potes du Scratch Bandit Crew un dernier morceau pour la route, Down. Une avalanche de scratchs sur des airs cuivrés qui fait monter la température crescendo. Comme si l’on avait pas eu assez chaud en 54 minutes…

Après deux volumes de compilations « The Groove Sessions », les Chinese Man nous ont concocté leur premier véritable album : la quantité de samples utilisée est impressionnante, les instruments venant des quatre coins de la planète n’ont fait que doter d’une nouvelle dimension un groupe catalogué trop facilement « trip hop ». Au-delà des étiquettes, au-delà des frontières, Chinese Man ne fait pas de concession. Il distille un son qui propulse l’auditeur au cœur de son périple tout en le plongeant dans son univers.

Le temps des Grandes Découvertes est peut-être terminé, mais la quête de l’esprit zen est bien en marche. Chinese Man endosse le costume d’explorateurs.

D’explorateurs du XXIe siècle.

Partager !

En savoir +

Chinese Man, Racing With The Sun, 13 titres, 54 minutes, dans les bacs depuis le 11 avril 2011

Site Officiel : http://www.chinesemanrecords.com/
Myspace : http://www.myspace.com/chinesemanrecords
Clip « Miss Chang » (2011) : premier single de « Racing With The Sun »
http://www.dailymotion.com/video/xi1xqe_miss-chang-chinese-man-feat-taiwan-mc-cyph4_music

A lire aussi sur Discordance :

Live Report de Chinese Man au Rockstore de Montpellier (Avril 2011) :
http://www.discordance.fr/chinese-man-au-rockstore-de-montpellier-31335

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article