Charles Di Meglio

par Antoine|
Dans quelques semaines aura lieu au Théatre des Enfants Terribles la pièce Salomé, d'après l'oeuvre d'Oscar Wilde. Charles Di Meglio, le metteur en scène, répond à nos questions sur son travail.

Petit récapitulatif sur ton passé pour commencer. Tu as vécu au Canada, à Taiwan, puis en France où tu te fixes pour ton entrée au collège, où tu rencontreras tes amis et où tu feras tes premiers pas sur scène. Comment l’aventure de la compagnie des Possédés de la Comédie a t-elle débuté pour toi ?

Image de charlesdimeglio_thumb Charles Di Meglio: La scène m’attirait depuis longtemps ; aussi je réalisais des court-métrages… Tout cela me plaisait vraiment, mais j’avais besoin d’une structure plus concrète ; d’être dirigé sur scène. Un jour, je me suis présenté à une audition organisée par la troupe des Possédés de la Comédie, et je me suis retrouvé parachuté dans le rôle principal, du dandy poseur, dans L’Importance d’être Constant de Wilde .

Théâtre, conservatoire…Quel est ton parcours ?

Charles Di Meglio: Après le Bac, j’ai passé les auditions pour le Conservatoire du 16e à Paris. J’y suis resté trois ans. Parallèlement, je dirigeais la troupe de théâtre de mon ancien lycée. C’était très agréable. J’ai, je pense plus appris que mes élèves ! Tant quant à la manière de mettre une pièce en scène que d’un point de vue pédagogique car il n’est pas facile d’apprendre des choses à des jeunes qui ne sont pas comédiens au départ. Cela m’a aussi permis de clarifier la vision que j’avais de mon propre travail.

Et concernant les court-métrages ?

Charles Di Meglio: J’ai réalisé mon premier court en 2001, Voyage au Pays des Fourrures, tiré d’une pièce que j’avais écrite. Il y avait trois acteurs pour quinze rôles, un bon souvenir. Ensuite, j’ai écrit un autre scénario, M, qui ne sera jamais tourné, mis à part quelques plans avec l’acteur qui tenait le second rôle et pour lequel j’ai plus tard écrit Le Crime de Lord Arthur Saville (d’après une nouvelle d’ Oscar Wilde ; décidemment on n’en sort pas !), un court-métrage muet en anglais ( rires ) qui fera plus tard partie d’une Trilogie Wildienne .

Salomé ! Parle-moi de la pièce. Quelle est l’histoire ?

Charles Di Meglio: L’histoire de Salomé est un épisode de quelques lignes dans la Bible. Contre une danse, le roi Hérode promet à cette jeune fille de quinze ans ce qu’elle souhaitera. Salomé, endoctrinée par sa mère (Evangile de Saint-Matthieu), demande la tête du prophète Jean-Baptiste. Wilde en a fait une pièce en un acte : Salomé – contrairement à la tradition religieuse, et c’est là toute l’originalité et la subversion de la pièce – ressent pour le prophète un désir fou, charnel, quasi-mystique, et tellement inassouvissable qu’elle demandera sa tête au roi pour éteindre sa soif de son corps. Un drame en fait, mais dans lequel on retrouve des passages comiques forts.

Dans Rose comme dans Salomé, le désir revient souvent. Pourquoi ce sujet est-il si présent dans ton univers ?

Charles Di Meglio: Rose fait partie d’une autre trilogie de court-métrages que j’avais appelée Films en forme de rose . C’est en travaillant sur Le Balcon de Jean Genet que j’ai eu l’envie de situer l’un des trois scénarios de la trilogie dans un bordel. Le thème du désir reviendra aussi dans Phèdre, de Jean Racine, un projet que je suis en train de mettre sur pied. Mais ce n’est pas nécessairement le même désir d’un projet à l’autre. Mystique mais non charnel dans Rose, il est charnel et inassouvissable dans Salomé … Mais à dire vrai, je ne sais pas comment expliquer la récurrence de ce thème dans mon travail. Peut-être parce que c’est un sujet que je trouve très important – mais dont on parle trop peu (on en parle souvent avec dérision : par pudeur ou parce que l’on est dépassé) – puisqu’il gouverne presque entièrement nos vies ! Mais le sujet reste difficile à aborder, car il est intime. Ce travail reste pour moi une réflexion personnelle, que je n’ai pu aborder avec les comédiens en préparant la pièce qu’en tête-à-tête pour une plus grande liberté de parole…

Pourquoi un registre si difficile pour une première mise en scène pro alors que cela semble tant à l’opposé du Feydeau burlesque de tes premières scènes ?

