Candy – Luke Davies

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Au royaume de la littérature de camés, l’héroine est reine. Vous pensez, avec un nom pareil… Drogue génératrice d’images de vomissements, du plaisir de l’auto-destruction, et se regarder mourir lentement sans jamais arrêter la course d’obstacles jusqu’au prochain shoot, cette drogue donc, ne peut produire que de grands livres durs et hallucinés.

cover_davies Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée ., Trainspotting d’ Irvine Welsh . Alors où se situe Luke Davies dans ce panthéon de la poussière d’ange littéraire avec le livre autobiographique Candy ?

Candy porte le même nom qu’une héroine de dessin animé dont elle a hérité les longs cheveux blonds et bouclés, les grands yeux bleus et une joie de vivre à toute épreuve. Candy est aussi douce et sucrée que son nom de bonbon. Et Luke, toxico à l’héro tombe fou amoureux d’elle. Elle qui se fiche qu’il soit camé et qui ne tarde pas à le devenir aussi, accro à lui, comme à l’héro. Dans cette Australie des années 80, où l’héro ne coûte pas grand-chose, Luke et Candy consomment comme des dingues et vivent d’arnaques ou de prostitution, crapahutant d’un bout à l’autre du pays. De Sydney à Melbourne, leur amour survit miraculeusement à chaque shoot, chaque plan foireux. Peut-être parce qu’un inexplicable appétit de vivre leur permet de se raccrocher l’un à l’autre et de ne pas en mourir.

Candy est un livre hommage à la femme qu’il a aimé, livre expiatoire aussi puisque Luke Davies est aujourd’hui clean . C’est l’aboutissement du long chemin vers la désintoxication, mais surtout l’acceptation de la perte. Perte de l’addiction, perte de l’autre qui viennent après la perte des repères et d’une vie normale. Candy est un livre dont la charge émotionnelle est palpable et va crescendo plus l’addiction se renforce.

Si le lecteur sait dès qu’il ouvre Candy que cette histoire va mal finir (soyons clairs, AUCUN livre ou roman mettant en scène une drogue dure ne peut se finir bien. Exception faite de l’alcool peut-être et encore.), il est saisi par le mélange tendre, souvent très drôle et paradoxalement très mélancolique des phrases de Luke Davies . Sans doute parce qu’elles rendent entre autres le rapport étroit et vampirisant de la passion amoureuse comme de la toxicomanie au dernier degré : Luke et Candy s’aiment passionnément, mais sans l’héro pour cimenter leur couple, seraient-ils restés ensemble ?

Situations borderline, racontées avec nonchalance et dérision, sur le mode potache (les arnaques de Candy et Luke ne sont pas loin de rappeler certains gags de nombreux teen movies ) ou parfois sur un ton grave et douloureux (la scène où Candy est victime d’une fausse couche au bout de six mois de grossesse).

Candy est avant tout une histoire d’amour violente en forme de ménage à trois dégénéré, où la pièce rapportée qui exalte autant qu’elle mène aux sentiers de la perdition est l’héro. Et qui pourtant évite le trash facile et les clichés du genre. Un grand roman vrai sur l’addiction extrême.

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En savoir +

Candy, Luke Davies, Editions Héloise d’Ormesson, 2006 (1997 pour l’édition originale), 345 pages

Candy a été adapté au cinéma en 2006, voir ci-après le site officiel du film :
http://www.dendyfilms.com.au/candy/

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

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