Carte blanche à Fifi Chachnil | Érotico mix | Festival Pigalle

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Les 24, 25, et 26 novembre 2011 : première édition du Festival Pigalle. Pendant trois nuits, des parcours nocturnes, des rendez-vous secrets, des concerts, du clubbing, des expositions photos, des projections érotico-vintage et des performances dans le quartier chaud de Paris.

Fifi Chachnil

Image de Fifi Chachnil La salle des Trois Baudets est remplie et les jolis fauteuils rouges de la salle rechignent à offrir les quelques places aux retardataires qui n’auront pourtant pas grand-chose à se reprocher puisque c’est avec presque une heure de retard que le spectacle commencera.

Ce sont les musiciens qui ouvrent le bal avec les danseuses. Un pianiste, un violoniste et un guitariste dessinent un arc de musique douce au centre duquel trois muses s’animent. Vêtue de tutus cours au corset de danseuse de cabaret, les belles évoluent en un adage sur pointe, plongeant le public énervé dans une contemplation respectueuse. Les ports de bars sont légers, les piquets sûrs et précis, et pourtant les regards et les sourires aussi enjoliveurs que ceux des danseuses de burlesque les plus désirées.

L’ouverture est réussie, le public y trouve ce mélange d’esthétisme et d’érotisme pour lequel il est là et c’est une ovation qui s’élève lorsque Fifi Chachnil pose sa première chaussure à plateau sur scène. Petite fille dans sa robe de dentelle blanche, la créatrice nous illumine de son sourire, de ses mimiques et même de ses erreurs. Car si chacun joue son rôle à merveille, si les musiciens, les invités, les danseuses et bien sûr Fifi ne manquent pas de talent, c’est la préparation qui fait clairement défaut à la prestation proposée. Commençons avec Fifi qui oublie régulièrement ses paroles, l’obligeant à recommencer certaines chansons du début, à jeter des regards appuyés et désespérés en coulisse et même à se faire souffler les paroles par son violoniste. Puis on se rend vite compte que le niveau n’est pas plus élevé pour ce qui est des enchaînements entre les différents artistes. Entre Fifi qui vient meubler sur scène pendant dix minutes, nous expliquant gênée qu’ils sont à la recherche du guitariste de la prochaine invitée ; les musiciens qui remontent sur scène une chanson trop tôt et qui se retrouvent à attendre assis sur les marches de l’escalier en fond de scène, ou alors l’arrivée des danseuses sur scène, renvoyées en coulisse par une Fifi sous pression nous expliquant essoufflée qu’ils vont devoir abréger, il flotte comme un parfum de foutage de gueule dans le petit théâtre des Trois Baudets.

L’explication de ce chaotique concert sautera finalement aux yeux durant le clou du spectacle lorsque Fifi et ses deux invitées montent sur scène, paroles impudiquement tenues en mains, essayant de chanter une chanson qu’elles n’avaient visiblement jamais répétée. Devant cette prestation assumée digne de trois préados en soirée pyjama, force est de constater qu’on a dû oublier de préciser à la star du soir qu’un public qui paye sa place 15 € est en droit d’attendre une performance dont l’organisation serait légèrement plus digne que celle de la fête de l’école de leurs enfants.

Alors oui elle est drôle, fraîche et attachante notre Nini, et on en a mal pour elle de voir sa soirée déraper de A à Z, mais ça ne rattrape pas tout. Surtout lorsque la charmante demoiselle de l’accueil qualifie de « petit retard normal » l’heure d’attente qui a allègrement amputé le spectacle puisque la salle devait être libre à 22h30 précise pour l’érotico mix.

Érotico mix

Image de Festival Pigalle Un écran blanc accroché à une fragile armature en bois se dresse maintenant sur le devant de la scène. Difficile d’imaginer qu’un medley d’images de vieux films érotiques, de scène coupées au montage de porno ou de pub puisse être aussi drôle. Tout le monde y passe : E.T se fait masturber par une bombasse blonde en même temps qu’un Alien s’occupe d’éjaculer en pleine face de celle-ci. Un documentaire nous explique les trucs et astuces pour devenir une star du porno et un mignon dessin animé nous narre la rencontre d’un français moyen des années 60 avec une libertine de l’époque qui lui explique comment utiliser le sang de ses menstruations pour se faire des dessins d’Indiens sur le corps ou refaire la déco des murs. Les images envoient du lourd, mais ce ne sera rien comparé à la performance d’air sex de notre champion national : Guillaume.

Si sur le papier il n’est pas difficile de s’imaginer à quoi pourrait ressembler une séance d’air sex, l’artiste sur scène aura pourtant bluffé tout le monde. À peine la musique a-t-elle commencé qu’un corps féminin invisible se crée sous les mains délicates (ou pas) de notre air-lover. L’artiste a travaillé son show, réussissant à se déshabiller au fure et à mesure de l’évolution de ses préliminaires avec sa femme invisible. Langue qui s’agite dans le vide, coup de rein qui s’accélère ou encore fessées données sur une paire de fesses qui en deviendrait presque visible tant on l’imagine. Impossible de ne pas suivre très précisément les actions de notre couple mi-chaire mi-air, jusqu’à la dernière note de musique, moment de l’ultime coup de rein d’un Guillaume qui s’est donné sans compter. Reste à savoir si la air-women a autant apprécié que son partenaire et que le public !

Encore en sueur, le pauvre performer n’a pas le temps de se reposer qu’un nouveau candidat entre en scène. Celui-ci, à défaut d’afficher le corps d’athlète de son prédécesseur, s’illustre dans un magnifique académique noir, surmonté d’un string rose des plus adorables. On entame la démonstration à plusieurs, et ça donnerait presque envie de participer. Un air de musique bretonne s’élève dans le théâtre et voici nos deux gays lurons en train de sauter sur place, les bras s’agitant de chaque côté de leur corps comme une farandole ou chacun masturberait le sexe de ses voisins de gauche et droite. Alternant de cette position à la traversé de la scène version « saga africa », ils avaient l’air nombreux à se air-fucker sur scène.

Les vidéos reprennent alors, toujours aussi drôles que trash. L’animateur préviendra d’ailleurs du caractère nettement plus pornographique qu’érotique des vidéos qui vont suivre (« âmes sensibles s’abstenir ») et du coup explique que des membres du personnel passeront durant la projection avec une lampe de poche pour vérifier que toutes les mains sont bien visibles et passives (Il paraît que les taches de sperme sur les fauteuils rouges ne fait pas très classe).

C’est donc à regret qu’il faut quitter le petit théâtre pour rejoindre le parcours nocturne. En un petit groupe d’une vingtaine de visiteurs, accompagné d’un guide et d’un vigile, la ballade est nonchalante, pleine d’anecdotes, de petites pauses historiques et d’arrêt dans différents lieux pour des performances artistiques, musicales et théâtrales. Et on ne peut qu’applaudir la démarche et le travail aussi intéressant que surprenant de notre accompagnatrice au cours de cette déambulation au coeur des rues de Pigalle, qu’il nous faudra abandonner beaucoup trop tôt pour d’obscures raisons logistiques.

Mais en dépit de l’improvisation flagrante du spectacle de Nini, cette longue soirée au coeur de Pigalle fut des plus agréables.

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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