Charles Di Meglio: La question ne s’est pas posée en réalité. Je crois que l’on ne monte pas un spectacle pour le registre auquel il pourrait appartenir, mais plus pour ce que déclenche, provoque en nous la pièce en elle-même. En l’occurrence, on peut rire ou non ; c’est très contrasté. Et il n’y a par ailleurs presque rien de plus difficile à jouer que du Feydeau ! (rires)

Avant d’aborder la mise en scène, parle-moi de tes comédiens, de ta compagnie, Oghma. Qui sont-ils, pourquoi eux ?

Image de charlesdimeglio_thumb2 Charles Di Meglio: Salomé est une pièce affreuse : elle nécessite au moins quinze comédiens sur scène en permanence. Le choix des comédiens a donc été d’autant plus compliqué que certains sont partis en cours de route, remplacés ensuite par d’autres ; quand nous avons attaqué un gros mois de répétitions intenses de Salomé, à la mi-août, il nous manquait deux acteurs ! Alors en attendant de les remplacer, les acteurs qui ne jouaient pas se relayaient pour dire le texte des rôles non-distribués, ou quand tout le monde jouait, c’était moi qui le faisais. Une gageure !
La compagnie en elle-même a été créée par Jean-Antoine Marciel et moi-même pour diffuser nos mises en scènes, nos pièces, notre travail. Salomé est la première production de la compagnie. Jean-Antoine monte en ce moment avec Patrice Riera (qui va jouer Iokanaan dans Salomé ) l’intégrale des pièces de Sarah Kane ; Phèdre est aussi en cours de préparation. Bref, nous avons des projets pour un bon moment.

Mais c’est très difficile d’expliquer une distribution. En fait, je ne le peux pas. C’est en général une évidence : je ne vois personne d’autre pour un rôle ; il était par exemple impossible de monter cette pièce sans Laurène Cheilan en Salomé . La distribution de certains rôles est parfois moins évidente, mais je fais confiance à l’acteur, et à l’instinct qui m’a poussé à lui donner le rôle.

Parle-moi du théâtre Les Enfants Terribles .

Charles Di Meglio: Ce théâtre est un lieu ouvert, dans lequel sont donnés des cours de théâtre mais qui programme aussi des spectacles. La salle, magnifique, est idéale pour la pièce : une scène à même le sol un peu comme un amphithéâtre, par laquelle les soixante-cinq personnes du public arrivent pour rejoindre les fauteuils. C’est une scène très grande (quatre-vingt-dix mètres carrés) mais qui permet une approche en gros plan des acteurs, du spectacle. C’est ça qui me plaît dans cette salle, je pense que c’est important de pouvoir regarder un spectacle à la fois dans son ensemble, mais aussi en gros plan – même si c’est d’autant plus dangereux parce que l’on doit veiller à chaque détail, dans les costumes, dans les accessoires, dans tout.

Quelle mise en scène as-tu travaillé ? Décors, costumes…

Charles Di Meglio: Le décor est assez sommaire, d’une part parce que le budget est limité pour favoriser la qualité des costumes, et d’autre part parce que la pièce en elle-même ne nécessite pas spécialement de décors, même si Wilde demande des splendeurs de carton-pâte irréalisables… Nous avons fait le pari d’avoir un plateau nu, en boîte noire : la terrasse du palais, et, en fond de scène, un banquet séparé du reste par une grande tenture jaune au travers de laquelle on peut distinguer des formes, des silhouettes.
Les costumes, eux, sont dignes de la cour du roi Hérode ! Cela dit, pour les quinze personnes, nous – le costumier Patrick Cavalié et moi – avons plus essayé de créer avec les costumes une certaine atmosphère qui selon moi se dégage de la pièce, qu’évoquer l’époque d’Hérode. C’est un mélange de costumes fastueux à la Sarah Bernhardt, d’orientalisme, de bijoux fabuleux (et véritables !), mais aussi avec des éléments de la Renaissance et des objets tribaux, païens. Nous voulions qu’ils soient chargés de quelque chose de mystique, de mystérieux, d’une sacralité archaïque, mais qu’ils puissent aussi transmettre au moins une part de la puissance érotique de chacun des acteurs, acteurs qui sont par ailleurs constamment présents sur scène, même quand le public entre dans la salle, un peu comme si l’on entrait pendant une cérémonie religieuse ; un peu comme si la pièce avait déjà commencé avant l’arrivée du public.

