Captifs – Interview

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Rencontre avec l’actrice Zoé Félix et le réalisateur Yann Gozlan autour du film Captifs. Réactions et déclarations, le tout dans la bonne humeur, loin de la tension du film.

Est-ce qu’on ressent de l’appréhension avant la sortie de son premier long métrage ? Surtout pour un film de genre…

Zoé : Oui la tension commence à monter forcément. C’est une petite sortie, on a un créneau d’une semaine, donc il faut qu’on s’active, parce que la semaine suivante, c’est quinze autres films qui sortent. Donc il faut qu’on existe.

Yann : Le film existe dans le sens où j’ai fait le film que j’ai voulu faire avec ses défauts et que j’assume. Le succès, c’est une autre partie c’est clair.

Du côté de la thématique du film, peut-on parler d’une sorte de dénonciation, notamment le trafic d’organes ?

Yann : Personnellement non. Le film n’a pas d’ambitions ni de propos qui se dégagent. Ma motivation était plus sobre, celle de faire un film prenant, d’angoisse, de tension. Je ne me pose pas la question.

Dans ce thriller, il y a pourtant un côté réaliste qui donne une autre dimension ?

Yann : Oui, mais pour moi c’était un cadre pour l’histoire plutôt que de la dénonciation politique, c’est plus modeste. L’histoire me paraissait originale. Prendre des humanitaires renvoyaient peut-être à une actualité que l’on connaît.

Réalisateur comme acteurs, y a-t-il eu un travail de documentation ?

Zoé : Très peu dans l’ensemble. J’ai tout de même lu le livre de Clara Rojas qui était en captivité avec Ingrid Betancourt, mais plus pour connaitre son sentiment psychologique sur la captivité, d’ailleurs son livre s’appelle « Captive ». Après, Yann m’a fait voir des références cinématographiques comme Alien avec le personnage de Sigourney Weaver, entre sa fragilité et sa force que nous les comédiennes, on adore retrouver dans les personnages, puis le film de Franju Les Yeux sans visage qui est assez dérangeant avec un esthétique particulière et enfin le film de Polanski La Jeune fille et la Mort.

D’ailleurs, il y a un petit air de Polanski, notamment sur la façon de montrer l’enfermement…

Yann : (grands sourires) C’est très gentil de dire ça. Je vénère ce réalisateur, il m’a traumatisé durant mon adolescence et notamment par la thématique de l’enfermement. J’ai essayé de montrer cela et j’ai aussi tenté de mettre un peu d’action. J’espère qu’on ne s’ennuie pas d’ailleurs…

Le travail sur l’ambiance et le décor ?

Yann : C’est une priorité, puisque la plus grande partie du film se passe dans les cellules. Je voulais quelque chose de stylisé et d’assez beau. Le décor participe à l’image, et pas forcément uniquement qu’une lumière. L’idée c’était d’avoir des choses simples, comme la texture des murs, des couleurs, sur le rôle des vasistas et le type de lumière à mettre.

Zoé, le travail sur le personnage ?

Zoé : C’était cérébral plutôt qu’une performance physique. Je ne me suis pas imposé un travail physique, les choses viennent naturellement. Physiquement c’est venu comme ça, même si Yann me demandait de courir, je n’y allais pas vraiment. C’était une préparation sur le fond de l’histoire, sur l’enfermement et le côté plus psychologique. On a loué des salles de répétition, Yann nous filmait, on a essayé de trouver des choses, tout en restant sobre, loin du grand guignol. On devait rester dans les codes du genre tout en gardant son humilité à elle. On a travaillé sur le « moi » plutôt que sur le « plus ».

Ce qui pourrait choquer le public, sans que cela soit négatif, c’est le choix d’Arié Elmaleh puisque ce n’est pas son registre de base ?

Yann : Je le choisis pour ça. Un personnage plutôt sympathique, qui n’est pas forcément par sa pure volonté. Il se retrouve dans une situation terrifiante alors que le mec ne voulait même pas faire partie de cette mission.

Le genre du film : thriller ou film d’épouvante / horreur, puisqu’on retrouve ici un mélange entre deux chefs d’œuvre que sont Hostel et Ils ?

Zoé : Thriller horrifique je pense.

Des références alors dans le genre justement ?

Yann : Avant le film, j’avais déjà en tête des films comme Ils justement ou Wall Freak. On avait aussi parlé des Yeux sans visage qui est un classique, une référence esthétique avec son style épuré, les voix blanches qui me plaisent beaucoup. Après, pas forcément lié à la réalisation, je garde les films de Polanski comme Répulsion

Ou même Rosemary ?

Yann : Oui totalement, c’est vraiment exceptionnel. Je n’ai pas la prétention de faire des clins d’œil à ces films. Ce qui est réussi dans ces films, un truc qui ne vieillira jamais, c’est l’atmosphère que Polanski arrive à créer et ce qui continuera à faire perdurer son succès. Il faut des péripéties, une narration c’est sûr, mais dans un thriller l’atmosphère c’est essentiel.

Zoé : Shining, incontestablement. C’est classique qui marche tellement bien. Ce n’est pas grand-chose au fond, mais tellement bon. L’atmosphère, la neige par exemple.

Le thriller ce n’est donc pas nouveau pour vous, notamment parce que vous avez réalisé avant un court-métrage Echo qui tape dans les mêmes thèmes. La transition d’un long à un court est-elle difficile ?

Yann : Ca s’est passé simplement, puisque mon court-métrage est passé à Gérardmer il y a deux ou trois. D’ailleurs Zoé était dans le jury.

