Catherine Noury – Histoires Naturelles – Galerie Sit Down

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Transformée en espace d'observation pour son exposition du printemps, la galerie Sit Down nous propose de venir découvrir les Histoires Naturelles de Catherine Noury.

Montrée pour la première fois à Paris, l’artiste dévoile un travail troublant qui prend racine dans un jeu de déconstruction et de construction d’un regard sur le monde. A travers le prisme de la photographie, du dessin, et de la broderie, Catherine Noury explore l’environnement, dans une errance non pas contemplative, mais pendant laquelle l’oeil vient se fixer sur un objet, pour plonger en lui et le décortiquer.

Mutation
Dans un premier temps l’artiste photographie – une brindille, une herbe, une algue – afin de se l’approprier, puis dans un deuxième temps l’étudie, le dessine, puis le dissèque avec fils et aiguille.  En brodant, l’artiste (re)produit l’objet de son étude, le recouvre partiellement, ou le prolonge en lui adjoignant une partie…

Démarche minutieuse et poétique autour de la ramification et de la fractalité inhérente à la nature et ses formes, elle s’élabore dans un temps long et introspectif, qui semble correspondre au temps de croissance d’un végétal… L’artiste vient remettre la respiration au centre de sa démarche artistique – on retrouve dans les formes brodées, les nervures, fibres et alvéoles d’un appareil respiratoire. Elle utilise le souffle comme rythme de travail. Broder pendant des mois, ralentir son rythme « humain » pour s’accorder à celui du cycle naturel vient renouer avec d’une part avec une certaine tradition de la pratique artistique – le savoir-faire, l’exécution du détail, etc. – et d’autre part oblige à intégrer « physiquement » ce cycle naturel.

Le jour et la nuit
La scénographie de l’exposition est en cela représentative de la présence de l’artiste au sein de la nature : long couloir dans lequel le mur de gauche est consacré à un travail autour des algues noires, où les photographies sont prises de nuit, une certaine mélancolie semble envelopper les œuvres. À l’inverse – ou comme un lendemain – le mur de droite est consacré au «jour », et affiche herbes vertes, brindilles, fleurs blanches, etc.. Toujours entre sommeil et éclosion, l’artiste pense, regarde, fait.

L’œil balaie, la photographie fixe, la main forme la vision
Dans une oscillation permanente entre introspection et réflexion, l’artiste vient livrer ici le détail de son œuvre et de son processus sous toutes ses coutures. Et c’est bien le détail qu’elle va chercher pour nous le ramener. Sorti de la réalité, encadré, exhibé, le détail, le micro-détail, est mis à nu et devient curiosité. Lorsque l’artiste ajoute, vient broder sur l’objet, c’est comme pour mettre le doigt sur l’essence de l’objet même : les fils d’or et de couleur sur une partie d’une algue font mieux voir cette algue,  ils l’affirment en tant qu’algue. L’intervention artistique vient mettre en avant « le hors-champs ». Dans ce cas ce n’est pas la broderie qui attire le regard, mais cette algue noire, nue, étrangement là. Ceci est une algue.

Catherine Noury refait pour mieux comprendre « Comment » : elle réinvente les étapes de la création (naturelle et artistique) afin de les intégrer à elle. Il s’agit d’une hybridation à double sens : quand l’artiste vient ceindre de ses fils un végétal c’est le modifier mais c’est aussi se lier à lui, le faire sien. Et c’est aussi le symbole du lien entretenu avec l’objet pendant ces longs mois…

Travail d’extraction, de (dé)composition et de conservation, mêlant art ancestral et contemporain, la démarche de Catherine Noury crée du monumental dans l’intimité.

Catherine Noury – Histoires Naturelles – Galerie Sit Down – 4, rue Sainte-Anastase 
75003 Paris Jusqu’au 28 juin.

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A propos de l'auteur

Image de : Jeune professionnelle de l’art contemporain, Caroline Boudehen (aka Caromaligne) travaille depuis quelques années pour des structures culturelles et artistiques, tant dans la médiation culturelle que la diffusion et la promotion d'évènements artistiques. Après un an passé à Berlin, elle se spécialise dans le milieu des galeries d’art parisiennes (Fat Galerie, Galerie Nicolas Silin, Galerie Anton Weller – Isabelle Suret) puis dans la communication culturelle (En charge des relations presse à l’agence Communic’Art). Passionnée depuis toujours par la création contemporaine et sa critique, elle rédige également des articles pour différents webzines et tient le blog Caromaligne

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