Caligula – Art Maniac au Théâtre du petit Saint Martin

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«On meurt parce qu'on est coupable. On est coupable parce qu'on est sujet de Caligula. Or, tout le monde est sujet de Caligula, donc tout le monde est coupable, d'où il ressort que tout le monde meurt. ». Jusqu'au 3 août, la compagnie Art Maniac nous entraîne dans une version moderne et particulièrement efficace d'un classique d'Albert Camus.

caligula2-2A 25 ans, Caligula règne sur Rome. Plongeant l’empereur dans une folie lucide, la mort de Drusilla, sa soeur et maîtresse, va bouleverser l’Histoire. Le monde tel qu’il le connaît ne lui est plus supportable ; aussi se met-il en quête d’impossible, d’immortalité et d’une liberté sans limite, semant mort et terreur.

La mise en scène moderne de Valérie Fruaut, avec un décor épuré – quelques chaises transparentes, un fauteuil empire blanc, de grandes tables noires -, un jeu de lumières blanches et bleues, une musique de Steve Jablonsky et des costards-cravates qui tiennent lieu de toges romaines, interpelle au premier abord. On est sceptique, on s’interroge, la machine met un peu de temps à se mettre en route.

La première scène, muette, suggère la mort de Drusilla et laisse perplexe. Le sentiment d’incompréhension perdure avec la présence d’une dizaine de personnages sur scène, ressemblant plus à des gardes du corps qu’à des patriciens de l’empire romain. L’apparition remarquée d’Hélicon, boitant, s’appuyant sur sa canne de sa seule main gantée, nous fait comprendre qu’il n’y aura pas de place pour le classicisme ce soir, et la sonnerie d’un téléphone portable pour signaler le retour de Caligula nous le confirme.

Caligula, campé par un excellent François-Xavier Boucherak, se fait donc attendre. Avec l’arrivée de ce dernier, la magie s’installe, pour ne disparaître qu’au tomber du rideau. On découvre un personnage envoûtant et rêveur, à la recherche de la lune, qu’il dit avoir déjà possédée. Deux fois. Pour l’instant, on est loin du tyran que l’on attendait. Et c’est bien là l’intérêt : peu à peu, Caligula sombre dans la démence et la cruauté, obsédé par le pouvoir et la liberté absolue, jusqu’à renier son humanité et vouloir égaler les dieux.

Caligula, seul dans sa folie et sa logique implacable, séduit et dégoûte. Il répugne et fascine, s’attaquant à l’amour, l’amitié, la poésie, pour rester fidèle à sa logique implacable. On ressort de la salle avec des images et des questions plein la tête, l’envie d’y répondre et le désir de retrouver l’original, pour relire un texte puissant que la prestation d’ Art Maniac n’a pas altéré.

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Caligula, d’ Albert Camus, mise en scène par Valérie Fruaut

Au théâtre du Petit Saint-Martin, 17 rue René Boulanger, 75010 Paris
De 15 à 20 euros – Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h

Renseignements : 01.42.02.32.82

Avec François-Xavier Boucherak, Laure Pincemin, Nicolas Combalbert, Damien Réty, Audrey Faure, Raphael Moreaux, Philibert Adamon, Fanny Colin, Caroline Hartpence, Guy de la Fortelle et Hervé Masquelier

http://www.caligula-lapiece.com/‘>Site officiel

A propos de l'auteur

Image de : Si d’aventure vous vous promenez dans un parc parisien durant une douce journée d’été, il n’est pas impossible que vous passiez sans le savoir à côté de Léa en train de feuilleter un livre, dissimulée derrière d’immenses lunettes de soleil. Et pour peu que vous vous allongiez à votre tour sur l’herbe verte et que vous engagiez la conversation, elle vous parlera peut-être théâtre ou littérature. Littérature classique, certes, mais pas seulement : oscillant entre Zola, Baudelaire, Sartre ou Kane, ses goûts sont aussi éclectiques que ses avis définitifs. Amoureuse du quotidien et de ces petits détails qui rendent chaque instant unique, Léa est prête à voir de la poésie partout où vous n’en verrez pas. Demandez-lui de repeindre le ciel, pour voir, et elle s’empressera d’égayer et de réchauffer cette noire Sibérie qu’est Paris.

1 commentaire

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  1. 1
    le Jeudi 30 juillet 2009
    PoPi a écrit :

    Félicitation pour votre critique cher ami !

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