Zoé : Et tu as été primé. D’ailleurs c’était quoi ton prix ?

Yann : Le prix du court-métrage. Je crois qu’il n’y a qu’un prix pour cette catégorie (rires). Les producteurs avaient vu mon film, ils ont apprécié puis contacté. Ils m’ont demandé d’écrire un film sur ça, avec les codes de ce genre.

Après Captifs, on change de registre ou on reste dans ce domaine?

Yann : Je ne sais pas encore. À vrai dire, j’aime le genre du thriller et là Captifs est un film basique et simple. Moi j’aimerais de travailler plus les personnages et la psychologie, d’être moins prosaïque.

Et Zoé ?

Moi je me concentre sur Captifs pour l’instant (rires). J’avais la volonté de changer un peu d’étiquette puisqu’on me propose toujours des comédies. Vous savez qu’en France on est facilement étiquetable. J’espère vivement que le film soit vu par des gens du milieu, et qu’on dise « ah tiens Zoé Félix elle est bien dans ce personnage » et qu’on m’emploie à faire autre chose que la femme de Kad Merad ou de Titoff. Il est temps de passer à autre chose, et peut-être que Captifs marque ce tournant.

Pour finir, s’il y avait un film actuellement en salles dont vous voudriez parler là maintenant ?

Zoé : Des hommes et des Dieux. Je ne l’ai pas encore vu (rires) mais j’aime beaucoup Xavier Beauvois.

Yann : Le dernier film de Blier, Le Bruit des Glaçons. Je l’avais découvert avec Préparez vos mouchoirs qui est un film magnifique. Blier est un très grand cinéaste, que ce soit dans le jeu, la réalisation. Regardez Dujardin ou Dupontel, ils ont le même phrasé que Depardieu dans les années 70 par exemple. Il y a des moments d’émotion et des dialogues magnifiques. Ça me fait plaisir qu’ils reviennent avec un film apprécié par la critique.

Blier a déjà fait mieux …

Oui sûrement c’est clair. Mais pour moi… voilà !

Quelques mots sur le film

Carole est membre d’une équipe humanitaire dont la mission dans les Balkans touche à sa fin. Sur le chemin du retour, elle et ses deux co-équipiers sont brutalement attaqués et enlevés par des criminels aux motivations inconnues. Qui sont ces ravisseurs ? Que veulent-ils vraiment ? La vérité va se révéler terrifiante…

En 2006, le thriller à la française a repris une mystérieuse marche vers l’avant. Porté par Ils (Xavier Palud), ce genre que l’on réserve aisément aux Américains est revenu en France avec une manière qui donne envie. Certes on reprend des ingrédients classiques qui se retrouvent dans la plus grande majorité des films de genre, mais cette petite touche, notre langue, la réalisation souvent aussi sombre que le film, et la tension que l’on y fait régner, fait du thriller français un genre à part. Captifs est le dernier en date (sans oublier La Meute éventuellement). Il rentre dans le cadre de ces thrillers qui mixent à la fois le rythme du thriller classique à la tension d’un film d’épouvante. Captifs s’annonce aussi comme un film à la fois réaliste et effrayant. En 2006, Yann Gozlan réalisait aussi Echo, un court métrage où des bruits inexpliqués deviennent vite une obsession pour une femme enceinte. Un film sous tension, probables prémices à l’effet de son dernier long métrage, quatre ans après.

Le côté réaliste ressurgit d’abord dès le début du récit, lorsque l’on comprend la venue de ces trois personnages qui sont ici pour des missions humanitaires. La caméra montre alors ces acteurs dans un milieu hostile, fraîchement sorti d’un conflit d’ethnies. L’autre part de réalisme se trouve plus vers la fin, lorsque le spectateur va comprendre pourquoi ces trois personnages se font enlever. Pendant ce temps, Yann Gozlan filme son action avec une certaine vérité empreinte de cruauté aussi. Le film plonge peu à peu dans l’ombre et le côté plus épouvante – horreur de son propos. Gozlan offre un film donc l’angoisse et l’atmosphère pesante se situe parfaitement entre le thriller horrifique façon Hostel et le style plus psychologique d’un Roman Polanski. Pour son premier long métrage, il signe une belle performance de réalisation et d’écriture, faisant de Captifs un thriller passionnant.

Porté par une excellente Zoé Félix, Captifs gagne à devenir crédible en plus d’être parfaitement bien rythmé et sans tomber dans l’archétype du genre en lui donnant une dimension plus réaliste et prenante.

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Un grand merci à Anaïs de Le K, ainsi qu’à Bac Films.

A propos de l'auteur

Image de : Christopher (ou Cine-emotions dans le sévère monde de la critique), encore étudiant en Histoire Culturelle et Sociale, prépare actuellement son mémoire sur le rock britannique. D'ailleurs il est un amateur de musique rock, le genre qui envoie et qui en même touche au plus profond, de Muse à Marilyn Manson en passant par Radiohead et bien d'autres. Son dada : le rock britannique dans toute sa splendeur. Sinon, Chris est aussi (et surtout) un amoureux du cinéma (du drame au film d'horreur en passant par le film historique), qui tente d'exposer son avis à travers ses critiques qu'il espère pertinentes. Son rêve : devenir journaliste, et si possible dans les deux domaines qu'il vient de citer. Sinon, Chris est aussi un amoureux de la vie, et il aime quand la curiosité vient frapper à sa porte. Il se fait actuellement les dents (ou les doigts) sur Discordance et sur son blog.

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