Charlotte Gainsbourg à l’Olympia de Montréal

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Le concert devait avoir lieu en janvier, mais le stress en avait décidé autrement. Il faut savoir se faire désirer. Ou du moins prendre notre désir en patience. Heaven can wait, so do we. C’est donc les 23 et 24 avril dernier que Charlotte Gainsbourg s’est présentée à l’Olympia de Montréal. Soirée du 24 passée à l’IRM discordante.

Il est de ces artistes qu’on aime pour ce qu’ils font. Il est de ceux qu’on aime pour ce qu’ils sont, quoi qu’ils fassent (ou presque). Charlotte Gainsbourg fait indéniablement partie de ceux-ci; ces êtres attachants, ces icônes, ces artistes à l’état pur.

Munie d’une timidité paradoxalement conquérante, Charlotte est un être pluriel et singulier. On peut la voir possédée et sauvage, dans une œuvre cinématographique comme Antichrist de Lars von Trier, sortie la même année que son nouvel album IRM, et on la connaît aussi vulnérable, s’excusant presque de parler, sur les plateaux de télévision et ce soir, sur scène.

Depuis longtemps et très naturellement, elle a arraché de nos pauvres esprits cette lourde étiquette de « fille de ». On ne l’a jamais vue et l’on a pourtant l’impression de la connaître. L’effet du cinéma probablement. Ainsi, en cette fin d’avril printanière le public est déjà conquis alors que Charlotte, envoûtante et gênée, pose le pied sur la scène de l’Olympia à Montréal en ouvrant avec la chanson titre de son dernier album.

Elle affronte le vertige de la scène et ça se sent : face aux spectateurs, elle est à nu, mais elle ne se cache pas derrière un personnage. Et plus elle est gênée, plus le public l’acclame. La question se pose : manque-t-il autant de naturel chez les artistes en général pour qu’on aime tant ceux qui se montrent humains et faillibles? Le nom Gainsbourg est avant tout lié à un homme controversé, suivi de sa musique. Sa fille quant à elle le signe tout autrement, mais tout en conservant le même sens : le nom devant l’art. La comparaison, si l’on peut l’appeler ainsi, s’arrête ici, car Charlotte ne compose ni n’écrit ; elle interprète et sur scène, sa force, c’est aussi son groupe. Extrêmement bien entourée de cinq musiciens talentueux aux dress-code précis (cravate pour les hommes, exceptions pour un nœud papillon défait), la chanteuse évolue au sein d’une mise en scène ni surfaite et ni pour autant minimaliste. Le rythme est assuré, les univers respectifs de Air et de Beck envahissent la salle comblée (dans les deux sens du terme) et surtout l’espace scénique est rempli. Ainsi, au sein de cet équilibre maintenu, la setlist délivre ses surprises et ses trésors.

Charlotte ne s’impose donc pas comme un simple instrument ou une marionnette dont les ficelles seraient tirées par les Versaillais et le Californien. Son charme et sa voix fragile transcendent le tout avec une simplicité des plus déconcertante. Sa personnalité va jusqu’à épouser tout en finesse une reprise de Bob Dylan, Just Like A Woman , morceau que l’on retrouve sur la bande originale du film I’m Not There dans lequel elle jouait également. Mais la chanteuse n’oublie pas qu’elle est aussi la fille de son père, ce dernier lui ayant laissé le plus bel héritage musical possible. Ainsi contre toute attente L’Hôtel particulier retentit. « Je n’ai jamais osé, mais voilà j’ai eu envie d’oser, cette chanson est extraite de Melody Nelson ». Une chose est sûre : on aime quand elle ose. Et autour de ces bijoux, elle revisite ses albums; Le Chat du café des artistes, reprise du chanteur québécois Jean-Pierre Ferland, est réinventée avec goût et à renfort d’un son électro qui lui va à ravir.

Elle remercie le public entre chaque morceau, un public privilégié d’assister à sa première tournée au sein d’une ville qu’elle affectionne tout particulièrement pour y avoir passé du temps en tournage d’après ce qu’elle nous dit. Chanceux nous sommes, enchantés surtout. Son secret se dessine alors comme l’évidence même. Charlotte est incorruptible. Oui, rien ne peut la corrompre. Ni son nom. Ni son père. Ni l’industrie du cinéma, encore moins celle du disque. Et c’est ainsi que la magie opère.

Sur un Couleur café charmeur et ensorcelé, elle nous quitte et nous devons nous faire une raison, à la fin, il faut sortir de cette bulle dans laquelle nous nous étions calfeutrés pendant plus d’une heure et quart. C’était un beau voyage, pas un voyage mené de main de maître, mais avec un certain éclat, car en ne s’attendant à rien, on a souvent tout. Le spectacle a su apporter cette douceur qui nous manque trop souvent lors de nos évasions dans les salles de concert. Un brin d’innocence, et ça c’est une marque de beauté. Merci Charlotte. À bientôt. Oui, on t’aime, telle que tu es.

Fragile et forte, tendre et sensuelle, timide et séduisante, plurielle et singulière. Charlotte joue à la collectionneuse en réunissant les antagonismes et en jouant sur ceux-ci. Mais quoi qu’elle fasse au final, nous ne pouvons que l’aimer. Le ciel peut donc attendre tant qu’on a Charlotte.

Dehors, la nuit est tombée sur Montréal, mais on s’en fout, car Charlotte brille encore.

La tournée française commencera le 14 juin à Caen. Elle sera à La Cigale de Paris le 16 juin prochain.

Setlist : IRM / Greenwich Mean Time / Master’s Hands / Me and Jane Doe / Set Yourself On Fire / Jamais / Heaven Can Wait / In the End / Time of the Assassins / La Collectionneuse / AF607105 / Vanities / Just Like a Woman / Dandelion / L’Hotel Particulier / The Operation / Looking Glass Blues / Tricky Pony Rappel Voyage / Le Chat du Café des Artistes / Couleur Café

Crédit photos : Caroline Bacle et Samuel Cogrenne

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Image de : "Si un homme traversait le Paradis en songe, qu’il reçut une fleur comme preuve de son passage, et qu’à son réveil, il trouvât cette fleur dans ses mains… que dire alors?"

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