Comment gères-tu ton équipe de comédiens ? Quelles sont tes influences scéniques ?

Charles Di Meglio: Quand je travaille sur une mise en scène, j’ai un tas d’images dans la tête. Les statues de Michel-Ange, les tableaux de Klimt, Gustave Moreau, Schiele, les photos de Wilhelm von Gloeden . Beaucoup les maniéristes italiens aussi : je demande souvent des poses de théâtre baroque à mes acteurs et ça les exaspère ( rires )… Je travaille essentiellement à partir d’images, d’imaginaires visuels. Cela agace d’ailleurs aussi les comédiens, à qui je donne pour base de travail un dossier dramaturgique sur fond de photos, de filmographies etc…. alors que des discussions plus concrètes les aideraient peut-être plus.

Je te connais comédien et metteur en scène, mais jusque là tu jouais toujours dans les pièces que tu mettais en scène. Pourquoi pas cette fois ci ? Une préférence entre l’un et l’autre ?

Charles Di Meglio: La raison pour laquelle je ne jouerai pas dans Salomé est simple : je ne peux pas mettre en scène quinze personnes et être sur scène moi-même. Jouer ou mettre en scène ? Les deux sont différents même si quelque part le travail reste le même. La seule chose qui change est la manière de voir les choses, mais je ne peux pas m’avancer quant à une préférence. La crise cardiaque d’avant scène, la sensation d’être ailleurs, tout reste présent tant que l’on est proche de la scène.

Photos: Antoine Martin

En savoir +

Salomé d’Oscar Wilde

avec Mathieu Barbet, Antoine Bibiloni, Stanislas Briche, Laurène Cheilan, Céline Clergé, Pierre Derégnaucourt, Mathieu Huot, Didier Laval, Jean-Antoine Marciel, Alexandre Maublanc, Clovis Petit, Patrice Riera, Aurélien Saget, Selami Varlik .

Moulage et sculpture en plâtre d’ Odile Le Berre .

Costumes de Patrick Cavalié .

Direction musicale et mise en scène : Charles Di Meglio

au Théâtre Les Enfants Terribles

157 rue Pelleport, Paris 20e (M° Télégraphe).

du 28 novembre au 17 décembre 2006.

tous les jours à 21h sauf le dimanche à 15h 30. Relâche le lundi.

Réservations au 01 46 36 19 66

Site web: http://compagnieoghma.com

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2 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 6 novembre 2006
    danielle Guérin a écrit :

    Cher Antoine Martin,

    Me permettriez-vous de reproduire une partie de l’interview de Charles di MEGLIO (à partir de « Le décor est assez sommaire », jusqu’à « avant l’arrivée du public ») dans notre bimestriel « Rue des Beaux-arts » qui est le bulletin publié par la Société Oscar Wilde, France, et qui répertorie, entre autres, les productions théâtrales des oeuvres de Wilde ? Bien entendu, nous ferions mention de votre nom et de votre site.
    Bien à vous.

    Danielle Guérin

  2. 2
    le Samedi 11 novembre 2006
    Charles Di Meglio a écrit :

    Un petit mot pour vous dire que les réservations du spectacle seront ouvertes dès le 14 novembre 2006.
    Vous pouvez réserver directement auprès du théâtre au 01 46 36 19 66, sur http://www.billetreduc.com ou enfin sur http://www.theatreonline.com

    cordialement,

    et en espérant vous voir du 28 novembre au 17 décembre 2006 au Théâtre Les Enfants Terrible,

    Charles Di Meglio.

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